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MaMA 2026 : la scène émergente répond aux inquiétudes du secteur

par Louna Bonnin
18.10.2026
MaMA Music & Convention

Pendant trois jours, le MaMA Music & Convention a fait vibrer Pigalle et Montmartre avec des conférences, des showcases et des concerts. Entre inquiétudes sur l’avenir du secteur culturel et artistes aux univers bien affirmés, cette 17e édition a mis en lumière les défis d’une industrie musicale en pleine mutation, mais aussi celles et ceux qui contribuent à la réinventer.

La culture en alerte ?

Même si la découverte artistique et les shows sont le cœur du festival, les conventions ne restent pas moins intéressantes. Réunissant député.e.s, journalistes, président.e.s d’association ou encore directeur.rice.s et fondateur.rice.s d’entreprises, ces tables rondes avaient un sujet commun : c’est un sale temps pour la culture.

 

Et c’est justement avec cette conférence, « Sale temps pour la culture ! », que le MaMA a ouvert son week-end. Alors que tous.tes ont dressé le constat d’un secteur culturel fragilisé, la demande est en hausse et le chiffre d’affaires de la musique progresse. Mais comment expliquer ce paradoxe ? Jean-Baptiste Gourdin, président du CNM, a tenté d’y apporter une réponse. Selon lui, cette croissance cache en réalité « un déséquilibre de plus en plus fort et insoutenable ». Les coûts augmentent, les subventions restent incertaines et les festivals comme les petites salles peinent à trouver leur équilibre.

 

Tristan Le Corre, CEO de Shotgun, une plateforme de billetterie spécialisée dans les événements musicaux et festifs, souligne un autre problème : la baisse de curiosité du public et le fonctionnement des plateformes de streaming, comme Spotify, Deezer ou Apple Music, dont les algorithmes enferment parfois les auditeur.ice.s dans leurs habitudes plutôt que de favoriser la découverte.

 

Face à ces difficultés, les intervenant.e.s ont également avancé des pistes de réflexion. Sur le plan politique, la députée européenne socialiste Emma Rafowicz estime que « l’État, l’Union européenne et les collectivités territoriales ont un rôle de régulation et d’équilibrage des rapports de force ». Jean-Baptiste Gourdin la rejoint : le secteur musical a besoin de financements, mais aussi de règles collectives, puisqu’il reste encore peu régulé. Pour Tristan Le Corre, il faut repenser la distribution culturelle et créer un environnement qui façonne les goûts. Son objectif est de « transformer chaque transaction en relation » et de faire de la curation un moteur essentiel de la découverte.

 

Les petites salles, elles aussi, sont en mode survie. Entre la hausse des dépenses, la dépendance aux subventions et les difficultés à attirer le public, certaines peinent à maintenir leur activité et à continuer d’accompagner les artistes émergents.

 

Enfin, le MaMA a clôturé sa 17e édition avec la conférence « Demain, la fête sera pour tous.tes », consacrée notamment à la découverte artistique et à la place des femmes dans ce secteur. Parmi les pistes évoquées : des programmations tenues secrètes pour encourager la curiosité et des efforts de féminisation des métiers encore largement masculins.

 

Mais si les débats ont largement souligné les menaces qui pèsent sur la culture, les concerts ont offert un autre aperçu de la scène musicale actuelle. Sur scène, les artistes donnent à voir des univers affirmés, des propositions singulières et de véritables performances.

 

 

Une nouvelle scène qui affirme son identité

Sur scène, les artistes croisés au MaMA ont surtout montré qu’il n’existait pas une seule manière de construire son identité musicale. Du teenage rock à l’électro dansante, en passant par des univers plus provocateurs, chacun impose ses propres codes.

 

Le rock était bien au rendez-vous cette année. Même devant un public clairsemé, Alix Fernz, ses tatouages, son micro littéralement dans la bouche et sa langue tirée sans cesse, a réussi à faire bouger la salle. Dans un registre plus teenage cette fois-ci, Salut l’Orage a fait danser la Boule Noire avec ses influences qui rappellent parfois Muse ou BB Brunes. De son côté, Cassily propose une autre facette du genre. Entourée de deux musiciennes, elle mêle esthétique girly et énergie rock, transformant des émotions très intimes en un moment collectif et dansant.

 

Côté électro, IPPON, avec ses deux musiciens face à face et son jeu de lumière, rappelle l’univers de Justice. TABA!, elle, va encore plus loin. Réunionnaise, l’artiste à l’esthétique provocatrice nous crie « Crève, sale pute ! » ou encore « J’ai envie d’étaler mon sang sur vos faces ». En jouant des clichés de la femme docile, elle fait de son personnage une arme contre le patriarcat. Ici, la provocation devient un terrain de jeu, autant qu’un moyen d’affirmer sa singularité.

 

Des artistes ont également brouillé les frontières. C’est le cas de Midsummer Blaze, qui joue sur les contrastes entre une robe blanche à l’allure féerique et gothique, de longs ongles et une voix envoûtante, capable de basculer soudainement dans la puissance du métal.

 

Et ce ne sont que quelques exemples parmi les 326 artistes programmé.e.s sur les trois jours. D’Unisature à Tentative, en passant par Louve, chacun défend son propre univers. Attitude, scénographie, textes ou énergie deviennent autant un moyen de se démarquer que de capter l’attention. Et dans un contexte où la découverte est devenue un enjeu majeur dans l’industrie musicale, ces singularités sont aussi une façon de sortir du lot et de trouver son public.

 

 

Trois jours de musique

Au-delà des concerts, le MaMA a aussi animé Pigalle et Montmartre jusque tard. Bar à Bulles, la Boule Noire, La Machine du Moulin Rouge, de nombreuses salles ont été investies, avec des concerts aux quatre coins du quartier. Et le Club MaMA prolongeait cette expérience jusqu’à 3 heures du matin.

 

Cette 17e édition a réuni 6 572 professionnel.le.s, 2 265 structures et plus de 4 000 détenteur.ice.s de pass publics. Des chiffres qui illustrent l’ampleur du rendez-vous, mais aussi sa double ambition : faire se rencontrer les acteur.ice.s d’une industrie en pleine mutation et permettre au public de découvrir les artistes qui la font évoluer. Car malgré les inquiétudes exprimées pendant les conventions, le MaMA rappelle surtout que la musique continue de se réinventer.

 

Visuel : © L.B