Fidèle à ses auteur·rices, Théâtre Ouvert donne à voir, jusqu’à la fin janvier, la dernière pièce de l’auteur et dramaturge Marcos Caramés-Blanco, dont nous adulons les niveaux de langage multiples qui rendent la pop poétique. Ix : variations est une nouvelle histoire de l’intersexualité
Dans le noir, une voix nous raconte un accouchement à la première personne. Le bébé nous parle, en plan serré sur sa naissance. Il y a un trouble, des bracelets fluorescents multicolores qui agitent l’air. On ne voit pas, on écoute. Ce bébé s’appelle Ix, enfin, c’est comme ça qu’il et elle veut qu’on l’appelle. Nous avançons dans cette lutte pour être nommés « de la bonne façon ».
La pièce nous entraîne dans les motifs chers à Marcos Caramés-Blanco et ceux-ci ne sont pas sans rappeler ceux que Jonathan Capdevielle déployait dans Adishatz/Adieu, qui était également le parcours, là, d’un jeune garçon pris dans les vagues de l’homophobie, avec un fort accent du Sud-Ouest. Comme lui, Ix, campé par Sacha Starck, se parle dans le miroir, mais le parallèle s’arrête là.
Sacha Starck a bien grandi depuis la naissance. Il et elle se cogne aux grandes personnes qui, dans la cour de l’école ou dans le salon de coiffure, ne comprennent pas ce qu’elles voient, alors ? c’est une fille ou un garçon ?
En interview, Marcos nous disait récemment, « Oui, la pop culture occupe une place très importante dans ma vie, depuis longtemps. J’entretiens avec elle un lien extrêmement fort, que je relie aussi à une question de classe sociale. Je viens d’un milieu populaire, dans les montagnes des Pyrénées. Dans Ix : variations, les Hautes-Pyrénées sont très présentes. Sacha en est également originaire. Je suis issu d’une famille espagnole immigrée, une famille ouvrière. J’ai été élevé par la télévision, les clips, la musique pop, les séries télévisées. La pop culture est, à mes yeux, une culture populaire au sens plein, une culture de classe. »
Dans cette pièce, la playlist est queer et pop. Elle croise Lady Gaga, t.A.T.u. et la reine Britney, qu’Ix traduit et lipsync avec tendresse au milieu de dix-sept titres qui résument un·e humain·e. Les morceaux choisis ont des refrains comme des mantras, des béquilles pour avancer vers soi dans le bon rythme.
La scénographie offre des visions de toute beauté, d’abord en inscrivant le texte ciselé de Marcos, qui se déploie devant nos yeux, nous offrant ainsi, une nouvelle fois, une expérience fructueuse de lecture collective. Le grand écran qui occupe tout le mur du fond de la scène est le support d’images pertinentes, comme cette radio du corps humain, vide de genre. Au générique de la pièce, on croise Maëlle Dequiedt (La Phénoména), qui sait parfaitement décrire les mouvements sociétaux. Les dix-sept séquences de Ix : variations sont une playlist qui résume une vie sans la cloisonner, avec une face A, une B, mais une C aussi, prémices d’une suite libre où d’autres tubes viendront accompagner ces variations sensibles.