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A la Maison de la Radio, le compositeur Olivier Greif toujours parmi nous

par Thomas Cepitelli
18.01.2026

Jeudi 15 janvier, l’Auditorium de la Maison de la Radio accueillait un concert en hommage à Olivier Greif. Une soirée d’une rare densité émotionnelle, portée, entre autres, par Emmanuelle Bertrand, Pascal Amoyel et le Chœur de Radio France, qui rappelait avec force que la musique de Greif n’appartient pas au passé mais à notre présent.

Une composition solitaire

Né en 1950 à Paris et disparu prématurément en 2000, Olivier Greif demeure l’un des compositeurs français les plus singuliers de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Formé très tôt à la composition, notamment auprès de Luciano Berio , Greif refuse rapidement toute appartenance à un mouvement ou à faire école.  À l’heure du sérialisme triomphant puis des postmodernes, il choisit une voie solitaire, parfois âpre, profondément spirituelle, nourrie autant par Bach et Beethoven que par la philosophie orientale, la mystique juive et une quête intérieure incessante.

Compositeur d’une œuvre abondante – musique de chambre, concertos, œuvres symphoniques, pièces vocales en près de 400 opus–, Olivier Greif n’a jamais cessé de placer l’humain au centre de son écriture. Aussi étonnant que cela puisse paraître, sa musique est tout autant sensuelle que spirituelle. Elle est  traversée par la douleur, celle de la mémoire de son père qui fut déporté dans les camps de la mort, mais aussi par l’espérance, marquée par une intensité émotionnelle qui bouleverse. Longtemps marginalisé par les institutions, Greif n’a jamais cessé de croire en la force expressive de la tonalité élargie, du lyrisme, de la narration musicale. Aujourd’hui, son œuvre connaît une reconnaissance croissante, portée par des interprètes fidèles qui en défendent la brûlante nécessité.

Jeudi soir, l’Auditorium de la Maison de la Radio n’affichait pas complet. Les rangs clairsemés sautaient aux yeux, et l’on ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de regret, presque d’injustice. Comment expliquer que l’hommage rendu à un compositeur de cette envergure, servi par des interprètes de premier plan, n’attire pas davantage de public ? Ce constat n’enlevait rien à la beauté du moment, mais il soulignait une fois encore la fragilité de la place accordée à certaines figures essentielles de la création musicale contemporaine. On peut se rassurer en se disant que les auditeurs et auditrices de France Musique pourront se rattraper grâce à la formidable émission Concert du soir. 

Ce concert fut, de bout en bout, un très beau, un profond moment de musique. Un de ceux qui laissent une empreinte durable, non par l’effet ou la démonstration, mais par la sincérité et la profondeur de l’engagement artistique.

Des interprètes au sommet, comme relié-e-s au compositeur disparu

Dès les premières notes, l’émotion était palpable sur scène. Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, tous deux proches de l’univers de Greif, comme de l’homme,  ne jouaient pas seulement sa musique : ils la vivaient, la portaient de l’intérieur. La violoncelliste, d’une intensité presque douloureuse, les yeux fermés, laissait transparaître une émotion visible, jamais appuyée mais constamment à fleur de peau. Chaque phrase semblait chargée d’une mémoire, d’un dialogue silencieux avec le compositeur disparu.

Pascal Amoyel, pianiste mais aussi passeur infatigable de l’œuvre de Greif, qui sait partager à merveille sa passion, accompagnait, soutenait, respirait avec sa partenaire. On lisait sur son visage la concentration extrême, mais aussi une forme de gratitude, comme s’il s’agissait moins d’un concert que d’un acte de fidélité. Ensemble, ils ont été exceptionnels, trouvant cet équilibre rare entre maîtrise absolue et abandon total. Leur interprétation ne cherchait jamais l’effet : elle allait droit à l’essentiel, à cette vérité émotionnelle qui constitue le cœur battant de la musique de Greif.

Le pianiste nous a ensuite offert une très belle interprétation d’une oeuvre d’une immense complexité Le carillon de Chérence, extrait de la sonate pour piano n.22 Les plaisirs de Chérence. Tout le clavier est mis au travail et se mue en un terrain d’exploration, de danse mystique. Les accords plaqués semblent dire une lutte, un combat intérieur. Le pianiste y est tout simplement exceptionnel, trouvant l’équilibre parfait entre rigueur rythmique et poésie du timbre, laissant affleurer cette tendresse grave qui fait de la musique de Greif un art profondément humain.

