Avec quatre comédien.ne.s et avec le dramaturge Simon Hattab, Maëlle Dequiedt adapte pour la scène le roman gothique d’Emily Bronte, Hurlevent. Cult.news était à la seconde de ce spectacle très attendu au festival Cabaret de curiosités, au Phénix de Valenciennes.
Oubliez les hautes landes verdoyantes de Hurlevent et la passion à la vie, à la mort de Catherine et Heathcliff telle que les diverses adaptations cinématographiques de Emerald Fennell, Andrea Arnold ou même Bunuel. La très talentueuse Maëlle Dequiedt fait le pari de mettre en scène en une heure et demie plus de 3 générations du roman, en anglais et en français, avec seulement 4 acteurs, une musicienne, une marionnette et un chien en bois. Et dès qu’on entre dans la salle de 800 places du Phénix pleines de lycéens : ça marche ! La scène est en place avec un clavier qui fait des ondes martenot pour transmettre les hurlements du vent, de grands voilages désuets pour nous rappeler que le roman est « historique », une petite vallée blanche, une grande commode et des ventilateurs au plafond. C’est beau, ça happe le regard et l’on rejoint instantanément des générations d’adolescent.e.s et de plus âgé.e.s qui ont fétichisé ce roman à nouveau en vogue.
C’est avec une célérité et une énergie qui ne sera jamais démentie que commence la pièce. Le premier mot va à la musicienne et donc au vent immuable. Les quatre personnages principaux apparaissent tous et toutes dans des robes mauves à rubans, qui sont autant des guenilles que des crinolines et qui ne cachent pas des pantalons de golfeurs et d’immenses baskets ou chaussures à plateforme. Les personnages sont très vite repérables : Nelly, la dame de compagnie (géniale Émilie Incerti-Formentini), Catherine et son énergie d’éternelle petite fille (Olga Mouak), Heathcliff l’animal (Youssouf Abi-ayad) et deux en un le frère et la soeur Linton joué.e.s par Sacha Starck. Ils et elles proposent une petite chorégraphie qui est aussi un salut pour bien nous montrer que nous entrons dans l’univers du théâtre. Et à partir de là, l’intrigue défile à toute berzingue. A tel point que la romance entre Catherine et Heathcliff adultes semble être mise de côté !
Et entre-temps, alors que la scénographie nous emporte dans des délices et des surprises, parfaitement alignées avec l’esprit gothique du roman, une petite télévision pleine de neige nous donne le signal : on est mille fois plus proche de l’univers des soeurs Brontë sur scène qu’au cinéma.
Ça chante, ça danse, ça grince, certaines grandes des phrases du livre sont mises en exergue en anglais. Et Heathcliff parvient même à manipuler une marionnette qui incarne son neveu. Car la malédiction pèse bien jusqu’à la génération suivante, à grand renfort d’insignes et de bois qui tombe. Le tout est une expérience théâtrale complète portée par des comédiens bilingues et hors pair. Un coup de maître où la beauté vénéneuse du texte est transposée en expérience visuelle, par-delà le contenu éternellement romantique de l’intrigue.
À voir à la Comédie de Colmar, les 17 & 18 mars 2026, au Théâtre du Nord, les 5, 6, 7 mai 2026. Puis au Théâtre de la Bastille.
Hurlevent, d’après le roman et la vie d’Emily Brontë ; mise en scène Maëlle Dequiedt ; adaptation Simon Hatab ; musique et ondes Martenot Nadia Ratsimandresy ; scénographie Heidi Folliet et Charles Chauvet ; lumières Auréliane Pazzaglia ; son Matéo Esnault ; costumes Solène Fourt-Meiche ; avec Youssouf Abi-Ayad, Sacha Starck, Émilie Incerti-Formentini, Olga Mouak et Nadia Ratsimandresy.
(c) Romy Alizée