Pauline Viardot est d’abord connue comme artiste lyrique – sa sœur aînée étant l’illustre soprano Maria Malibran, morte à seulement 28 ans des suites d’une chute de cheval. Si elle arrêta sa carrière d’artiste lyrique après seulement cinq ans elle se reconvertit, avec succès, à la composition. L’opéra Cendrillon présenté à Angers Nantes Opéra a été composé en 1904 et fait partie des dernières œuvres de Viardot en tant que compositrice. Cet opéra de chambre, créé dans le salon de Pauline Viardot elle même dure environ 1 heure 15 et c’est un format idéal pour les familles, venues nombreuses en ce samedi humide. Les responsables d’Angers Nantes Opéra ont invité une distribution exclusivement française et c’est une excellente initiative étant donné que l’opéra est interprété en français. Pour cette ultime œuvre opératique, Pauline Viardot s’est basée sur le conte de Charles Perrault (1628-1703).
David Lescot qui est en charge de la mise en scène a aussi réalisé les adaptations du livret qui nous ont permis de voir un spectacle de très belle facture. Il livre une lecture du chef d’oeuvre de Pauline Viardot enlevée et pleine d’humour (les essayages de Maguelonne et Armelinde après que Cendrillon a perdu sa chaussure sont traités de très belle manière et les deux jeunes femmes en rajoutent avec un bonheur non dissimulé). Et Lescot est bien aidé par les très beaux costumes de Mariane Delayre, les lumières quasi parfaites de Matthieu Durbec et les maquillages de Agnès Dupoirier. Les vidéos de Serge Meyer qui accompagnent l’air du baron de PicTordu au premier acte et la scène entre PicTordu et Barigoule au dernier acte sont émouvantes puisque l’on y voit la première épouse du baron et les regrets que son décès ont laissé à PicTordu et Barigoule.
C’est Jérémie Arcache qui a réalisé les adaptations modernes tout en respectant la partition originale de Pauline Viardot et c’est Bianca Chillemi qui la dirige depuis le piano. Pour accompagner les artistes c’est un ensemble de cinq musiciens qui est judicieusement installé sur une estrade cachée par deux grands cadres qui se lèvent le temps de la fête chez le prince. La pianiste Bianca Chillemi est fort bien accompagnée par Clothilde Lacroix (violoncelle), Clément Caratini (clarinette), Théo Lamperier (percussions) et Cathy Berberian (Stripsody). Et quel plaisir d’écouter la musique de Pauline Viardot interprétée par cet ensemble original composé de musiciens brillants. On apprécie aussi le numéro de cirque/mime muet de Cendrillon au deuxième acte qui fait tout pour ne par être reconnue par ses sœurs adoptives Maguelone et Armelinde de PicTordu qui ont chanté en duo le deuxième air de Donna Elvira extrait du Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Pauline Viardot qui a connu quelques uns des plus grands compositeurs du XIXe siècle (Franz Lizst (1811-1886), Frédéric Chopin (1810-1849), Hector Berlioz (1803-1869) qui étaient d’ailleurs ses amis) et comme pour célébrer ces amitiés, quelques lignes de ces compositeurs ont été distillées dans la partition pour étoffer la partition.
Pour interpréter cette Cendrillon si peu connue (Si l’on pense à Cendrillon, les directeurs d’Opéras se tourneront spontanément vers celle de Gioachino Rossini (1792-1868) ou vers celle de Jules Massenet [1842-1912]), on découvre des artistes qui méritent grandement de participer à la tournée de la co[opéra]tive. Apolline Raï Westphal est une Cendrillon pleine d’humour ; la voix charnue de la jeune femme résonne dans la salle sans efforts et on ne peut que saluer la très belle performance de cette jeune et talentueuse artiste qui allie avec aisance chant et comédie ; et l’on apprécie aussi une diction parfaite aussi bien en chant qu’en théâtre. C’est le ténor malgache Tsanta Ratia qui campe le prince charmant, et il le fait avec classe. La voix est certes claire mais elle monte aisément dans les hauteurs du Grand Théâtre ; si l’on aurait pu se poser des questions sur la diction, les doutes sont levés dès les premières notes chantées. Clarisse Dalles (Maguelonne) et Romie Esteve (Armelinde) campent un duo de sœurs très hilarant ; méchantes sans l’être vraiment mais totalement indifférentes aux autres (elles chassent le pseudo mendiant sans aucun état d’âme) elles évoluent dans un milieu où elles détonnent avec une élégance rare et un humour mordant. Les voix des deux jeunes femmes collent parfaitement aux personnages dont l’arrogance sous-jacente est incarnée à la perfection. La très désopilante et sympathique Lila Dufy incarne une bonne fée totalement déjantée dont l’arrivée fracassante fait beaucoup rire et l’on ne peut que s’amuser de voir cet énorme sac à main orange vintage ou l’on trouve de tout y compris une baguette magique. Le baryton Olivier Naveau est un baron de PicTordu très convaincant. Entre la nostalgie de son passé de simple épicier aux côtés de sa chère épouse, la mère de Cendrillon, et son désir de retrouver une vie normale avec sa fille, on voit là un homme profondément humain et les retrouvailles avec le comte Barigoule, parfaitement incarné par Benoît Rameau (issu de l’académie Philippe Jarrouski) sont épiques (à coup de c’est vous mais non mais si … et autres amabilités envoyées avec un humour noir délicieusement retors).
C’est un retour très réussi sur les scènes opératiques françaises pour cette si rare Cendrillon de Pauline Viardot. Et comme Cendrillon est interprétée avec un plaisir évident par les artistes présents sur scène, c’est un moment familial inoubliable. L’oeuvre étant assez courte, une heure quinze, c’est l’occasion de faire découvrir l’opéra à nos chères têtes blondes.
Prochaines dates à Nantes : https://www.angers-nantes-opera.com/cendrillon
Visuel :© Christophe Raynaud De Lage