A l’occasion de la Saint-Valentin, retour sur un petit livre d’Emmanuelle Salasc paru aux Editions P.O.L, un condensé de brèves scènes amoureuses qui dit beaucoup du désir, de l’attachement et de la complicité.
Nouons-nous est la parfaite expression littéraire des Fragments de la vie amoureuse de Roland Barthes. Emmanuelle Salasc, dans ce livre initialement paru en 2013, interroge nos façons de faire couple et radiographie l’amour. L’auteure choisit la forme brève, comme une chroniqueuse rapportant des choses vues, transcrivant des histoires entendues. Si bien que les textes ici ne sont pas forcément des nouvelles (absence de narration, suppression de la trame début-récit-chutre…) mais avant tout des sensations, des idées, des points de vue sur ce qu’aimer veut dire. Exprimés à la première personne du singulier, ces fragments se révèlent universels en multipliant les focales : homme, femme, couple hétérosexuel, homosexuel, avec ou sans différence d’âge, expert de l’amour ou novice, etc.
Les fragments se révèlent à picorer, au risque de frôler l’indigestion. Il faut prendre son temps, reposer le livre, l’ouvrir en cas de chagrin d’amour, y chercher des réponses. Roland Barthes écrit : « Suis-je amoureux ? Oui, puisque j’attends. » ; Emmanuelle Salasc écrit, elle : « Elle et moi, c’est une histoire d’attente depuis le début. C’est toujours moi qui attends, je m’y suis habitué, elle est toujours en retard. »
On croise dans Nouons-nous des amours hilares (« Tout le monde nous regarde. Gêné, il essaie d’étouffer mon rire avec sa main, qui moule ma bouche. Je continue de rire dans ses doigts, il rit à son tour car ça la chatouille. »), des amours angoissés (« Je calcule tout, je calcule trop, beaucoup trop. J’essaie de déduire par avance ce qu’il va penser, je me dis si j’éteins la lumière, il va m’en vouloir, des choses comme ça, je n’ai aucun geste naturel. Je ne sais pas l’aimer sans faire de prévision. »), des amours perdus (« Elle est difficile à définir, cette tristesse comme une poussière reprenant sans cesse toute la place dans mes pensées, dès que je cesse de m’agiter. […] Je vis avec elle depuis que je ne vis plus avec lui. ») ou des amours accordés (« Nous sommes ensemble depuis si longtemps, elle et moi, nous sommes si proches, qu’avec le temps et l’intimité, nos règles se sont synchronisées. »).
Un livre rempli de petites attentions et de petits gestes qui, loin d’être mièvre, dit beaucoup sur l’amour.
Nouons-nous, Emmanuelle SALASC, P.O.L éditeur, #formatpoche, 224 pages, 12 €
Visuel : © Couverture du livre