Le 104 vient de lancer son festival les singuliè.r.es. Cette très belle programmation alterne jeune création et compagnies plus installées. La soirée d’ouverture, bien construite, a commencé par l’écoute très sensible de Sans faire de bruit de Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny.
Nous voici dans un salon où le beige règne. Il y a un gros fauteuil, un lampadaire à chevrons, il y a aussi une table de chevet en bois. La comédienne entre en scène en poussant un fauteuil roulant vide. Elle tient un naga dans les mains. L’idée de la pièce nous parvient en quelques secondes. Louve Reiniche-Larroche va incarner tous les membres de sa famille dans une forme de reportage audio. Elle devient ses grands-parents, son frère, sa belle-sœur, sa nièce, son père. Dans une forme de lipsync, elle reprend dans son corps et dans les mouvements de son visage les attitudes de son entourage dans un halo sonore dessiné par l’ingénieur du son Jonathan Lefèvre-Reich.
Sans faire de bruit est une histoire tragique. À un moment, dans cette famille, un « événement » surgit. Un « événement » tout bonnement spectaculaire qui dépasse l’entendement. Nous sommes dans une démarche de théâtre documentaire tout à fait originale. Ce type de théâtre est devenu classique depuis une dizaine d’années et il est naturellement convoqué pour raconter des histoires vraies quand elles valent la peine d’être racontées. Il arrive quelque chose à la mère, Brigitte, pilier indestructible de la famille, quelque chose qui, quand on le découvre, nous laisse muet·e·s. Cette révélation est amenée dans une convocation collective des voix, dans une montée en puissance dramaturgique d’une maîtrise qui nous désarme.
Sans faire de bruit a été lauréat du prix du jury du festival Impatience 2024, et c’est bien mérité. Sur la forme, c’est un bijou de mise en scène pensée par Tal Reuveny, dans le fond, c’est l’histoire de Louve Reiniche-Larroche qui vous renverse. L’alliance de la lumière et des images produites, tel ce père qui devient une chevelure enfumée, ou ce lampadaire qui cache le visage de la grand-mère, au corps replié pour ne pas prendre trop de place, est saisissante. À la fin de la pièce, un QR code nous est distribué, qui nous donne de nouvelles clés de lecture sur cette période aussi difficile que dense que cette famille a traversée.
À voir jusqu’au 31 janvier dans le cadre du festival Les Singulièr.es qui lui se tient jusqu’au 15 février
Visuel : © Fred Mauviel