Ce spectacle de Marc Lainé clôt le cycle sur ses parents commencé avec Nos paysages mineurs (2022) et En finir avec leur histoire (2024).
Un metteur en scène plus vraiment jeune, Martin Langlois, qui décide d’adapter au théâtre les relations entre ses parents, un écrivain primé et renommé et une professeure de philosophie issue d’un milieu populaire.
Le lecteur ou la lectrice aura reconnu, derrière ce rapide pitch, la propre histoire de Marc Lainé, fils de Pascal, lauréat du prix Goncourt. Martin Langlois, et Lainé n’en fait pas mystère, est donc un double assumé de l’auteur du spectacle.
Joué par Charles‑Henri Wolff, ce metteur en scène qui approche de la cinquantaine se lance dans de longues interviews de ses parents pour tenter, dit-il, de capter ce que cette relation cachait en fait de rapports de domination. Ce faisant, affirme-t-il, il rendrait compte de la réalité du sexisme insidieux des couples de soixante-huitard·es. Mais personne n’est dupe du stratagème, qui ressemble surtout à un prétexte pour faire théâtre de ce qui relèverait de la psychanalyse. Aussi ses parents se prêtent-iels au jeu avec plus de malice et de mauvaise foi que de bienveillance.
La scénographie de Marc Lainé met en scène les troubles de ce dispositif introspectif. Une bonne partie du jeu a ainsi lieu hors scène, derrière une tenture qui joue, au double sens du terme, les écrans : elle est l’écran qui cache le passé fantasmé de ces parents (ce sont Adeline Guillot et Vladislav Galard qui les jouent jeunes) et celui sur lequel ce même passé, justement, est projeté. Et, bien sûr, ce qui est caché et révélé par un même geste n’est pas neutre : c’est le lit sur lequel le père écrivain écrit, mais aussi le lit sur lequel le couple s’ébat. En fait d’impensé psychanalytique, on n’a pas vraiment fait mieux.
Et c’est finalement là que la bât blesse : La Chambre de l’écrivain est, dès ses débuts, très et trop lisible. Malgré son caractère vertigineux (un metteur en scène qui raconte l’histoire d’un metteur en scène qui raconte l’histoire d’un écrivain qui raconte lui-même l’histoire d’un écrivain), la mise en abyme est claire. Les personnages, tout aussi limpides, deviennent, à force d’être des types, de véritables stéréotypes. Plus que représentatif·ves des anciens et anciennes soixant-huitard·es, les parents en sont des caricatures auxquelles nul·le n’a jamais ressemblé.
Voir La Chambre de l’écrivain n’en est pas moins un moment agréable : les répliques malicieuses s’enchaînent avec humour et les comédiens et comédiennes tirent leur épingle du jeu. Marcel Bozonnet, notamment, qui joue le père âgé, est saisissant. De son côté, la musique, jouée à vue, de Vincent Segal scande les changements de scène de façon soutenue, quoi que pas toujours nécessaire. Le tout forme un spectacle fort plaisant, mais d’une déconcertante banalité.