Cette année, le Théâtre des Champs-Élysées accorde son opéra participatif de la saison à la Saint-Valentin ; c’est à une adaptation en 1h15, dont six interventions par la salle, à laquelle tous les publics sont invités jusqu’au 16 février. Roméo et Juliette d’après Charles Gounod est un moment de partage et d’amour éternel.
Dans la version que proposent Johanna Boyé (adaptation et mise en scène) et Jean-François Verdier (direction musicale), on trouve un grand respect de l’opéra de Gounod et de ses airs principaux, mais aussi une audace : condenser en 1h15 et ouvrir à tous les publics une histoire d’amour et de mort qui semble plutôt réservée aux adolescents et aux adultes au cœur bien accroché.
Répétitions dès le dimanche 1er février pour les six moments où le public participe et chante. Et invitation, vingt minutes avant le lever de rideau, à se préparer physiquement, à écouter le silence dans la salle et à tout répéter avant que l’opéra ne commence. Les habitués retrouveront le gilet à paillettes de la cheffe de chœur et la lumière qui nous invite à participer « comme un personnage de l’opéra ».
C’est aussi une « représentation relax » ouverte à tous les publics : on peut entrer et sortir de la salle et commenter en direct. Cela se vérifie quand un bébé crie au moment crucial où Roméo pleure Juliette, tandis que tous, de tous âges, sont restés hypnotisés. Preuve que l’émotion opératique traverse les générations et les convenances.
L’idée est aussi efficace qu’élégante : mettre en scène Gounod composant l’opéra à l’occasion de l’anniversaire de sa jeune nièce Juliette. Ce dispositif permet de narrer et d’écourter, d’opérer des changements de décor pendant que le compositeur commente son œuvre, de nous plonger dans la création avec lui et sa Juliette — tout en offrant une dimension pédagogique bienvenue. Et l’on entre dans Shakespeare par la porte du grand opéra français. Bal et costumes de bal prolongent l’anniversaire de la Juliette de Gounod et rendent proches du jeune public ces personnages de Vérone aux masques vénitiens. Très jolies transparences dans les décors et lumières époustouflantes signées Cyril Manetta.
Les airs principaux sont conservés notamment « Ah ! je veux vivre», «Ah ! lève-toi, soleil » — avec d’excellents solistes, notamment Laurène Paternò qui incarne et chante une sublime Juliette. Soutenus par les jeunes choristes des Polysons installées dans la salle, les publics jouent réellement le rôle des chœurs. Et le temps que la machine nous embarque, Shakespeare prend le relais : on est avec Roméo sous le balcon, puis dans l’engrenage tragique qui nous atteint comme une flèche, que ce soit pour la première fois ou la centième.
Roméo et Juliette, l’amour aussi fort que la mort, célébré par l’opéra français. Un pari plus risqué que La Flûte enchantée ou L’Élixir d’amour pour les plus jeunes, mais totalement réussi et qui donne lieu à bien des questions et des discussions…
L’équipe artistique : Jean-François Verdier, direction et arrangement musical ; Johanna Boyé et Elisabeth Ventura, adaptation du livret ; Johanna Boyé, mise en scène ; Caroline Mexme, scénographie ; Marion Rebmann, costumes ; Cyril Manetta, lumière.
La distribution : Yu Shao / Grégoire Mour : Roméo / Tybalt, Pâris – Laurène Paternò / Clara Guillon : Juliette – Léontine Maridat-Zimmerlin : Gertrude/Stephano – Carlos Reynoso : Mercutio/Grégorio – Thimothée Varon : Le Comte Capulet – Ugo Rabec : Le Duc de Vérone/Frère Laurent – Yannis Baraban : Charles Gounod (comédien) – Eva Dumont : Juliette Gounod (comédienne) – Orchestre Victor Hugo, Orchestre Symphonique de Bourgogne Franche-Comté — Opéra participatif Jeune Public : 8 représentations scolaires du 9 au 16 février, 6 représentations publiques du 7 au 15 février.
Visuel : © Caroline Meme