Avec Après l’éclipse, aux éditions la ville brûle, Eve Cambreleng signe son premier ouvrage de fiction, une bande-dessinée où l’amitié surpasse l’épuisement, la rage et le burn-out militant, pour offrir joie, douceur et espoir. Cette BD soigne les esprits, fait battre les cœurs au rythme l’amitié et devient un véritable support de sensibilisation et d’éducation.
Après l’éclipse dessine le portrait de Mia, une jeune femme dans sa vingtaine, dont le quotidien apparaît aux lecteurs.ices au travers plusieurs saynètes de vie : dans un bar, dans la rue, en manif’, au skatepark ou au travail. Souvent accompagnée de sa meilleure amie, Cléo, chaque planche, chaque moment de leur quotidien, se trouve brutalement interrompu par une remarque sexiste, un geste déplacé ou autre violence.
La première partie du récit dépeint avec justesse et colère ces micro-agressions quotidiennes banalisées et le sentiment d’oppression qui en découle : entre mansplaining, rabaissement par des amis ou les fois où elles se font couper la parole, « c’est partout, tout le temps ».
Si l’on voit bien que l’extérieur violente, les espaces intimes – familiaux, amicaux ou amoureux – le sont également et offrent peu de répit. L’épuisement et la colère deviennent alors part entière du quotidien de la jeune femme qui se retrouve souvent prise au piège de situations et de conversations non-désirées.
De la rampe de skate, à l’espace public ou dans les conversations, les protagonistes sont en lutte constante pour avoir l’espace de s’exprimer ou de simplement exister sans se faire nier.
Alors, si des ruptures amicales s’opèrent malgré elle(s), de nouvelles rencontres joyeuses prennent place et offrent des moments de rire et de légèreté aux protagonistes. Ainsi, lorsque Mia rejoint ses nouvelles amies au skatepark, le mot d’ordre est clair : « C’est comme partout, il faut s’imposer. On va pas se laisser faire. Et il faut prendre notre place. Sinon les mecs vont jamais nous la laisser. »
Alors elles s’imposent. Mais surtout, elles s’aiment et se réparent. Les moments sont simples, mais soignent les cœurs et les esprits abimés par ces remarques constantes et oppressives. Et c’est toujours une main tendue pour reprendre la fête « on va pas laisser ce tocard gâcher notre soirée » qui relance le moment, qui redonne espoir et fait respirer Mia.
C’est ce que l’on retient de la douceur des dessins d’Eve Cambreleng : l’amitié. La jolie bande de copines se soigne et s’élève au rythme de sorties en rollers ou de karaokes à chanter Taylor Swift à tue-tête. Les retrouvailles avec la joie, le rire et la légèreté sont simples tout en étant remplies d’espoir.
Ainsi la joie militante qui découle des relations amicales devient le cœur battant d’Après l’éclipse qui est à la fois un manifeste d’amitié, d’adelphité et de militantisme tout en devenant un support de sensibilisation.
Visuel : Eve Cambreleng
Dès le 23 janvier en librairies, et en commandes sur le site de la ville brûle.