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12.03.2026 → 18.04.2026

Opéra de Paris : une « Tosca » dynamique avec Angel Blue et Freddie de Tommaso

par Helene Adam
19.03.2026

Les reprises du célèbre mélodrame en forme de véritable thriller de Puccini se succèdent avec toujours autant de succès à l’Opéra de Paris Bastille. Dans la mise en scène séduisante du regretté Pierre Audi, la distribution proposée en mars est éclatante de jeunesse et de talent. Avec une superbe Tosca incarnée par Angel Blue et l’impressionnant Cavaradossi de Freddie de Tommaso.

Une mise en scène qui ne cesse de se bonifier

L’idée de programmer un même opéra – l’un des plus joués au monde – en permettant au public de découvrir diverses interprétations des mêmes rôles au cours d’une saison, garantit manifestement un remplissage total de la salle et permet de se livrer à de très intéressantes comparaisons.

Nous l’avons dit lors de notre précédent article, la mise en scène de Pierre Audi, qui a désormais plus de dix ans à Bastille, et dont nous avions vue la création, se bonifie avec les années. Elle semble gagner en limpidité avec un éclairage (que l’on doit à Jean Kalman) plus subtil qu’à ses débuts, éclairage qui souligne les contrastes entre les lieux d’une action resserrée dans le temps façon tragédie.

Cette énorme croix qui semble vouloir écraser les protagonistes et représente le symbole du pouvoir de l’Église à cette époque, imposant aux âmes et aux corps ses lois d’airain, n’empêche pas de caractériser les lieux successifs du drame : l’église d’abord où Cavaradossi peint, où Angelotti, consul en fuite, cherche refuge, où Tosca vient prier et se livre à une scène d’amour jaloux auprès de son amant ,où Scarpia remonte comme un ressort, son redoutable piège pour posséder la belle cantatrice.

La seule lumière de ce lieu sombre aux multiples recoins, très bien exploités par le jeu vivant des chanteurs est celle de la grande fresque (anachronique, mais quelle importance !) que peint Cavaradossi et qui évoque le « Rêve de la reine Catherine » de Füssli, ce peintre du dix-huitième siècle, d’un romantisme noir qui aimait entremêler fantastique, rêves et réalités.

Mais au clair-obscur où se nouent les destinées tragiques de chacun, succède une lumière lourde, oppressante, soulignant le rouge-sang des tentures du bureau du sadique Scarpia, un éclairage, tamisé mais soutenu, de bougies qui laisse parfois quand la porte s’ouvre, entrevoir l’éclatante lumière du dehors.

Et au petit jour blafard et brumeux, l’on retrouvera les deux amants, dans ce camp extérieur que la lumière peine à baigner au milieu des buissons formant une image d’espoir trop ténu pour qu’on y croit. Tosca, après la mort de Cavaradossi, voit d’ailleurs une énorme toile descendre du ciel obscurcissant la scène et symbolisant sa chute dans le vide, avant de marcher vers une sorte de rédemption à la lumière aveuglante.

Ce jeu de lumière admirablement bien travaillé désormais par les techniciens du plateau, semble envelopper les héros, sculptant leurs traits, valorisant leurs costumes d’époque, sobres et discrets mais évocateurs, elle en robe blanche pour sa visite à l’Eglise, jaune pour la scène puis rouge éclatante lors de l’exécution, lui en veste de peintre puis chemise blanche rapidement tachée de sang du chevalier martyr, leur bourreau en noir comme ses sbires véritable milice du mal et de la terreur.

Une fois encore, on peut donc admirer le travail de Pierre Audi pour l’une des illustrations les plus réussies de Tosca qui voit pourtant se succéder de très nombreuses mises en scène.

Quatrième distribution avec un jeune couple de grande classe 

Mais ce qui nous a amené à revoir une fois encore (avec grand plaisir) ce chef d’œuvre de Puccini, est l’intérêt porté à la nouvelle distribution proposée pour ce mois de mars.

Si Alexei Markov, baryton russe, avait déjà chanté Scarpia dans cette mise en scène lors de précédentes représentations à Bastille, Angel Blue et Freddie de Tommaso faisaient leurs débuts dans ces rôles à Paris pour la plus grande satisfaction du public qui leur a réservé un accueil triomphal.

 

La petite quarantaine, la soprano américaine avait déjà foulé les planches de Bastille dans une Marguerite de Faust en 2022 aux côtés de Benjamin Bernheim.

Elle incarne une Tosca sensible et passionnée, que les dilemmes cruels successifs déchirent littéralement. Et rarement une interprète avait à ce point fait ressentir à la salle au travers des nuances et des couleurs de son chant, de sa gestuelle précise et évocatrice, les terribles choix auxquels elle sera confrontée : entre le doute et son amour pour Cavaradossi, la trahison de son secret et son désir de le sauver de la torture, ses croyances religieuses et sa décision de tuer Scarpia.

Cette dernière scène est d’ailleurs hallucinante de vérité tant la chanteuse s’investit dans ces menus gestes qui trahissent ses hésitations. On voit comment elle se forge une conviction, bâtit son plan tout en tremblant de crainte face au crime qu’elle s’apprête à commettre, pleure (fort bien !) après l’acte fatal tout en éteignant les bougies une à uns et en posant une croix près du corps avant de s’enfuir, délivrée.

