Composé de sept chroniques et d’une nouvelle, ce recueil de l’auteur de La Horde du contrevent développe une pensée critique des nouvelles technologies.
En avril 2022, Alain Damasio est invité à la Villa Albertine, à San Francisco, dans l’objectif de confronter l’auteur de science-fiction français à la Silicon Valley. C’est en touriste que l’auteur va découvrir la Californie, au grès d’une trentaine de rencontres. Vallée du silicium parle donc d’Apple, de Facebook, de corps augmentés, de voitures autonomes, d’intelligence artificielle, de programmation, mais aussi de frontières, de droits, d’extrême pauvreté.
Le premier texte, passionnant, s’intéresse au Ring d’Apple, et à la politique d’opacité de l’entreprise fondée par Steve Jobs. Damasio, s’il est critique de la technologie, sait aussi reconnaître qu’il lui doit quelque chose : « aujourd’hui comme hier et comme demain, je ferai mes ablutions au-dessus du clavier et mes signes de croix au milieu du Trackpad. » « La ville aux voitures vides » se concentre sur le symbole de la voiture aux Etats-Unis et l’automatisation de celles-ci, avec les risques qui en découlent. « La ligne de coupe » porte sur les frontières, « Love me Tenderloin » sur le quartier de Frisco qui regroupe un nombre important de sans-abris ; etc.
Pour les familiers de l’auteur, Vallée du silicium donne à rencontrer des figures tutélaires de Damasio, comme Jean Baudrillard et son Amérique, ou Deleuze et Guattari et leur Mille plateaux. Les réflexions de Damasio sont pertinentes, bien souvent même revigorantes et angoissantes. Celles et ceux qui ne supportent pas les néologismes ou les jeux de mots devront en revanche passer leur chemin. Certains termes restent bien trouvés, comme celui de « technococon », « ces chez-moi [qui] ont la forme d’une bulle, d’une bille, d’une île de taille variable, à la membrane épaisse et translucide, à travers laquelle les pas-comme-moi s’agitent dans une brume volumétrique ». D’autres expressions font cependant lever les yeux au ciel : « iMac, iPad, iPhone, iPod, aïe, aïe, aïe » (non, ce n’est pas votre oncle qui dit encore « Face de bouc »).
Le dernier texte, « Lavée du silicium », est une nouvelle. Après avoir dévasté Los Angeles, une tempête se dirige vers San Francisco. Un couple et sa fille, pensant être à l’abri dans leur luxueux appartement d’une tour high-tech, se retrouvent bloqués et claquemurés à la suite d’une coupure de courant généralisée. Ce scénario catastrophe est l’occasion pour Damasio de décrire notre dépendance à la technologie, d’introduire une intelligence artificielle bien trop intelligente (Myia), ou encore d’inventer un processus pour sauvegarder nos âmes en cas de décès.
Vallée du silicium, Alain DAMASIO, Folio SF, 320 pages, 9,50 €
Visuel : © Couverture du livre