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Opéra de Lyon : une « Manon Lescaut » tout en couleur, jusqu’à l’excès…

par Helene Adam
22.03.2026

Manon Lescaut n’est pas l’œuvre la plus réussie de Puccini. Elle offre, en effet, un récit un peu décousu où les nombreuses ellipses ne facilitent pas la mise en place d’une scénographie limpide. Emma Dante s’essaye à créer une mise en scène cohérente qui souffre cependant d’un trop-plein de sensations. Une magnifique direction musicale et une belle distribution ne suffisent pas toujours à aérer une représentation trop compacte.

Le Manon de Puccini

Le roman éponyme de l’Abbé Prévost a donné lieu à plusieurs adaptations à l’opéra dont les deux plus célèbres sont le Manon de Massenet d’une part, et le Manon Lescaut de Puccini d’autre part. L’opéra de Turin s’était livré à une comparaison rapprochée en donnant les deux œuvres et celle de Auber, dans un court laps de temps. Notre critique avait retenu pour Puccini, la « production la moins convaincante » des trois et incontestablement, Puccini n’est pas globalement à son meilleur avec cette adaptation italienne, tragique, qui insiste de manière démesurée et pas toujours très cohérente, sur le drame passionnel entre Des Grieux et Manon qui se termine par la mort dans le désert près de la Nouvelle-Orléans.

Puccini débarrasse en effet l’œuvre de ce qu’il appelle le traitement à la française de Massenet « avec de la poudre et des menuets » (on ajoutera d’ailleurs les bondieuseries…), mais ne parvient pas toujours à donner un fil logique au développement dramatique, pratiquant de trop nombreuses coupures temporelles qui rendent les évolutions de Manon (et de Des Grieux) assez étranges.

Les quatre actes paraissent, à bien des égards, indépendants les uns des autres, et comme le souligne la metteuse en scène Emma Dante, « si l’on considère ce Manon comme une Série TV en quatre parties, on peut regarder le deuxième épisode sans avoir vu le premier ».

Ce sont bien les mêmes personnages mais leurs relations ont tellement évolué qu’on peine à deviner ce qui a pu se passer entre la fin de l’acte 1 où les nouveaux amoureux « fuient » vers Paris, et le début de l’acte 2 où Manon se retrouve, très bien installée, chez le vieux Géronte ayant donc accepté les propositions de son frère. Dans quelles circonstances ? Mystère. La jeune demoiselle innocente s’est transformée en fille richement entretenue qui s’amuse ou s’ennuie avant de retrouver brusquement Des Grieux et de projeter de s’enfuir avec lui, sans savoir exactement ce qu’elle veut, pour finir par se faire arrêter… et se retrouver en prison à l’acte 3 avec un projet d’évasion qui échoue lamentablement de la part du frère et de Des Grieux qui la suit finalement dans sa déportation aux Amériques, où elle meurt de faim et soif dans le désert, non loin de la Nouvelle Orléans, toujours avec lui…

 

Le problème principal de ce récit un tantinet décousu (alors que Puccini a construit de magnifiques drames lyriques fort équilibrés sur le plan de la dramaturgie comme Tosca ou la Fanciulla del West), c’est que l’on ne s’attache guère aux personnages trop incohérents pour être crédibles et qu’on ne comprend pas la passion fort élastique qui les habite.

Les œuvres lyriques ne sont pas toutes admirables malgré leur notoriété et ce Manon Lescaut vaut d’abord et avant tout pour sa musique, car, de ce côté-là on a une richesse d’orchestration, une modernité des sonorités, un contraste entre des airs légers presque primesautiers et quelques moments profondément passionnés et totalement désespérés, qui en font une partition de référence. L’Intermezzo orchestral de l’acte 3 est d’ailleurs souvent joué seul dans les concerts symphoniques et représente, avec l’Ouverture, une pièce maitresse de l’art de Puccini.

Emma Dante aime la gestuelle des corps et les couleurs des costumes

La metteuse en scène Emma Dante, est surtout connue pour son travail sur la gestuelle des corps dans le cadre du théâtre.

