Créé en 2024 pour le festival du Moulin de l’Hydre, où la compagnie le K s’est installée depuis quelques années, Molière et ses masques, déjà présenté en exterieur au Printemps des comédiens cette saison, propose une vie de Molière enjouée et mélancolique, pleine de subtilités et de contradictions, portée par des comédiens et comédiennes d’un haut niveau.
De Molière, pense-t-on, nous connaissons à peu près tout. Sa place prépondérante dans les écoles, les nombreuses biographies qui se sont succédé… Tout contribue à en faire un personnage familier, voire, en raison même de cette familiarité, un peu barbant : trop connu, trop panthéonisé, bref, trop officiel.
Sans chercher à le faire descendre de ce piédestal un rien encombrant, Simon Falguières lui donne un fameux coup de jeune. Paradoxalement, cette entreprise passe par un choix qui pourrait sembler éculé : une biographie théâtrale. De la rencontre avec le – pas encore triste – prince de Conti, jusqu’à la mort mythique du grand auteur comique, le metteur en scène normand nous relate ses échecs et ses succès.
Cette biographie théâtrale est toutefois tout sauf conventionnelle : reposant sur une structure duelle (Molière mort qui contemple et commente sa vie passée), sinon triple (le tout entrelacé d’extraits de ses spectacles), elle brise tout pacte réaliste et assume clairement sa dimension imaginaire, voire un rien fantaisiste. Ressuscité, donc, Molière, qui a tout oublié, se fait conter sa vie faite d’embûches et d’insatisfactions, lui qui rêvait de devenir un grand auteur tragique et ne réussit finalement qu’à faire rire – le roi, certes, mais quelle consolation !
La gravité, toutefois, n’est pas absente de la pièce. La politique apparaît sur la pointe des pieds, grâce à des extraits de Nicomède (de Corneille !), qui interroge les jeux de pouvoir. Quant à l’évolution du prince de Conti, elle dit l’imminence d’un retour de la censure.
La fantaisie du spectacle repose cependant davantage sur les choix de mise en scène que sur le texte. Empruntant son lexique visuel à la commedia dell arte et au théâtre de foire, Molière et ses masques est avant tout destiné à l’extérieur. Un simple tréteau recouvert en son fond d’un drap blanc, une guirlande foraine, et le tour est joué !
Les costumes de Lucile Charvet jouent pour leur part leur rôle dans ce dispositif de théâtre dans le théâtre. Recouverts d’un masque discret qui, quoi que plus sobre, évoque la commedia dell arte dont Molière s’est abondamment inspiré, les acteurs et actrices sont revêtu·es de costumes assumant leur part de pacotille. Cela donne à l’ensemble un aspect ludique, comme un spectacle d’enfants jouant à jouer Molière.
Surtout, la direction des acteurs et actrices entraîne avec vigueur le public dans un monde où le faux s’assume comme faux et où le rire, quand il faudrait pleurer, s’assure de sa prééminence. La gestuelle est marionnettisée et stylisée, à la manière de la comédie italienne. Gloire au Mascarille de Victoire Goupil, dont les sauts participent d’une apparente légèreté. Sans oublier, bien sûr, la guitare et l’accordéon de Manon Rey et Antonin Chalon, qui rythment les mouvements de ses partenaires. Une pièce enlevée, à la fois grave et joyeuse !
Molière et ses masques, de Simon Falguières et la compagnie le K. Aux Plateaux sauvages jusqu’au 24 janvier.
Le texte est publié chez Actes sud.
Visuel : © Pauline Le Goff