Dans la toujours efficace mise en scène de Pierre Audi, la soprano rappelle qu’elle reste l’une des plus grandes titulaires du rôle.
Depuis le mois de novembre, nous avons déjà eu l’occasion de commenter abondamment la reprise de la production de feu Pierre Audi (lire ici, ici et ici), une production spectaculaire qui fait toujours preuve de son efficacité, même si le premier acte prend parfois ce soir des couleurs de vaudeville et que le troisième, situé sur un champ de bataille, est contestable puisqu’il remplace l’épilogue où Tosca se jette dans le vide du haut du château Saint-Ange au profit d’un cheminement de l’héroïne vers une lumière, probablement salvatrice.
En revanche, pour ces nouvelles sessions de mars et avril, la distribution et la direction ont été complètement renouvelées.
Prenant la suite d’Oksana Lyniv en fosse, Jader Bignamini accorde avec distinction l’Orchestre de l’Opéra de Paris à la mise en scène souvent symbolique de Audi et porte le chant des solistes et choristes avec attention.
Le trio de chanteurs donc est l’élément pivot qui permet de juger de toute distribution de Tosca. Depuis la reprise en novembre, le contrat a été à chaque fois rempli par les différents interprètes.
Pour cette première dans une nouvelle configuration, on a cependant pu constater que la fusion ne se faisait pas forcément complètement dans les deux couples pivots de l’œuvre, Tosca / Scarpia et Tosca / Cavaradossi (l’on suppose que cela peut être dû à un déficit de répétitions qui devrait se combler avec le temps) et que les chanteurs pouvaient être parfois tentés de basculer dans un vérisme pas franchement à propos chez Puccini.
Dans le rôle de Cavaradossi, on retrouvait cette fois Yusif Eyvazov qui gère son personnage de façon énergique, voire en force, à l’image d’un « Recondita armonia » bien peu subtil, d’un « Vittoria ! » tonitruant, lancé à pleine volée et, il est vrai, efficace, et d’un « Lucevan le stelle » qui se colore de demi-teintes, mais termine plutôt abruptement.
Pour sa part, Gevorg Hakobyan endosse le personnage de Scarpia de manière quelque peu monolithique, mais il possède la voix pour assurer le « Te Deum » sans être couvert par l’orchestre et, fait sobrement face à une Tosca au sommet de son art (qui, avouons-le, mène la danse) dans le deuxième acte.
Car, cette Tosca, c’est la grande Sondra Radvanovsky. Et si la voix a un peu perdu des incomparables demi-teintes et des sons piani qu’elle savait dispenser pour nous envouter, elle se montre en pleine maîtrise du rôle, se paye le luxe de moduler chaque phrase, et rend crédible chaque situation avec noblesse, y compris dans la scène de l’assassinat de Scarpia. Il est de ces artistes qui n’interprètent pas un personnage, mais le deviennent instantanément en entrant en scène. Dans Tosca, Radvanovsky est de celles-là et l’on est, une fois de plus, vaincu par tant de talent.
Le reste de la distribution, inchangé par rapport à notre compte-rendu de la représentation avec Angel Blue et Freddie de Tommaso, s’avère parfaitement à son aise ; de même que les choristes de l’Opéra de Paris et de la maîtrise de Fontainebleau, fort bien préparés par Ching-Lien Wu et Astryd Cottet, qui contribuent à donner toute l’ampleur à la scène du « Te Deum ».
Finalement, comme nous, vous avez peut-être déjà vu une, deux ou trois fois Tosca cette saison à l’Opéra de Paris. Mais… l’arrivée de Sondra Radvanovsky est de même à donner envie de remettre ça. On se laisse tenter ?
Visuel : SR © Cedric Angeles