Chaque année, la coursive – la scène nationale de La Rochelle – propose des saisons originales, dans lesquelles on trouve un concept tout aussi original et très populaire : les concerts en chocolat. C’est à l’un de ces concerts que nous avons assisté le dimanche 18 janvier. La chapelle Harmonique, fondée et dirigée par le très jeune violiste Valentin Tournet à peine âgé de 30 ans.
C’est devant une salle comble que l’orchestre d’une quinzaine de musiciens, et le chœur, composé d’une douzaine d’artistes, s’installent pour interpréter un programme entièrement consacré à Antonio Vivaldi (1678-1741). Le Gloria et le Magnificat – récemment donnés par Hervé Niquet et le Concert Spirituel dans leurs versions d’origine pour double chœur et double orchestre de jeunes filles – sont au cœur de ce programme dans leurs versions les plus connues, c’est à dire chœur et orchestre mixtes. Ces deux œuvres n’étant pas, chacune, très longues, Valentin Tournet, a donc rajouté deux ouvertures d’opéras dudit Vivaldi et trois psaumes pour solistes et chœur.
Valentin Tournet commence la viole de gambe à cinq et son parcours fulgurant lui permet de travailler avec les meilleurs musiciens en activité. Le jeune homme a fondé la Chapelle Harmonique en 2017 en association avec le château de Versailles et depuis, il emmène régulièrement l’ensemble en tournée. Il a une gestuelle ferme, nerveuse, précise. Dès les premières notes de l’ouverture de « L’incoronazione di Dario » RV19, Tournet impose sa marque et la musique de Vivaldi résonne dans la vaste salle de la coursive avec beaucoup d’aisance. On note avec plaisir que le « petit » orchestre de quinze musiciens joue au même niveau que des ensembles plus importants qui défendent le même répertoire comme le Concert Spirituel (Hervé Niquet) ou encore les Arts Florissants (William Christie). La sinfonia al Santo Sepolcro RV169 est interprétée avec la même rigueur et le même plaisir gourmand que l’autre ouverture. Le psaume « In exitu Israel » RV 604 est interprété par la soprano Amandine Sanchez et l’alto Madeleine Bazola, en totale communion avec l’orchestre et le chœur d’où elles sortent à intervalles réguliers. Leurs voix fermes, sonores, parfaitement maîtrisées envahissent la salle sans efforts. Le Laetus Sum RV 607 et le Ostro picta, armata spina RV 642 bénéficient également de la même interprétation ferme et rigoureuse que le premier psaume et nous écoutons avec plaisir les deux solistes déclamer ces œuvres sans aucunes faiblesses.
Si Hervé Niquet et le Concert spirituel ont récemment tourné avec les versions originales de ces deux œuvres – d’abord composées pour double choeur et double orchestre de jeune filles – Valentin Tournet, choisit lui de présenter les versions pour choeur et orchestre mixte. Le Magnificat en sol mineur RV 610, interprété en premier l’est avec beaucoup de sensibilité. Si l’on peut regretter la lenteur des tempos pour une louange à Dieu, les artistes présents sur la vaste scène de la coursive n’en font pas moins une prière très digne et de très belle facture. Le Gloria per l’ospedale en ré majeur RV 589 est tout aussi parfaitement interprété ; Amandine Sanchez et Madeleine Bazola qui sortent à une ou deux reprises des rangs chantent avec une ferveur peu commune et le choeur est sur la même longueur d’onde. Quant à l’orchestre, il accompagne le choeur et les solistes avec une sobriété digne des meilleurs, et, Valentin Tournet qui dirige l’ensemble des artistes, maîtrise avec un art consommé un répertoire difficile et démontre avec panache qu’il n’a rien à envier aux meilleurs chefs d’orchestre en activité.
C’est un concert de très belle facture que Valentin Tournet et la Chapelle Harmonique ont présenté devant un public venu à la coursive nombreux et très enthousiaste en ce dimanche après midi. Le jeune homme, qui a moins de trente ans, pourrait bien devenir dans les prochaines années un chef d’orchestre très en vue et « naviguer » au même niveau qu’un Hervé Niquet ou qu’un William Christie.
Visuel : © François Berthier