Elle chante cette fameuse phrase « Mort, toi qui faisait trembler Rome » d’une toute petite voix extrêmement émouvante qui nous fait partager le terrible acte auquel elle s’est soumise et qu’elle racontera à Cavaradossi avec force de gestes comme pour le désacraliser et le justifier pleinement, là aussi avec une incarnation qui lui est personnelle et qui est loin de toutes les minauderies auxquelles cette scène conduit parfois les chanteuses.

Elle est davantage femme que diva, elle est terriblement « juste » et l’on frémit à chaque étape de son calvaire.

La voix est ronde et charnue, les aigus faciles et jamais criards,  y compris à l’acte 3 où l’exercice est particulièrement difficile pour la soprano, le rythme du chant est soutenu et le célèbre « Vissi d’arte » très réussi même si, finalement, le style subtil d’Angel Blue conduit à apprécier l’ensemble de la performance indépendamment du « tube ».

À ses côtés, l’on avait envie depuis quelques temps de découvrir le phénomène De Tommaso, jeune ténor italo-britannique de 32 ans, qui avait enthousiasmé le public de Covent Garden dans ce même rôle en remplacement de Bryan Hymel défaillant, il y a quatre ans déjà. Il avait déjà été remarqué en Cassio en 2019 dans ce même théâtre.

Un Cavaradossi de 28 ans était assez rare pour être remarqué à l’époque, et l’aisance vocale et scénique du jeune ténor, ses aigus faciles, son italianité sombre et romantique, avaient fait le reste.

Depuis lors, De Tommaso a foulé les plus grandes scènes et chanté quelques rôles verdiens avec succès, se risquant même à un Pollione assez réussi à Vienne l’an dernier dans Norma (incarnée par Asmik Grigorian).

Sa réputation n’est pas surfaite et il s’est taillé un joli succès hier soir à la Bastille. Son Cavaradossi à la jeunesse insolente, est fort bien chanté. La voix est sombre et puissante, les aigus spinto sont percutants, mais viennent comme naturellement dans la phrase musicale fort bien sculptée, il termine son « Recondita armornia » par un morendo bien maitrisé et multiplie les nuances dans ses duos et pour l’exécution du fameux « Lucevan le stelle », le « tube » du ténor (chacun le sien !).

Son « Vittoria», pour puissant qu’il soit, est court et coupant, et il enchaine très rapidement sur la suite de l’air, de manière un peu surprenante mais qui tend à montrer l’une de ses qualités personnelles, que l’on appellera la modestie sur scène. De Tommaso, et on apprécie ce talent, n’en fait jamais des tonnes, et n’oublie jamais qu’il est Cavaradossi et pas un ténor en recherche de gloire. Une sorte de discrétion renonçant à toute attitude ostentatoire, alliée à une grande intelligence vocale et scénique, en fait un artiste très intéressant dont on se dit à l’issue de sa prestation : « il ira loin ce jeune homme ! ».

 

Nous aimons beaucoup le baryton russe Alexei Markov et son Scarpia, là aussi plus sobre que nombre de ses collègues, allie froideur et détermination, rendant le personnage particulièrement redoutable tout en évitant tout effet m’a-tu-vu qui gâche parfois l’incarnation de ce personnage-clé de l’intrigue.

Comme la plupart des chanteurs de l’école russe, Markov possède un timbre sombre et coloré, à la tonalité très régulière sur toute la tessiture, aux graves et aux aigus parfaitement négociés sans jamais forcer une voix qui garde une régularité et une jeunesse paraissant inaltérables.

À l’aise sur scène et dans cette œuvre qu’il a souvent chanté, il nous régale de son côté cynique et gourmand, tournant comme un lion autour de sa proie dans son bureau rouge sang, après avoir joué au jeu cruel du chat et de la souris à la fin de l’acte 1 pour jouir de voir Tosca torturée par le doute.

Les trois rôles principaux sont écrasants dans Tosca mais cela ne nous empêchera pas de noter une petite insuffisance de projection qui le rend parfois peu audible de Vartan Gabrielian en Cesare Angelotti, très à l’aise sur scène au demeurant.

André Heyboer est un sacristain parfait dans son hypocrisie veule, tandis que l’on remarque à nouveau le Spoletta de Carlo Bosi et le Sciarrone de Florent Mbia (que l’on apprécie dans tous les petits rôles qu’il assure en tant que membre de la troupe de l’OnP et qu’on espère bientôt dans un rôle plus conséquent !).

Le chant du petit berger est assuré par Aloys Bardelot-Sibold de la Maitrise du CRR de Paris à qui l’on souhaite bonne chance pour la suite tant il est juste et émouvant.

 

Les chefs d’orchestre changent également pour les reprises du printemps et c’est l’Italien Jader Bignamini qui prend la direction de Tosca pour les représentations à venir. Nous l’avions déjà entendu à l’Opéra Bastille notamment dans la Forza del destino et dans Adriana Lecouvreur. Il aime les tempi assez lents, les rondeurs romantiques plutôt que les moments climax et peine parfois à rendre compte des importants contrastes d’une partition bâtie pour exprimer le drame et qui comporte son lot de décibels, de roulement de timbales et même de cloches qui sonnent plutôt le glas que la félicité.

Mais l’ensemble reste de bonne tenue et l’orchestre se montre en grande forme.

Opéra national de Paris du 12 mars au 18 avril 2026.

Du 12 au 28 mars, pour cette distribution.

Réservations ici.

 

Visuels : © Ann Ray