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« Pedro », la télénovela de Juliette Navis

par Amélie Blaustein-Niddam
30.01.2026

En deuxième partie d’ouverture du festival les singulière.s du 104, nous changeons d’ambiance. Après la dramaturgie feutrée de Sans faire de bruit, nous entrons dans le tonitruant Pedro, dont les potacheries un peu datées nous ont quelque peu gêné·e·s.

 

 

« Quand on a touché le fond on rebondit »

En 2026, peut-on rire d’un accent sur une scène ? La question n’est pas si vaine. Vous viendrait-il à l’idée de reprendre les sketchs de Michel Leeb aujourd’hui sur « l’accent africain » et de les poser sur une scène ? Non. Si l’accent est européen, est-ce plus acceptable ? Ici, en l’occurrence, il s’agit de l’espagnol, dans une référence claire à Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar. Nous sommes face à un couple qui craque car il n’arrive plus à se comprendre. Ensemble, il et elle ont un enfant… Pedro. La référence est claire. Nous voici, pour commencer, en compagnie de Douglas Grauwels, qui attend sa femme, campée par Laure Mathis.

Ces deux-là sont bien connus des services. Lui est un comédien et danseur hors pair, elle est une comédienne démente, vue dans L’Avantage du doute et, dans sa carrière individuelle, encore récemment avec son Céline.

« J’en ai marre de laisser le désir au bord de moi-même »

Au bout de quelques secondes, avouons-le, nous sommes épuisé·e·s par le surjeu volontaire du comédien qui, en français avec un accent espagnol, nous raconte sa petite vie en la ponctuant de mots ibériques. Et nous, ça ne nous fait pas rire, mais pas rire du tout. Et on sent bien que nous sommes minoritaires dans cette gêne, alors nous essayons de passer outre, car on adore ces artistes-là et que le fond du spectacle est extrêmement pertinent.

La pièce est un manifeste contre la désinformation sur le plaisir féminin et sur l’anatomie féminine tout court, invisibilisée des représentations jusqu’au début du XXIe siècle. Dans un décor très séduisant, tapis de danse rouge, téléphone à fil rétro et ballons de yoga, le spectacle joue la carte de l’interactivité pour questionner les connaissances du public sur son anatomie. Beatriz et José-Manuel sont les stars d’un programme télé et s’amusent à sortir de leur rôle écrit pour improviser sans relâche.

« J’ai dit que j’étais frustrée »

Pour nous, la parodie de télénovela ne tient pas ses promesses.  Ce type d’humour qui se repose sur quelques stéréotypes culturels caricaturaux ne nous séduit pas. Néanmoins, pour son sujet, Pedro vaut le coup d’œil car il ajoute une pierre au bel édifice des déconstructions patriarcales. Elle pointe par grands éclats de voix toutes les folies que ces « connards », comme les nomment Beatriz, ont mises en place pour faire passer les femmes pour des êtres inférieurs aux hommes.

À voir jusqu’au 31 janvier dans le cadre du festival Les Singulièr.es qui lui se tient jusqu’au 15 février

Informations et réservations

Visuel : © Simon Gosselin