Le collectif Nyctalopes dévoile le spectacle Chimères au festival Wet à Tours, qui pose une réflexion sur les liens que l’on entretient avec nos morts. Elles retracent l’existence des histoires du passé, des plus intimes à celles, plus collectives, celles de la colonisation du Mexique, dans une pièce envoûtante et mystérieuse.
La chimère, terme énigmatique, prend d’abord la forme d’un ptérodactyle, cet oiseau préhistorique dont un zoologue, oncle d’une des comédiennes du spectacle, a consacré sa vie à poursuivre les traces. À sa disparition, les trois comédiennes reprennent donc sa quête pour explorer les mémoires oubliées.
Le trio s’adresse au public avec une harmonie et une synchronisation hypnotique pour raconter leur enquête qui, peu à peu, se métamorphose. D’une conférence académique, leur exploration devient un hommage rituel, se muant tour à tour en autopsie méticuleuse et en célébration mystérieuse. Leur investigation se nourrit de témoignages et d’archives tandis que des chants aussi envoûtants qu’éphémères ponctuent la pièce. L’eau, omniprésente, devient un élément fondamental de la mise en scène. À travers le rituel des verres d’eau remis aux spectateur.ices, ou la pluie qui tombe sur les comédiennes, elle instille une atmosphère presque sacrée.
Ce jeu subtil entre rigueur, humour et spiritualité créé une tension fascinante. La pièce saisit par son étrange et sa rationalité. Et c’est sans compter la finesse comique de leurs gestes, chants et jeux de mots.
Tout s’emballe et de récit en récit, les spectateur.ices sont projeté.es dans des histoires imprévues. Une chimère, être irréel, animal imaginaire, se transforme en récit du passé. Le trio, nous mènent de la sorte habilement de l’intime au politique, jusqu’au mythe de la Llorana. Tout droit sorti des légendes populaires, elle incarne ce fantôme errant, mère endeuillée dont les enfants ont été tués par les colonisateurs du Mexique. La Llorona se confond en ptérodactyle, fantôme ou chimère qui subsiste au temps. Son histoire ouvre ainsi la voie à une réflexion sur la persistance des blessures coloniales dans les mémoires collectives et individuelles.
Entre temps, le tableau blanc de conférence s’est transformé en volcan fumant. Les frontières entre le réel et l’irréel s’estompent au fil du spectacle, et l’histoire de la quête scientifique se fait écho d’une interrogation politique.
La pièce se termine sur un message clair : « L’histoire du colonialisme n’est pas une histoire du passé ». Chimères ne se contente pas d’interroger l’existence des histoires du passé, mais invite à les confronter au présent. Quant au ptérodactyle, il y en a qui racontent qu’il existe encore.
Visuel : ©Pierre-Yves Jortay
Festival Wet du 28 au 30 mars 2025.
Regard sur la dramaturgie Adeline Rosenstein
Regard sur le mouvement Ivan Fatjo
Regards extérieurs Marcelle Bruce, Thymios Fountas
Arrangement musical / Répétition chant Sami Dubot
Scénographie et costumes Cee Füllemann
Création lumière et vidéo / Régie générale / Plomberie Nicolas Marty Régie son Théophile Rey
Création sonore Thyl Mariage, Théophile Rey