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11.03.2026 → 17.03.2026

Nuit sans aube, entretien avec Matthias Pintscher

par Yaël Hirsch
11.03.2026

Compositeur et chef d’orchestre, Matthias Pintscher est une figure majeure de la musique d’aujourd’hui. Il assure la double création de sa quatrième œuvre lyrique, Nuit sans aube en français à l’Opéra-Comique et Das Kalte Herz, «Le coeur froid»en allemand au Staatsoper de Berlin. Il accorde à la veille de la première parisienne, un entretien à Cult.

 

 

Inspiré du conte romantique de Wilhelm Hauff (1827), l’opéra de Matthias Pintscher réinterprète l’histoire de Peter. Peter est un pauvre charbonnier qui rêve de faste et de prospérité. Un génie lui accorde trois voeux : il choisit d’avoir autant de fortune qu’Ezéchiel, l’homme riche de la région, mais dès lors que celui-ci est désargenté, Peter le suit dans sa ruine… L’opéra de Matthias Pintscher traduit tout en suggestion et subtilité l’atmosphère mystérieuse de la forêt noire…

 

Votre titre allemand renvoie à l’idée d’un « cœur froid », alors que l’expression « nuit sans aube » suggère une obscurité sans rédemption. Comment passe-t-on de cette image intime et presque psychologique à une métaphore plus cosmique et tragique ?

 

Au départ, l’œuvre devait porter le même titre en allemand : Die Nacht ohne Morgen. À la demande du directeur de l’Opéra de Berlin, nous avons décidé de revenir au titre du conte qui a inspiré l’opéra : Das Kalte Herz.

Je préfère ne pas interpréter moi-même ce que le titre de l’œuvre (qui est également la dernière phrase prononcée dans l’opéra) évoque chez l’auditeur… Bien sûr, il a une connotation psychologique et laisse la fin ouverte… Aucune question ne trouve de réponse… Un grand point d’interrogation reste en suspens. Nous ne savons pas ce qu’il adviendra des personnages restants sur scène ni quel sera leur destin. Nous savons que la mère porte finalement toute la culpabilité et se dirige vers la clairière dans la forêt où les rituels sacrificiels ont lieu depuis des centaines d’années. Une « fin ouverte » sombre…

 

Composer sur commande pour deux chefs immenses que sont Daniel Barenboim et Louis Langrée implique-t-il une pression particulière ? Et le fait de penser l’œuvre pour deux distributions — orchestre et voix — a-t-il constitué une contrainte ou, au contraire, un moteur créatif ?

 

J’ai été extrêmement honoré et inspiré d’écrire une œuvre pour ces deux maisons aux traditions et au patrimoine très différents. Ce fut un véritable défi créatif que de concevoir cette œuvre dans deux identités très différentes : la langue française et la langue allemande. L’opéra est très différent en français, il coule différemment, il nous invite même à explorer de nouveaux tempos… également inspirés par les deux identités différentes de ces deux orchestres. J’ai une relation de longue date avec ces deux orchestres… c’est un tel plaisir d’explorer ensemble le texte musical et de s’adapter aux « besoins » de chaque identité.

Il y a des moments dans la musique où les lignes vocales visent à devenir en partie orchestrales (instrumentales) et où l’orchestre semble « chanter » vocalement.

 

En travaillant avec Daniel Arkadij Gerzenberg, qu’avez-vous choisi de conserver de l’héritage du romantisme allemand ? Et qu’avez-vous cherché à déconstruire ou à réinventer dans cette tradition ?

 

Nous nous sommes complètement détachés de la source originale. C’est devenu une nouvelle œuvre sur toutes les sensations que nous associons à tout ce qui touche à la « forêt ». C’est une pièce sombre, écrite comme le reflet des temps sombres qui nous entourent actuellement. Elle traite de la manipulation, du traumatisme et de l’angoisse. C’est une œuvre sur nos propres peurs et doutes.

 

Le conte de Wilhelm Hauff appartient à l’imaginaire collectif allemand et reste souvent associé à l’enfance. Dans la version présentée à l’Opéra Comique, y a t il aussi un peu cet aspect « madeleine de Proust”  ?

 

J’apprécie beaucoup que vous mentionniez  À la recherche du temps perdu, une œuvre qui m’a profondément marqué durant mon adolescence. Je ne peux pas vraiment répondre à cette question… Bien sûr, « l’Enfant » représente en quelque sorte l’innocence… mais il y a plus que cela… comme Yniold dans Pelléas et Mélisande… « l’Enfant » est un thermomètre de la tension et de la profondeur de l’abîme qui s’élargit à mesure que l’histoire tragique se déroule.

Il est également fascinant de constater que l’ensemble de la distribution et du personnel de l’opéra et de la Maison de la Radio ont été constamment approvisionnés en madeleines à volonté dans nos loges…

 

 Comment avez-vous traduit musicalement la violence — morale et symbolique — du conte ? Et comment s’est articulé votre travail avec le metteur en scène James Darrah pour la restituer visuellement, cette violence ?

 

La violence semble parfois plus forte lorsque la musique tend vers le silence… et alors toutes les sensations, associations et souvenirs sont entièrement laissés à l’appréciation de chaque auditeur et à ses propres histoires… la toile inachevée devient l’interface des émotions des auditeurs…

Crédits photographique : 

© Frank Ferville