Le quatrième roman de Jordan Harper publié chez Actes Sud prend ses quartiers dans un Los Angeles gangrené par le vice et le secret.
On ne recense plus les polars choisissant Los Angeles comme personnage d’arrière-plan. Si bien que la ville n’a rien à envier à New York en termes de crimes et de violences. Car la Cité des Anges, sous son vernis de papier glacé, renferme secrets et vices, luxure et péchés. James Ellroy et Michael Connely savent bien qu’au-delà d’Hollywood se cache une part sombre, glauque, terreau fertile pour les intrigues policières.
Mae est publiciste spécialisée en gestion de crise. Sa fiche de poste ? Eviter à ses clients des scandales, réécrire la légende lorsqu’elle est plus belle que la réalité, manipuler les journalistes pour détourner l’attention (« On est la face cachée des RP. C’est grisant. On ne publie pas les bonnes nouvelles – on étouffe les mauvaises. »). Chris, lui, travaille pour BlackGuard, une boîte privée de sécurité qui n’hésite pas à avoir la main lourde. Chris et Mae se sont rencontrés puis perdus de vue dans un Los Angeles tentaculaire. Mais les deux personnages principaux vont devoir faire équipe lorsque Dan, le patron de Mae, est abattu dans sa Tesla alors qu’il s’apprêtait à révéler à Mae quelques faits peu catholiques.
Tout le monde sait nous passionne notamment par le portrait de Los Angeles qu’en fait Jordan Harper. Ville du vice, Los Angeles est dépeinte comme une cité toxique où l’on ne peut évoluer si on s’interroge sur le bien et le mal. « Personne ne parle. Mais tout le monde murmure ». Ce qui permet aux prédateurs de régner et aux violences de se perpétuer. Policiers corrompus côtoient politiciens ripoux sans pour autant faire de Toute le monde sait un polar caricatural. Mené tambour battant (chapitres courts et duo d’enquêteurs bien campé), Tout le monde sait convoque théories complotistes et affaire Epstein sous le regard d’une sorte de Léviathan, « la Bête. La boîte de Mae, BlackGuard, Acker, un réseau de cabinets de conseil, d’agences de relations publiques et de consultants en sécurité privée. Des avocats, des communicants de l’ombre, des services d’ordre, des enquêteurs – des yeux, des oreilles, des bras, des poings. »
Tout le monde sait, Jordan HARPER, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau, Actes Sud, Actes Noirs, 432 pages, 23,50 €
Visuel : © Couverture du livre