Puisant dans le bruit des mots et les ressorts du théâtre musical, la nouvelle pièce de David Lescot,L’Enfant unique, parle donc d’enfance, mais surtout des stratagèmes plus ou moins réussis des parents pour la protéger de tout, y compris d’elle-même. Un petit bijou où réalisme et poésie se confondent jusqu’à ne former qu’un.
Tout commence comme dans une pièce baroque ou un poème épique par une allégorie. Le chœur, formé de quatre personnages, scande à pleins poumons la partition du temps. Qui façonne, use mais polit également. Puis, dans la scénographie ingénieuse qui sculpte la scène, toutes les scènes de la vie peuvent se jouer : quel visage avait l’enfant avant sa naissance ? Celle, immémoriale, de la rencontre amoureuse : il écrit une thèse sur Hermès, elle est chargée de com, ils se croisent plusieurs fois pas tout à fait par hasard, ils marchent, ils parlent, ils se font du bien. Et conçoivent l’enfant. Une enfant unique qui commence par braver la mort à la naissance avec une opération à cœur ouvert. Une enfant unique qui hérite de sa mère son asthme et pas sa petite taille et de son père sa mélancolie et pas – encore – son refuge d’érudition.
Alors que la scène et ses modules de bois sont tour à tour la rue, la chambre, le salon avec la table des copains de gauche, la salle d’école où a lieu la réunion des parents d’élèves et aussi la gare et le conservatoire où est embêté un piano, ce sont 15 ans de vie que l’on suit. Quinze ans où tout est dangereux et où la mère forte et le père féru de thé clament comme dans les années 1990 pour conjurer le sort. Et protéger leur fille. Myrto, c’est son prénom, et elle aime lire et elle sait naturellement poser son doigt sur le piano. On rit, on pleure, on s’identifie à des morceaux de cette comédie humaine éclatée, où la vulnérabilité affleure. On salue la lumière, les planches à roulettes qui permettent de nager sur scène, les brefs moments de chant de la charismatique Ludmilla Dabo et ce déploiement d’acteur·ices musicien·nes qui n’en finissent pas de changer comme nos visages au fil des saisons.
L’auteur et compositeur, mais aussi metteur en scène d’opéra, interroge dans des mots précis, le lien entre musique et désir. Il propose en plus face à une parenté-miroir, un théâtre où les enfants prennent vraiment la parole. Fragmentée et entière, à la fois hyper juste, sciemment et totalement mythologique, cette nouvelle pièce de David Lescot est un petit bijou à voir jusqu’au 17 octobre au Théâtre de la Ville, côté Abbesses.
L’Enfant unique, théâtre (création), du 7 au 17 octobre 2026 au Théâtre de la Ville-Abbesses, à 20 h (samedi 17 octobre à 15 h). Durée : 1 h 50. Réservations : theatredelaville-paris.com ou 01 42 74 22 77.
Texte, composition musicale et mise en scène : David Lescot. Scénographie : Alwyne de Dardel, assistée de Inês Mota. Lumières : Juliette Besançon. Costumes : Mariane Delayre. Assistanat à la mise en scène : Mona Taïbi.
Avec Ludmilla Dabo (Clotilde, la mère), Antoine Sarrazin (Abel, le père), Sarah Brannens (Myrto, l’enfant), Pauline Collin, Mirabelle Kalfon, Yannick Morzelle et David Lescot (Le Temps et tous les autres personnages).
Bord de plateau avec David Lescot, animé par Olivia Gesbert (directrice de La NRF), le vendredi 16 octobre à l’issue de la représentation.
Production Cie du Kaïros. Coproduction Théâtre de la Ville-Paris, Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper.
Photographie : © Christophe Raynaud de Lage.