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« Avec Bientôt le jour », Julie Bertin explore les changements de vie

par Julia Wahl
05.10.2026
BLJ_MG_0204_1-©-N.C.-Le-Birgit-Ensemble-scaled

Julie Bertin, du Birgit Ensemble, continue dans la veine du théâtre documentaire avec cette pièce consacrée aux parcours de vie surprenants.

Du Birgit Ensemble, on connaît la pièce fondatrice de la compagnie, Berliner Mauer : vestiges, consacrée au Mur de Berlin et présentée alors que Julie Bertin et Jade Herbulot étaient élèves au Conservatoire National Supérieur d’Arts Dramatique (CNSAD), et leurs œuvres suivantes, qui creusent le sillon du théâtre documentaire, de Sarajevo (Memories of Sarajevo) au Commissariat aux Questions juives de Vichy dans Les Suppliques, écrit à partir des travaux de Laurent Joly.

 

« Quand je suis en mouvement, ma place est partout et nulle part »

                                                           Roberta

 

Avec Bientôt le jour, Julie Bertin semble se tourner vers une matière plus légère : ce qui pousse les un·es et les autres, à changer radicalement de vie. Elle a pour cela récolté, par le truchement d’un appel à témoignages, les histoires de personnes ayant pris une décision radicale. A distance, par la magie des visioconférences, elle a recueilli des heures de confidences auprès de personnes françaises, mais aussi italiennes, autrichiennes, espagnoles, etc. Il a alors fallu faire un choix et ne garder les propos que de sept participant·es. Nommons-les, ne serait-ce que pour leur accorder la place qui leur revient : Monika, autrichienne ; Eduardo, espagnol ; Amadou, camerounais ; Anastasia, états-unienne ; M., indienne ; Roberta, italienne ; Maxime, français.

 

« Je découvre en même temps la liberté et la répression »

                                               Eduardo

 

Précisons : Maxime a 17 ans, Eduardo 91. Autant dire que les générations et les biographies sont diverses. Tous et toutes se rejoignent néanmoins sur un point : il leur a fallu, pour des questions de survie, changer radicalement de vie. Ainsi d’Amadou, dont la vie est menacée parce qu’il a dénoncé des pratiques de déforestation illégale ; de M., dont l’amour pour son ami aurait pu lui valoir la mort ; ou de Monika, qui a vécu plus de vingt ans sous la coupe d’un homme à côté de qui le Gregory de Gaslight fait figure d’enfant de cœur. En dépit des apparences, donc, tout est politique dans ce qui peut paraitre un choix individuel.

 

« Ma vie a basculé en deux heures »

                                                  Monika

 

Le dispositif mis en place par Julie Bertin consiste à faire dire aux acteur·rices de la pièce, face public, les propos des personnes interrogées. Parfois, les comédiennes et comédiens adoptent l’allure de quelqu’un·e qui donne une interview et jouent des attentes liées au pedigree des personnages : Eduardo se déplace avec difficulté, quand Maxime, au parcours pour le moins cabossé (familles d’accueil et CEF) préfère s’avachir sur sa chaise, jambes écartées. Cela ne va pas sans une part de stéréotypes, mais cela permet de camper rapidement les personnages. En revanche, les choix de distribution s’écartent de ce désir de mimesis un peu facile : Maxime est joué par une femme (Morgane Nairaud), Anastasia par un homme (Loïc Riewer), Eduardo par un jeune (Robin Causse). Par ce geste, la metteuse en scène montre sa confiance en l’imagination de son public.

 

Ce jeu d’écart avec la réalité apparaît également dans la proposition scénographique de James Brandily : du sable d’un rouge tirant sur le bordeaux recouvre la scène, cachant les secrets des un·es et des autres. A l’avant-scène, un enregistreur Zoom figure les interviews en train de se faire. Les acteur·rices se placent, se déplacent et se succèdent. On les écoute. On les écoute parce que leur parcours dit quelque chose du monde dans lequel nous vivons et parce que Julie Bertin a eu la bonne idée de leur faire dire une part de leur texte dans la langue de leur personnage. Cette polyglossie, qui va crescendo, donne à la pièce des airs de réunion des mondes. Il manque néanmoins un élan pour nous emporter tout à fait dans leur tour de la terre.

Bientôt le jour, de Julie Bertin – Le Birgit Ensemble, au Théâtre Gérard Philipe jusqu’au 11 octobre.

 

Visuel : © N.C. Le Birgit Ensemble