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07.10.2023 → 07.01.2023

Chagall politique : guerre et saison d’automne à Roubaix

par Katia Bayer
15.10.2023

En cette rentrée, pas moins de cinq nouvelles expositions sont présentées à la Piscine de Roubaix. Aux côtés de l’exposition-phare « Le cri de liberté. Chagall politique », on peut découvrir notamment le travail de Georges Arditi. Des expositions puissantes, qui résonnent avec les temps que nous traversons…

Guerre et saison d’automne à Roubaix

La Piscine, c’est LE musée de la ville de Roubaix. Installé dans une piscine art déco construite il y a près de 100 ans, c’est l’un des lieux artistiques les importants du nord de la France. L’élément accrocheur, c’est avant tout « Le cri de liberté. Chagall politique », dont le visuel est tiré d’un détail d’un tableau de l’artiste Au-dessus de Vitebsk, présentant le Juif errant, armé de sa canne et de son sac, visible dans l’exposition. Celle-ci a débuté le 7 octobre et se déroule jusqu’au 7 janvier 2024, attirant déjà de très nombreux visiteurs.

 

Avant d’accéder à l’exposition phare du musée, on démarre le parcours avec le travail de Georges Arditi, peintre français méconnu et père de Pierre, Catherine, Danièle et Rachel Arditi, tous devenus comédiens. « D’un réel à l’autre » est le sous-titre de cette première partie muséale.

 

Découvrir Georges Arditi

 

Grâce aux repère biographiques, on apprend que Georges Arditi est né à Marseille dans une famille juive. Le nom d’origine s’écrit avec deux « t » : Arditti. Une lettre se perdra en cours de route. Georges Arditi, donc, s’intéresse au dessin, étudie aux Arts Décoratifs, peint, illustre pour la presse. Juif il est, juif il restera. Pendant la guerre, s’il se déclare comme tel auprès de l’administration, il refuse de porter l’étoile jaune. Il perd ses biens, est déchu de sa nationalité et son atelier est mis sous séquestre. Son jeune frère est déporté et meurt à Auschwitz. Georges entre alors dans la Résistance. Ensuite, il peindra, se mariera, fondra une famille.

 

Catherine, Danièle et Rachel, les trois filles du peintre disparu en 2012 à l’âge de 98 ans, participent à la visite, ainsi que son petit-fils, peintre lui aussi, Frédéric Arditi, le fils de Pierre. Ils écoutent attentivement Bruno Gaudichon, conservateur et directeur du musée de Roubaix. L’exposition se focalise sur près de vingt ans de production, des années 40 à la fin des années 50. Catherine Arditi raconte qu’une toile qu’elle a prêtée pour le projet a été remplacée chez elle par une photo grandeur nature de l’œuvre, le temps que l’original revienne à son point de départ. Les tableaux accrochés représentent des autoportraits, des peintures des enfants du peintre fixant du regard leur père dans un intérieur coloré, des paysages, des vues urbaines, des scènes de la vie quotidienne comme Les Joueurs de cartes, un tableau peint en 1945 où un homme nous regarde quand un autre, dos à nous, lui fait face. L’un tient une cigarette, l’autre a trois cartes en main. Une troisième personne s’est réfugiée dans l’ombre, semblant être ailleurs. En face de lui, trois œufs mystérieux.

 

Il y a aussi cette photo étrange où le peintre fait face à son modèle et change de place avec lui. Le modèle est assis, dos à nous, en blanc, à demi-nu, le peintre est debout, en noir et nous regarde. Côté archives, on reste un peu sur notre faim : peu d’images ou de témoignages auxquels se raccrocher pour entrer un tant soit peu dans la sphère intime de cette famille. Il faudrait idéalement revenir ce lundi 16 octobre, pour entendre les filles lire des extraits inédits de la correspondance de leur père. Catherine, Danièle et Rachel ne raconteront pas leur père mais liront en soirée et « éclaireront son œuvre ». Bel hommage que celui d’enfants adultes et comédiens à leur père disparu et peintre.

