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09.04.2026 → 17.04.2026

Une Maison de Bernarda Alba très bien tenue par Thibaud Croisy

par Amélie Blaustein-Niddam
10.04.2026

Thibaud Croisy, connu des services comme un performeur acide, a révélé en 2022 être un immense metteur en scène classique. Après L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer de Copi en 2022, il se consacre à un autre auteur, espagnol lui aussi, Federico García Lorca, pour traduire et monter le huis clos le plus drama qui soit. Il prouve une nouvelle fois qu’il sait diriger le temps, les comédien·ne·s et l’espace de façon virtuose, dans un précipité chic et punk.

« Pour salir ma maison avec la sueur de leurs jupes et le venin de leurs langues »

Dans l’espace immense sonne le glas. Dans une vision, nous nous mettons à penser que si Claude Régy et Peter Brook avaient eu un enfant, il se serait appelé Thibaud Croisy : il y a devant nous vingt-sept colonnes couleur vert d’eau, un sol un peu gris et, tout au fond, un mur coupe-son anthracite. Arrive à toute berzingue la jeune servante (Lucie Rouxel), qui râle sur les cloches qui lui « cassent la tête » ; elle est bientôt rejointe par la Poncia (Frédéric Leidgens). Toutes les deux nous situent le contexte : le père Alba est mort ; sa veuve, Bernarda, et ses cinq filles, âgées de trente-neuf à vingt ans, sont à l’enterrement ; il faut tout laver avant leur arrivée. Bernarda prend déjà assez cher : elle commence à être décrite comme une « vieille sadique ». Et puis elles entrent dans une superbe image de théâtre, alignées, en noir, toutes : un bloc de deuil. Le ton change, la « vioque » décide que le deuil durera huit ans, huit ans donc pour transformer une maison en couvent, ou plutôt en cocotte-minute prête à exploser.

« Tu te rends compte. Et elle n’a jamais eu d’homme »

Cinq filles donc, campées par un casting de rêve : Elsa Bouchain en Magdalena, Céline Fuhrer en Amélia, Michèle Gurtner en Angustias, Emmanuelle Lafon en Martirio et Helena de Laurens en Adela. Et puis il y a la mère surtout, Charlotte Clamens, parfaite domina prête à transformer sa canne en cravache. Dans la nouvelle traduction de Thibaud Croisy, il est écrit en exergue : « Le poète avertit qu’il a voulu faire de ces trois actes un documentaire photographique. » Pour traduire cela, le metteur en scène, bien accompagné de Caty Olive à la lumière et d’Angèle Micaux aux costumes, s’éclate dans des verts-de-gris et des clairs-obscurs. La robe verte et les mules violettes d’Amélia, les talons SM d’Adela, bref, les détails des accessoires sont superbes et ajoutent à cette sensation d’image surréaliste.

« Quand un homme vient à ta fenêtre, il sait déjà qu’on lui dira oui »

Cinq filles donc qui rêvent d’amour et de passion, qui rêvent de sortir de cette prison. Les hommes sont omniprésents dans cette histoire alors qu’on ne les voit jamais. Les paysans chantent en allant aux champs, et surtout Pepe vient à la fenêtre compter fleurette, un peu brutalement, à Angustias qui, fille d’un premier mariage, a le droit de se barrer, elle. Mais c’était sans compter sur les quatre autres, qui ne comptent pas laisser le butin de la liberté leur échapper.

« Ne parlez pas de folie. C’est un mot qu’on ne doit pas prononcer »

Le niveau de jeu explose dans les joutes entre les sœurs ; on verra Helena de Laurens et Emmanuelle Lafon s’en prendre aux mains, et c’est jubilatoire au possible. Tout du long, la lumière accompagne le rythme de cette vie cloîtrée où, on le sent bien, tout va mal finir. Thibaud Croisy arrive à nous faire rire de cette situation absurde ; pire, ou mieux, il nous fait rire de la violence qu’il pousse à bout en nous faisant entendre Lorca dans toute sa complexité. Ici, point de salut en dehors du mariage ; cela semble une histoire d’un autre âge, et pourtant, les servantes écarlates existent bel et bien.

Thibaud Croisy nous invite donc à entrer dans une maison inouïe, où le délire s’ajoute à la folie. L’enfermement, le repli sur soi est montré à un niveau de dentelle de mise en scène qui, une nouvelle fois chez lui, nous scotche. Il sait parfaitement diriger sa troupe, dans une égalité totale, où personne n’écrase personne.

Brillant.

Depuis le 9 avril, jusqu’au 17, au Théâtre de Gennevilliers

Informations et réservations

Visuels : ©Martin Argyroglo