Le comédien Mounir Margoum et Jean-Louis Mattinelli adaptent le roman multi-primé de Xavier Leclerc à la Coupole Sarah Bernhardt du Théâtre de la Ville. Un homme sans titre est un voyage poignant au cœur de la relation entre un homme et son père kabyle, venu en France pour offrir une vie meilleure à ses enfants.
« Si tu étais si attaché à ta carte d’ouvrier, c’est sans doute parce que tu étais un homme sans titre. Toi qui es né dépossédé, de tout titre de propriété comme de citoyenneté, tu n’auras connu que des titres de transport et de résidence », Xavier Le Clerc.
Publié dans la mythique collection blanche de Gallimard en 2022, le roman Un homme sans titre est une lettre au père, un peu comme celle que Kafka a écrite au sien. Sauf qu’ici, il s’agit d’un petit garçon né dans une fratrie très nombreuse, dans un HLM de Normandie, qui s’adresse à son père, venu de Kabylie, où Camus avait pu mesurer la misère en 1939, pour devenir ouvrier avec sa gamelle et ses traumatismes de guerre. Né en 1979, quand les chocs pétroliers et le chômage rendent l’immigration indésirable, le petit Hamid Aït-Taleb grandit trop raffiné dans un monde rude. Quarante ans plus tard, alors qu’il a rompu avec sa famille et n’a pas vu son père depuis vingt ans, il rend hommage à cet homme plus sensible qu’il n’y paraissait et dont les silences étaient plus terrifiants que les colères…
Avec quelques chaises, une table en Formica, un projecteur et un pull rouge, Mounir Margoum et Jean-Louis Mattinelli proposent une adaptation volontairement hyper sobre où toute la lumière et l’attention sont mises sur les mots de Xavier Leclerc. Des mots justes, précis, polis comme des pierres pour porter à la fois tout un monde et le poids d’une très grande solitude. Des mots aussi que le flamboyant Mounir Margoum habite comme des trésors qu’il nous livre. Tout appliqué qu’il est à rester celui qui nous apporte les mots du roman, il exprime à chaque moment sa justesse et son génie, jusque dans son imitation parfaite de Fernandel et jusque dans ses larmes à peine retenues après la dernière scène, si puissante, de la pièce.
Le théâtre magnifie encore ce texte profond, qui célèbre la liberté d’être soi et de s’inventer sans trahir d’où l’on vient.
D’après Un homme sans titre de Xavier Le Clerc ; adaptation Jean-Louis Martinelli et Mounir Margoum ; mise en scène et scénographie Jean-Louis Martinelli ; lumières Jean-Marc Skatchko ; musiques Joan Cambon ; avec Mounir Margoum.
Le soir à 19h, durée 1h20.
(c) JLM