 

Ce n’est pas évident d’être positionné avant ou après Chagall, tant le maître est reconnu et respecté, à juste titre. Mais il est intéressant de placer un peintre peu identifié, ayant des points communs avec l’un des artistes les plus côtés (rien qu’à Paris, Chagall bénéficie d’une rétrospective à Pompidou qui vient tout juste de démarrer et d’une exposition numérique à l’Atelier des Lumières) : le sens de la famille, l’affirmation de sa judéité, la souffrance de la guerre, la confiscation de ses œuvres…

 

Renouer avec Marc Chagall

 

Les commissaires d’exposition ont d’ailleurs voulu donner un angle à Chagall en l’associant au mot « politique ». Entrons déjà avec les visiteurs. D’emblée, les groupes et les individuels se mélangent, patiemment comme impatiemment. Un couple trace : « On se faufile, hein ! ». « Vous vous faufilez bien », leur répond-on. A travers une multitude de salles, on est confronté à des œuvres qu’on connaît, qu’on a oubliées, qu’on découvre, aux tableaux de tailles différentes, à des études, à des maquettes, à des autoportraits, à des œuvres très riches et d’autres très épurées, à des esquisses en couleur, à des travaux en noir et blanc… Ça danse, ça vole, ça joue de la musique, ça pleure, ça aime, ça s’animalise, ça se « yiddishise », ça se duplique, ça prie, ça porte la Torah, ça brûle et ça pleure encore.

 

Tout comme pour Georges Arditi, des membres de la famille de Chagall participent à la visite. Meret et Bella Meyer, deux de ses petites-filles, sont présentes. L’une complète les propos de Bruno Gaudichon, l’autre écoute. Plus tard, au déjeuner, Bella croque sa salade, tandis que Meret, coprésidente du Comité Marc Chagall et commissaire d’exposition, évoque la numérisation des archives et la traduction des textes du yiddish et du russe vers le français. C’est quelque chose qui nous intéresse en réalité, cette richesse des archives personnelles de Marc Chagall et d’Ida, sa fille, mère des deux femmes présentes : lettres manuscrites ou tapées à la machine, poèmes, brouillons, photographies de famille et d’amis, articles de presse, carnets de notes… Une photo montre par exemple Chagall, jeune, devant son école populaire d’art à Vitebsk (Biélorussie), casquette vissée sur la tête et sourire devant le portail. Il se fera exclure par la suite de ladite école.

 

En Allemagne, les œuvres et la personne de Chagall vont être conspuées par le régime nazi. En France, Chagall, naturalisé en 37 après deux refus de l’administration, va être considéré comme un « israélite russe » et sa naturalisation est « sans intérêt national ». Que faut-il comprendre par ces mots hypocrites ? Chagall perd sa nationalité en 43. Il y a ce qu’on lit, il y en a les preuves aussi. Les photos et les documents officiels sont là. Implacables.

 

Réfugié en zone libre dès le début des années 40, Chagall écrit aussi, dans l’amertume et la peur. « A bas les Juifs : inscription sur les portes de ma maison et autour et partout dans le haut du bourg. Des Juifs dans le bourg, il y en a deux – moi et ma femme (…). Dois-je rester ici ? Ou fuir de honte et de douleur et de moi-même ? ». Ces extraits, eux aussi, sont là, dans un poignant texte intitulé « A bas les Juifs », écrit en russe en 1940 et traduit en français. Chagall écrit aussi qu’en arrivant en France, il ne se sentait plus comme un Juif de ghetto, qu’on lui a fait comprendre qu’il n’était pas chez lui et qu’au bout du compte, il n’était nulle part chez lui.

 

Phrases encore plus déchirantes : dans le bateau qui le mène aux États-Unis et à la vie, il écrit : « Depuis le pont, il me semble voir les rabbins et leurs familles conduits aux camps. Mais dans l’air, on n’entend pas les soupirs de ceux qui sont trainés vers les fours ».

 

Les textes de Chagall donnent le tournis, parfois davantage que les toiles. On ne reproduira pas le long texte « Aux Artistes martyrs » datant de 1950, dans lequel l’artiste parle de sa culpabilité de survivant, de l’avenir effacé de ses pairs et de l’espoir d’un monde nouveau. Il faut lire ce texte et le garder en mémoire.

 

L’exposition pourrait se finir ainsi. Il en est autrement. On va de l’ombre à la lumière, des stigmates des pogroms, de la souffrance liée à la Seconde guerre mondiale et à l’exil des Chagall aux États-Unis à des jours meilleurs, à une foi dans l’humanité, notamment via la création de l’État d’Israël. En 48, il écrit un télégramme en russe à Ben Gourion : « J’espère que tous les honnêtes gens, les intellectuels et les artistes de tous les pays vont aider à construire et à défendre le nouveau pays biblique et par cela réparer la faute commise par l’humanité envers la judéité durant les millénaires de son exil ». Au vu de l’actualité dramatique de ces derniers jours, ce texte résonne étrangement.

