Le 14 janvier 2026, le Théâtre de l’Opprimé a rendu hommage au dramaturge et réalisateur disparu en octobre 2025.
À l’occasion du Festival Carte Blanche célébrant les 30 ans de la création du Théâtre de l’Opprimé dans le 12e arrondissement à Paris, ce lieu a rassemblé une centaine de personnes autour de la mémoire de Xavier Durringer, dramaturge et réalisateur d’envergure, décédé le 4 octobre 2025 à l’âge de 61 ans.
La scène, intime et étroite, a accueilli les témoignages des proches du réalisateur. Puis, dans une atmosphère presque confidentielle, les étudiants de l’école ACT ont interprété des extraits de Bal trap, une pièce « simple comme bonjour » mais « d’une efficacité terrible ». L’équipe de comédiens du studio JLMB, également présente ce soir, a à son tour joué avec entrain des extraits de la pièce Chronique des jours entiers, des nuits entières. L’hommage rendu à cette figure imposante du théâtre et du cinéma français était à l’image de son œuvre : sensible et captivante, où chaque mot a la capacité de toucher le spectateur, qu’il soit familier ou non de son théâtre.
Débutée dans les années 1980, l’œuvre de Xavier Durringer est marquante pour sa diversité et son refus d’un art dramatique conventionnel et contemplatif. Le théâtre, qui le suivra tout au long de sa carrière, est un point d’ancrage et de « perpétuelle recherche ». Il met en scène des paroles qui heurtent le spectateur, qui s’extirpent presque de leur personnage et résonnent jusque dans l’esprit du public. Sa première pièce, Une rose sous la peau, présentée en 1988 au festival d’Avignon, puis Une envie de tuer… sur le bout de la langue écrite en 1993, révèlent les thématiques phares de son théâtre : une exploration de la marginalité, de la rencontre nocturne, de l’incompréhension amoureuse… Ses personnages errent, éclatent dans un monde où ils ont pourtant bien vécu, mais qu’ils ne reconnaissent pas. Par ce théâtre de l’intime, l’auteur ausculte également la violence, les enjeux sociaux et la question de l’immigration, à travers des pièces comme Les Déplacés, écrite en 2005. Son œuvre, par et pour l’amour du théâtre, ne s’est pas faite seulement sur scène : il a travaillé activement pour le théâtre contemporain en étant l’un des fondateurs de l’association EAT (Écrivaines et Écrivains Associés du Théâtre), créée en 2000.
La pièce Oh! pardon tu dormais, interprétée par Jane Birkin et jouée pour la première fois au théâtre du Montparnasse en 1999, marque également la carrière du réalisateur, qui se tourne progressivement vers le cinéma à partir des années 1990.
Auteur de huit films, dont son premier La Nage indienne sorti en 1993 qui lancera la carrière de Karin Viard, Xavier Durringer n’a cessé de surprendre, et de s’imposer sur la scène du cinéma français. La conquête, film biographique autour de l’ascension de Nicolas Sarkozy interprété par Denis Polydadès et réalisé en 2011, ou encore L’homme Parfait, sorti en 2022 avec Didier Bourdon, présentent un auteur qui jongle entre des genres distincts ; comédies, récits intimes, mises en scène à l’écran et sur les planches d’un théâtre… mais aussi genre romanesque, car il est l’auteur de Sfumato, paru en 2015 aux éditions Le Passage .
L’hommage présenté au Théâtre de l’Opprimé par les Écrivaines et Écrivains associés du Théâtre est aussi une réminiscence du talent de l’auteur, et de son œuvre dramaturgique. C’est un évènement mêlant des générations d’amoureux du théâtre qui, par la performance captivante des comédiens et des comédiennes, a montré la plume subtile et universelle de Xavier Durringer. Le spectateur est subjugué par la beauté de phrases, de scènes et de disputes quotidiennes qui semblent pourtant se situer dans un espace-temps qui n’appartient à personne d’autre qu’aux voix, à ces comédiens et comédiennes qui incarnent la recherche de quelque chose, qui a eu lieu et qui n’est plus.
Dans une interview autour de Bal-trap, Xavier Durringer expliquait que ce scénario, « c’est simple comme bonjour, mais c’est d’une efficacité terrible » ; le théâtre de l’Opprimé a su, par une mise en scène accessible et minimaliste, faire en sorte que les mots rythment et s’emparent rapidement de tout l’espace, perpétuant ainsi l’œuvre et son auteur.
Visuel : Par G.Garitan — Travail personnel, CC BY-SA 4.0