Mais elle a mis en scène plus d’une dizaine d’opéras et se plait également dans le genre lyrique, même si elle souligne une gestion du temps fondamentalement différente puisqu’il n’y a guère que deux mois de répétition, et encore moins avec l’ensembles de protagonistes. Il faut donc, dit-elle, imaginer une gestuelle et une scénographie en écoutant la musique pour pouvoir ensuite la réaliser en très de temps in loco.

Elle fait également remarquer que le rapport aux chanteurs n’est pas exactement le même qu’au théâtre pour le metteur en scène, puisque le chef d’orchestre reste le point de référence de toute l’équipe pendant la représentation. Un chanteur regarde d’abord le chef et s’intéresse ensuite aux indications que donne le metteur en scène pendant la mise en place.

 

Pour ce Manon Lescaut et comme à son habitude, Emma Dante, avec Carmine Maringola pour les décors et Vanessa Sannino pour les costumes, va créer une atmosphère typiquement italienne, imaginant une sorte de cour commune d’un immeuble dont on voit la façade et les coursives s’ouvrant sur de nombreuses portes-fenêtres, et dont la fonction évoluera au cours des trois premiers actes avant de disparaitre au profit d’un mur gris évoquant le désert.

Au premier acte, tables et chaises sont disposées ou retirées selon les scènes, on vit dehors, on s’y interpelle, on mange et trinque ensemble, on joue aux cartes, Des Grieux et Manon s’y rencontrent…

Au deuxième acte, où la couleur rouge domine l’ensemble du décor, les portes des coursives s’ornent de rideaux d’où les artistes de cabaret entrent et sortent, Manon se prélasse dans une alcôve évocatrice, vêtue de robes invraisemblables et très inconfortables d’ailleurs. Le lit se transforme en carrosse pour la fuite ratée.

Au troisième acte, où la grisaille triste de la prison domine, les portes-fenêtres sont devenues grilles de cellules, les filles tout en blanc, sont pourchassées et maltraitées par les soldats dans un ballet très « dantien » (on songe à l’arrivée des cigarières dans sa Carmen de 2011 à la Scala de Milan). Enfin lors du dernier acte, le début du duo se tient devant le rideau fermé et la fin sur le plateau totalement dégagé, nu, juste jonché de dizaine de bouquets de fleurs façon funérailles tandis que l’alcôve réapparait à l’ultime air de Manon, cette fois toute tendue de blanc. Et, il faut bien le dire, sans une réelle direction d’acteurs dans ce vide peuplé par une demi-douzaine de jeunes filles virginales portant des bouquets mortuaires à la pauvre Manon, on se surprend à n’être guère ému par le drame qui se joue devant nos yeux.

Rien de très original ni de très excitant dans ce choix où beaucoup trop de monde se bouscule le plus souvent sur la scène, et où la concentration voulue par Puccini sur les drames d’un couple, se noie dans une foule de figurants très bigarrés, entre revue de cabaret et commedia dell’arte, à tel point que l’on frise parfois l’indigestion.

On notera le souci de créer quelques interludes devant pendant les jetés de rideaux avec divers acrobates et figurants pour distraire le public même si l’on n’a pas forcément compris pourquoi de tels jetés de rideaux étaient nécessaire alors que le décor est (presque) toujours le même.

On l’aura compris, il n’y a rien de scandaleux à notre sens dans cette mise en scène, mais elle ne présente pas non plus une valorisation de l’œuvre suffisante pour être totalement convaincante. On constatera seulement que ce Manon Lescaut reste décidément difficile à illustrer.

Un maestro en phase avec la richesse musicale de Puccini

Sesto Quatrini assure une direction musicale originale, rapide, dynamique, sans temps mort et globalement très réussie. Habitué à diriger des œuvres de bel canto (nous l’avions particulièrement apprécié dans un Otello de Rossini mémorable à Francfort), Quatrini rend à Puccini toute son italianité offrant à l’œuvre la pulsation trépidante qui caractérise l’opéra de la péninsule et le dépoussiérant des lourdeurs dont il est parfois affublé par les chefs qui veulent trop souligner les effets « climax » de l’œuvre.

Le drame et la tension y sont pourtant bien présents, mais ils alternent avec une valorisation des motifs dansants, folkloriques, plus légers, voire soulignant le divertissement présent dans les deux premiers actes.