 

L’exposition se termine toutefois avec une toile joyeuse représentant un arc-en-ciel où le rouge mange tout l’espace, où un arbre pousse alors que des animaux sourient : L’Arc en ciel ou L’Arbre de Vie. L’espoir réapparaît, on en a besoin. C’est la pause déjeuner de toutes façons.

 

Terminer avec Claude Simon

 

On rejoint les tablées de journalistes au salon de thé Meert du musée avant de filer voir le reste des expositions. Un journaliste annonce son départ pour Arras juste après la visite : un enseignant vient d’être poignardé dans un lycée ; Arras avoisine Roubaix. On est rattrapé à nouveau par la réalité. On enchaîne pourtant avec la troisième exposition importante de cette saison automnale à Roubaix : le travail pictural et plastique de Simon (1913-2005, Prix Nobel de littérature en 1985), aspect peu connu de l’œuvre de l’écrivain. L’exposition s’étend sur les anciennes douches du lieu et nous offre une vue d’ensemble sur la sublime piscine.

 

Mireille Calle-Gruber, écrivaine et enseignante de littérature et esthétique à la Sorbonne-Nouvelle et ayant-droit moral de l’homme, raconte avec de beaux mots le parcours et les choix artistiques de Claude Simon. Pour lui, dit-elle, « c’était jouissif de passer du vert au rouge, c’était plus intéressant que de faire des pattes de mouches en tant qu’écrivain ». Le travail de Claude Simon, auteur de La Route des Flandres, paru en 1960 aux éditions de Minuit, est indissociable de la guerre ou plutôt des guerres. Il perd son père lors de la première guerre mondiale et sa mère, en tentant de le retrouver, choisit une tombe anonyme comme sépulture. Claude Simon n’est qu’un enfant. Plus tard, il participera à la seconde guerre mondiale, dans les Flandres justement, et en sortira « indemne » parce que sa scelle de cheval est mal fixée (il tombe de l’animal quand tout son escadron est tué, debout, en exercice). Ils ne sont plus que trois de son unité quand son colonel meurt à son tour, à ses côtés. Claude Simon est fait prisonnier en Allemagne. Il réussit à s’évader et entre dans la Résistance. Dans ses carnets de prison, il raconte l’humiliation, mais ne veut pas céder à la haine. Ses écrits et des traces de sa vie manquent un peu aussi dans cette exposition plus petite que les deux autres, mais le poids de la guerre et le besoin de se plonger dans l’art jusqu’à s’y perdre est bien là.

 

Son travail sera protéiforme. A Roubaix, on est cueilli par un paravent et ses six panneaux remplis de papiers découpés,  de peintures et de photographies, mis les uns à côté des autres. Chose étonnante : ces images représentant des hommages à d’autres artistes (Van Gogh, Chagall, maîtres japonais… ) ne sont pas collées mais « punaisées dans l’optique d’une harmonie, avec une juxtaposition de couleurs », pour Mireille Calle-Gruber. A travers les galeries de la piscine de Roubaix, illuminées par les deux vitraux-soleils qui se font face, son oeuvre continue à être explorée. Compositions prises à la mer, clichés d’enfants défavorisés, extrait d’un court-métrage qu’il a réalisé, peintures et collages qui font penser aux surréalistes… On tombe d’ailleurs sur un collage de Jacques Prévert représentant un homme-chauve-souris au visage figé, entouré d’une fleur et d’une feuille, qui parle de son amitié avec Claude Simon.

 

En faisant marche arrière, on ne peut s’empêcher de s’arrêter devant la correspondance de Chagall et de penser à cette guerre, commune aux trois artistes (Chagall, Arditi, Simon) qui a façonné leur œuvre et leur personnalité. Les news continuent de tomber sur le téléphone mis sur silencieux et plus que jamais, l’art est nécessaire pour tenir le coup. A la sortie, un enfant tire, sans but, devant lui, avec un pistolet en plastique.

* Remerciement à Corinne Amar pour sa relecture attentive

 

Visuels (c)

Au-dessus de Vitebsk, 1922, Huile sur toile, 73 x 91 cm, Kunsthaus Zürich, don de la Société de réassurance Union, 1973 © ADAGP, Paris, 2023

Georges Arditi (1914-2012), Les joueurs de cartes, 1945. Huile sur toile, 81 x 116 cm. Collection particulière.
Photo Alain Leprince. © ADAGP, Paris, 2023

Claude Simon, Sans Titre, Vers 1963, Collages sur papier journal, 26 x 36 cm, Collection particulière, Photo : Alain Leprince