Nous avons rendez-vous au Théâtre Artistic Athévains pour la résurrection d’un classique moliéresque. Après L’Avare, la metteuse en scène Frédérique Lazarini revient avec sa dernière adaptation de l’auteur français éponyme. Cette nouvelle production met en lumière des problématiques toujours liées à la condition féminine, au pouvoir et au contrôle social.
Reprendre un classique peut parfois susciter des interrogations, mais L’École des femmesprouve que ses thématiques traversent le temps sans effort. Arnolphe, tuteur autoritaire et manipulateur, décide de cloîtrer sa pupille Agnès, confiée à son soin dès l’enfance. Il façonne son ignorance et sa docilité pour en faire une femme soumise, un objet à sa disposition. Mais voilà qu’Horace entre en scène : Agnès tombe amoureuse, par hasard ou par insistance de ce dernier. Celui qui devait libérer Agnès se révèle être une version plus douce, mais tout aussi restrictive d’Arnolphe. La « liberté » de la femme semble limitée à un choix entre deux hommes, plus ou moins obtus.
La mise en scène moderne de François Cabanat donne à l’intrigue un air de 1984. La scène se divise en deux espaces : d’un côté, un salon représentant l’appartement d’Arnolphe, de l’autre, séparée par une haie d’arbres en plastique, une cage de verre, la chambre d’Agnès. Sur un écran géant dans le salon, sont diffusées les images des caméras placées aux quatre coins de la chambre, espionnant la jeune fille sous toutes ses coutures. Ce dispositif place le spectateur dans la position du regard voyeur et oppressant d’un gardien. Cet élément central de la scénographie ancre la pièce dans notre époque, où la montée d’un masculinisme alarmant et la volonté de contrôler la vie et l’esprit des femmes résonnent avec des discours encore trop présents aujourd’hui.
Au fil du spectacle, nous sommes entraînés dans la folie grandissante d’Arnolphe, portée par des interprétations puissantes. Sara Monpetit incarne Agnès avec une vérité troublante, mêlant ingénuité et passion intense pour Horace. Cédric Colas plonge dans la démence de son personnage avec une véhémence captivante, soutenu par l’ivresse juvénile de Hugo Givort (Horace), ainsi que par Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer dans les rôles des gardes, et Guillaume Veyre, en oncle d’Agnès (Chrysalde).
Nous vous recommandons vivement cette pièce, qui sera présentée en juillet à Avignon avant de partir en tournée la saison prochaine.
Visuel : © Marion Duhamel