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26.11.2025 → 14.02.2026

Pallaksch Pallaksch! #1 : Le théâtre aux confins du langage et du corps au « Petit Odéon»

par Yaël Hirsch
29.01.2026

Marie-José Malis investit le «Petit Odéon», sorte de salon transformé par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault comme « Théâtre de Chevalet » dans les années 1980. Elle propose trois «pièces élémentaires» qui ouvrent une réflexion sur le langage du spectacle. Adaptée d’un texte de D. H. Lawrence, Pallaksch! #1 interroge les cris que la « brutalisation » de la Première Guerre transforme en fantômes.

Passion triste sur champ de ruine

Alors que nous voici joliment perchés dans un salon quasi bourgeois devant deux portraits d’héroïnes de Molière, nous sommes projetés dans l’intimité paradoxale d’un hôpital de guerre quelque part en Angleterre. Prisonnier de guerre, le comte Dionys Psanek y est alité et discute lors de ses visites à voix étouffées, avec Lady Daphne, une accointances qui espère que son mari rentrera du front. Le comte reprend du poil de la bête et exprime sa colère ainsi que sa volonté de briser un monde qui l’a cogné, tandis que de moins en moins discrète, la lady affirme son désir. Tous deux se meuvent sur une musique lancinante et sombre et sont déplacés comme des pantins exsangues par un serviteur. Parfois, ils se hissent pour ouvrir la fenêtre du petit odéon qui donne sur la rue. Sylvia Etcheto change de tenue et se perche sur des chaises, et Pascal Batigne se meut de plus en plus vivement, tandis que leur échange aux accents psychanalytiques semble toujours aussi difficile et dépourvu de clarté.

Le jeu, les corps et leur ressac

Empruntant le titre commun à ses trois Pallaksch au poète Hölderlin, qui ,déjà au tournant du XIXᵉ siècle, devait inventer un mot pour exprimer ce que les langues européenne ne savaient pas dire, Marie-José Malis étouffe les cris et grossit les corps dans son petit théâtre cruel et faussement suranné. La chair se tend et s’hystérise pour se briser, comme la langue, aux bords d’un silence de mort. Entre les dentelles et les chapeaux, dans la nudité dramatiquement névrosée de l’ancien combattant, aussi bien que dans les grimaces muettes de la femme-fleur, toutes les étincelles sont éteintes. Même les déclamations les plus théâtrales sont ralenties, même les sauts de rage se font en talons sur des chaises bancales. Les corps voilés et jetés à terre, sont définitivement empêchés, alors qu’on voudrait que le progrès continue d’avancer, du moins entre les genres.

Une ivresse nouvelle ?

Et le procédé mis en place par la metteuse en scène porte ses fruits : quelque chose de disloqué se détend jusqu’à devenir pure forme et dépasser le sabbat macabre. La « chambre verte » de cet hôpital, ce dialogue de couple adultère et tous les clichés – y compris ceux des fantômes – finissent par fair un appel d’air. Il y a quelque chose de nouveau et de sublime dans le rabougri de ce Pallaksch, un terrain inconnu où performance et texte fusionneraient pour proposer — comme dans une sorte de théologie négative — une transcendance inattendue. Comme le pain, le vin et les poètes de Hölderlin, les démons des sacrifiés de Premières Guerre viennent aussi nous parler d’ivresse et de divin.

Pallaksch Pallaksch ! (Pièces élémentaires), création de Marie-José Malis, se joue du 26 novembre au 14 février au petit Odéon (Paris 6). Un triptyque composé par Le Feu inversé (#1, d’après D. H. Lawrence), Le Voile de Pierrette (#2, d’après Arthur Schnitzler) et Lettres du voyageur à son retour (#3, d’après Hugo von Hofmannsthal).

© Simon Gosselin