Avec le Musée de Montmartre et la galerie Raphaël Durazzo en fer de lance et la grande exposition Surréalisme de l’an dernier en figure de proue (lire notre article), les femmes du surréalisme sont à l’honneur et enfin considérées comme elles le méritent. Comme il l’avait fait pour Tarsila Do Amaral, le Musée du Luxembourg nous permet de découvrir la plus grande expososition dédiée à Leonora Carrington.
C’est la première fois en Europe que 126 oeuvres de l’artiste Leonora Carrington, née en 1917 dans le Lancashire (UK) et morte en 2011 à Mexico sont réunis. Les commissaires, Tere Arcq et Carlos Martín, ont mêlé approche thématique et chronologique pour sortir de sa marge cette figure du surréalisme. Avant même de nous brosser la chronologie de sa longue vie heurtée, ce sont les dessins d’enfances et les essais déjà ésotériques avec des figures de femmes un peu sorcières qu’on nous donne à voir. Ce n’est que dans un troisième temps qu’on arrive à la période la plus connue : ses années comme muse et compagne de Max Ernst au coeur du groupe surréaliste et notamment les premières années de Guerre où ils créent tous deux une sorte de foyer d’artistes et d’utopie à Saint-Martin-d’Ardèche. Les photos de Carrington et du couple par Lee Miller sont solaires. Mais la séparation la laisse fragile psychologiquement et ses parents l’internent de force dans un hôpital psychiatrique. Elle parvient à échapper à leur plans vers l’Afrique de Sud et fuit vers l’Espagne pour trouver le chemin de New York. Sur cette route d’exil, elle est violée par des soldats franquistes…
En entremêlant les oeuvres de Carrington de nombreuses photos et de longs cartels, l’exposition parvient parfaitement à faire le lien entre les moments de sa vie, ses choix mais aussi les violences subies et les brouillards et symboles de oeuvres. Le visage de Leonora Carrington traverse l’exposition, de clichés d’enfances à modèle pour des photographes. On entre ainsi dans son monde pas si facile d’accès : plus tout à fait symboliste, surréaliste qui corsète ses pulsions et ses rages avec énormément d’ésotérisme et de cosmologie, elle choisit souvent des tons sable ou gris. Et elle est plus dessinatrice de peintre. Néanmoins, quand on entre dans les méandres de son art, quand on se plonge dans ses héroïnes qui sont toutes un peu « animal-humain-femelle ». Voir rassemblées les grandes toiles de ses cycles est le meilleur moyen de s’immerger dans son univers. Petit à petit on entre dans sa vision du féminin comme archétype. Et l’exposition met également en avant son travail d’auteure, notamment avec son récit initiatique, Le cornet acoustique (lire notre article).
C’est au Mexique que Leonora Carrington s’est installée et elle y a fréquenté Frida Kahlo et Remedios Varo et y était reconnue. Enfin, aujourd’hui, elle prend sa juste place au panthéon des artistes du groupe surréaliste. En 2024, chez Sotheby’s Londres, son oeuvre Les Distractions de Dagobert (1945) s’est vendue 28,5 millions
Visuel (c) Leonora Carrington, Artes 110, 1944, Huile sur toile, 40,6 x 60,9 cm, NSU Art Museum Fort Lauderdale; gift of Pearl and Stanley Goodman
© 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris
© NSU Art Museum Fort Lauderdale