Le concert se poursuivait par un moment de grâce avec à nouveau seulement un extrait de Sonate pour 2 violoncelles The Battle of Agincourt .  Le mouvement donné est inspiré d’une mélodie du ghetto de Varsovie, ce morceau d’Olivier Greif s’impose comme l’un des moments les plus déchirants du concert. La ligne du violoncelle, tantôt plainte, tantôt murmure, semble porter une mémoire collective à vif, où l’on croit entendre l’écho lointain de la musique klezmer, avec sa capacité unique à mêler la danse et les larmes. Emmanuelle Bertrand est ici rejointe par Patrick Langlot, d’un engagement commun total,  ils font chanter leur instrument avec une intensité rare, sans jamais céder à l’emphase. Chaque note est chargée d’une émotion brute, d’une douleur contenue qui traverse la salle. La musique ne raconte pas seulement l’Histoire : elle la fait ressentir dans sa chair, avec une force bouleversante.

Un Requiem pour les vivant.e.s

Enfin, la dernière partie s’achevait avec le Quintette Syntonie et son interprétation d’un extrait du Quintette pour piano et cordes A tale of the world. Les interprètes sont muni.e.s d’un micro près de la bouche car l’œuvre est également chantée par les interprètes. Olivier Greif déploie une fresque ambitieuse, dense, traversée par une urgence narrative presque tellurique. Les parties purement instrumentales en constituent indéniablement la force vive : les cordes y sont tendues, expressives, le piano moteur, et l’ensemble avance avec une intensité dramatique saisissante. En regard, les sections chantées en partie en sanskrit apparaissent plus fragiles, moins bien exécutées, peinant à trouver la même justesse d’incarnation et la même évidence expressive. Le contraste est perceptible, sans être tout à fait gênant ni rompre la cohérence de l’œuvre. Car lorsque la musique se libère de la voix, elle retrouve toute sa puissance, cette capacité propre à Greif de raconter le monde par le seul choc des timbres et la tension du discours instrumental.

Moment final de la soirée, le Requiem d’Olivier Greif confirmait cette impression paradoxale qui traverse souvent son œuvre : loin d’un climat funèbre ou plombant, la musique offre une énergie vitale presque joyeuse, surtout dans les deux derniers mouvements. Le Chœur de Radio France s’y est montré, comme à son habitude, formidable, d’une cohésion et d’une justesse remarquables. Sous la direction de son chef Lionel Sow est tout à la fois précis, inspiré, attentif aux moindres inflexions du texte musical. Le travail de contrepoint vocal, cher à Poulenc, une des références de Greif est issu travaillé avec une très belle finesse. On ressent le plaisir partagé de faire entendre ces si belles pages. Le chœur déploie une palette expressive d’une grande richesse. Les masses chorales, tantôt puissantes, tantôt murmurées, ne cherchaient jamais l’emphase. Elles semblent porter un message profondément humain, où la mort n’est pas une fin mais une transformation. . Ce Requiem n’est pas une plainte : c’est une affirmation. Il convient aussi de souligner les très grades qualités des voix solistes qui se détachent par endroits. Kareen Durand, Barbara Vignudelli et Marie-Goerges Monet offrent chacune un (trop) court moment de poésie vocale.

Ce qui frappait tout au long de la soirée, c’était l’absence totale de pathos. Rien de triste, rien de figé dans la commémoration. Rendre hommage à Olivier Greif, ce n’était pas regarder en arrière avec nostalgie, mais affirmer que sa musique est toujours vivante, vibrante, nécessaire. Chaque œuvre semblait dialoguer avec le présent, poser des questions brûlantes, inviter à une écoute engagée.  Le public, même peu nombreux, ne s’y est pas trompé. Le silence, dense, presque religieux, témoignait d’une attention rare. Et les applaudissements, longs, sincères, avaient quelque chose d’une reconnaissance collective, comme si chacun mesurait le privilège d’assister à un moment de vérité artistique.

En savoir plus sur la musique classique du XXe siècle

Le concert est disponible sur le site de Radio France et sur l’application dans le cadre des Concerts du soir.

Visuel : Lionel Sow ©Christophe Abramowitz