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Un Enfant, la réécriture et mise en scène du conte méconnu de Marguerite Duras par Vincent Ecrepont

par Agnès Lemoine
18.02.2026

Marguerite Duras qui écrit un conte pour enfant, qu’est-ce que cela donne ? Avec Un Enfant, Vincent Ecrepont et la Compagnie à vrai dire nous offrent un spectacle plein d’humour et de tendresse.

C’est un pari étonnant de reprendre Ah! Ernesto au théâtre. L’unique récit pour enfant de Marguerite Duras écrit en 1971 raconte à la manière d’un enfant, l’histoire d’Ernesto et de son refus d’aller à l’école. L’ouvrage est repris en 1985 avec son film Les Enfants, et inspirera également La pluie d’été  publiée en 1990. Ah ! Ernesto et Un Enfant possèdent plusieurs niveaux de lecture, et si leur contenu est dédié à un public assez jeune (à partir de 12 ans), le texte a le don de parler à plusieurs générations. N’ayant pas vraiment eu de succès à sa parution (on s’étonne encore que Duras ait pu écrire pour les enfants), cette mise en scène remet à jour le sens de l’éducation, et avec cela toute une partie longtemps sous-estimée de l’oeuvre de Marguerite Duras.

 

Un Enfant, le récit bienveillant et utopiste de Vincent Ecrepont 

Le jour de la rentrée des classes, Ernesto (Robin Condamin) déclare à ses parents (Manesca de Ternay et Florent Pelayo) qu’il ne veut plus aller à l’école. Pourquoi ? Parce qu’on lui apprend des choses qu’il ne sait pas. Son père et sa mère, stupéfaits, ne comprennent pas et décident d’aller rendre visite à l’instituteur (Laurent Stachnick). Ce dernier, fermement opposé à cette décision, demande à voir Ernesto. De là s’ensuivent des discours entremêlés qui amusent bien le spectateur. Vincent Ecrepont convoque la conte traditionnel. Son spectacle, dédié aux jeunes publics (mais aussi aux adultes), est mené avec fantaisie par la Compagnie à vrai dire. Des patates volent aux quatre coins de la pièce, on se dispute sur la manière dont ces patates vont être cuisinées, le rendez-vous entre l’instituteur et les parents est complètement loufoque,… Tous, et surtout le directeur, s’étonnent de la décision de l’enfant : si Ernesto ne sait pas ce qu’on lui apprend, c’est qu’il y a bien une raison d’aller à l’école ! Pourtant, ces enseignements sont-ils aussi importants qu’ils n’y paraissent ?

La mise en scène de Vincent Ecrepont transmet au spectateur une joyeuse tendresse. Il convoque le rire, l’animation, et c’est avec une forme de promesse que le destin d’Ernesto s’ouvre peu à peu. Il prend son envol, loin d’un système éducatif cloisonnant. Le spectacle est porté par l’éternelle question du voyage initiatique, qui finalement est bien plus encourageant pour Ernesto qu’une salle de classe. Le conte s’achève en douceur, et porte un clin d’œil sur l’itinéraire du Che Guevara à travers l’Argentine, le Chili, le Pérou et le Venezuela avant son engagement révolutionnaire (1951-1952). La pièce est vivante, et chaque personnage est le reflet d’un autre, à travers un amour familial sensible. Pour les lecteurs de Duras, on est bien loin de ces thématiques portées sur le traumatisme dans un Hiroshima mon amour ou encore dans un Moderato Cantabile. Il est plaisant de découvrir cette facette de l’autrice, largement encouragée par le metteur en scène.

 

Une relecture philosophique de Ah! Ernesto

Vincent Ecrepont explore avec humour la question de l’information et de l’éducation chez Duras. On se souvient, dans un entretien de 1969, qu’elle affirmait «Je suis pour qu’on ferme toutes les facultés, toutes les universités, toutes les écoles. Profondément. Qu’on recommence tout». Avec Ah! Ernesto, Marguerite Duras dénonçait déjà les failles de l’apprentissage. Contre un savoir formaté, l’expérience n’est-elle pas la meilleure des éducations ? Quel rôle doit promettre alors l’école ? Les comédiens, et notamment les parents d’Ernesto incarnent également la fracture sociale quant à l’accès à la culture et aux études. Le père d’Ernesto se sent illégitime face à cet instituteur représentant d’un savoir élitiste, non questionnable, et ne sait pas comment se comporter. Ernesto, c’est cet enfant de 8 ans qui en fait 20, c’est un enfant plus grand que ses camarades et qui apparaît comme une tache au fond de la classe. Il ne ressemble pas aux autres élèves et se sent étranger dans un système scolaire inadapté à sa différence.

Présentée à la Comédie de Picardie d’Amiens, la pièce de Vincent Ecrepont a su divertir les spectateurs tout en jetant un regard lucide et sensible sur cette période parfois ingrate de l’enfance.