Cela rend d’autant plus impressionnant la véritable descente aux enfers des héros à partir de cet intermezzo de toute beauté. Notons que l’on est entrainé dans sa lecture trépidante dès les premières mesures qu’il mène tambour battant à une vitesse rarement entendue dans cette œuvre. Et c’est très bien !

Une bonne distribution mais…

Côté distribution, on restera à la fois admiratifs et circonspects concernant la prestation scénique et vocale de Chiara Isotton dans le rôle-titre. La soprano italienne chante des rôles lyriques soutenus, à la limite du dramatique, depuis pas mal d’années maintenant. Mais après une Minnie très réussie il y a deux ans à Lyon, sa récente Tosca à Francfort nous a moins convaincus du fait d’une voix parfois stridentes dans les aigus devenus un peu difficiles.

Elle confirme cette inégale impression dans une Manon tantôt splendide, aux contours musicaux ronds, fruités, séduisants, tantôt plus irrégulière dans sa ligne de chant,notamment dans toute la partie dramatique finale même si son « Sola, perduta, abbandonata » porte une incontestable puissance dramatique.

Elle garde cependant une très belle incarnation générale du rôle, plus crédible en deuxième partie où la jeune fille a mûri, avec une voix puissante, pleine, riche en harmoniques, qui convient parfaitement à cet emploi, parfois donné par erreur à des sopranos beaucoup moins bien dotées qu’elle et ne dominant pas leur sujet. La Manon de Puccini n’est pas celle de Massenet ! Et il faut reconnaitre également qu’elle a bien du courage à enfiler cette imposante crinoline rouge tout en chantant !

 

Côté Des Grieux, Riccardo Massi est un beau « spinto » qui ne connait pas trop le sens des nuances mais dont le timbre est franc, direct, clair, les aigus percutants et l’ensemble de la prestation particulièrement convaincante et émouvante même si la direction d’acteurs ne l’aide pas toujours à savoir comment se comporter avec sa partenaire dans les scènes de l’acte 1 et 2 notamment. Se voir couvrir de fleurs (de cimetière) quand il entonne son « Donna non vidi mai simile a questa » ne lui facilite pas la tâche pour son premier grand air !

La mise en scène accentue le côté presque burlesque de Lescaut plutôt que son côté d’entremetteur marchandisant le corps de sa sœur, et cela convient très bien à Jérôme Boutillier, à l’aise vocalement comme scéniquement, dans un rôle parfois un peu grave pour son baryton, mais qu’il domine sans problème et avec le panache qu’on lui connait.

 

Le libidineux Geronte De Ravoir d’Omar Montanari est également de grande qualité sur tous les plans et son autorité lors de la fin de l’acte 2 éclate de manière très convaincante traduisant particulièrement bien la colère du vieux riche trompé et prêt à se venger.

L’étudiant Edmond est incarné par le ténor Robert Lewis (soliste du Lyon Opera Studio) qui aurait tout à gagner à discipliner un peu une ligne de chant parfois bousculée mais il est possible que le trac de la Première alors qu’il introduit en quelque sorte la représentation, ne lui ait pas facilité la tâche. Le timbre est beau et la présence scénique incontestable.

 

Les comprimari livrent tous des prestations à la hauteur de la qualité générale de la représentation, que ce soit les solistes du Lyon Opera Studio comme le musicien de Jenny Anne Flory, le sergent des archers et l’aubergiste de Hugo Santos, ou les solistes issus du Chœur de l’Opéra de Lyon, comme Le maître de ballet de Camille Leblond, l’allumeur de réverbère de François Pardailhé ou le commandant de marine d’Aurélien Curinier.

 

Ajoutons enfin que, comme à l’ordinaire, les choeurs de l’Opéra de Lyon sont extraordinaires, vifs, bien chantants, apportant un incontestable relief à l’ensemble de la représentation.

La première soirée du festival de printemps de l’Opéra de Lyon s’achève donc sur de chaleureux applaudissements malgré les réserves que nous pouvons émettre, la représentation était, comme toujours à Lyon, de grande qualité.

Opéra de Lyon, Manon Lescaut, réservations ici.

 

Visuels : © Jean-Louis Fernandez