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16.12.2025 → 05.01.2026

La féérie poétique d’Hoffmann à l’Opéra de Lyon

par Paul Fourier
17.12.2025

Si, une fois de plus, on essaye de faire fi des nombreuses coupures effectuées sur la partition d’Offenbach, ces Contes d’Hoffmann présentés par l’Opéra de Lyon ne sont pas loin d’atteindre la perfection, car la mise en scène de Damiano Michieletto transcrit poétiquement les rêves créatifs du personnage, les interprètes assurent glorieusement leur rôle et la direction dynamique d’Emmanuel Villaume est en phase avec cette éblouissante musique.

Encore une version amputée des Contes !

On le sait, la genèse et la création des Contes d’Hoffmann ont suivi un chemin ardu (voir notre article détaillé à propos de la production liégeoise) et le testament posthume musical de Jacques Offenbach a eu bien du mal à accéder à une version définitive satisfaisante.

On a si souvent entendu l’argument selon lequel comme l’auteur n’a jamais pu fournir de synthèse finale de son œuvre, tel metteur en scène ou tel chef pourrait, à loisir, reconstituer une version qui convienne à sa conception de l’opéra. Si les tâtonnements de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle rendaient admissible cet argument, l’on pourrait cependant imaginer que les dernières recherches musicologiques (notamment celles de Jean-Christophe Keck (lire son interview ici) devraient désormais nous affranchir de ces dérives.

Alors, certes, on avait touché le fond des outrages portés à Offenbach avec la récente production Dumoussaud / Lotte de Beer, à l’Opéra de Strasbourg et à l’Opéra-Comique. Mais le problème se pose à nouveau (avec heureusement une moindre intensité) avec la production de Damiano Michieletto destinée à Londres, Sydney, Lyon et Venise. Dans le programme du spectacle, le metteur en scène annonce royalement : « Nous avons créé une édition sur mesure composée de toutes les versions disponibles, et il y en a beaucoup. En général, surtout dans le premier et le deuxième acte, le contenu est assez similaire. Le troisième acte et la fin de l’opéra, eux, présentent beaucoup plus de variations. Dès le début, nous avons travaillé sur une analyse des différentes versions de l’opéra pour créer un récit en adéquation avec notre conte. Nous avons effectué des choix très clairs, surtout pour la partie avec Giulietta et pour l’épilogue.

D’autre part, tous les passages parlés ont été coupés, à quelques exceptions près ».

On peine à comprendre les arguments et ce qui aurait empêché Damiano de faire un aussi beau travail avec une version plus intègre. À moins que le RBO (Royal and Ballet Opera) de Londres – probable maître d’œuvre principal de la production – qui utilisera cette production pour les 20 années à venir, ait considéré que l’on peut donner cinq heures de Wagner, mais pas plus de trois heures et demie d’Offenbach…

Le résultat en est une accumulation d’ellipses dans l’intrigue, de ruptures flagrantes dans la musique, un sentiment de collage, rendant de nouveau l’acte de Giulietta (réduit à 25 minutes !) incompréhensible et faisant perdre une part de la force dramatique de l’épilogue. L’option clairement assumée a donc été de choisir une espèce de « best of » d’Offenbach, certes plaisant (incluant le « Scintille diamant » de Dapertutto, air qui, au demeurant, n’a jamais été destiné aux Contes !). S’il est évident que la sublime musique d’Offenbach reste à jamais enchanteresse, force est de constater, qu’une fois encore, on a laissé passer l’occasion de présenter enfin une version définitive satisfaisante de l’œuvre.

La mise en scène de Michieletto est pourtant brillante

Cette éruption de mauvaise humeur déversée, il faut bien reconnaître que, pour des oreilles moins averties, le spectacle n’en est pas moins une belle réussite. Tout d’abord parce que ledit Michieletto a mis en place une imagerie particulièrement poétique qui suit une évolution temporelle d’Hoffmann qui passe de l’état d’enfant (dans une classe d’école turbulente) dans l’acte d’Olympia, à celui de jeune homme avec ses illusions dans l’acte d’Antonia et, enfin, à celui d’adulte dans le monde cynique de Giulietta. Ce qui nous est présenté, après l’apparition du personnage en vieil homme, est le résultat « des histoires qu’il se raconte à lui-même, mais aussi de ses inspirations artistiques de poète ». Ainsi voit-on défiler des souris, des fées ailées face à des diables, des femmes masquées, un homme monté sur échasses (les costumes sont de Carla Teti), toutes créatures qui se réuniront à la fin de l’opéra pour rejoindre leur créateur. Et il est fait appel à la danse plutôt qu’au chant pour exprimer les frustrations, voire le handicap d’Antonia.

On ajoute à cela une direction d’acteurs au cordeau et les mouvements parfaitement réglés des choristes, des décors fort bien renouvelés, un traitement des couleurs des scènes (lumières : Alessandro Carletti) alternant entre vert et rouge, une imparable vis comica dans la partie survoltée d’Olympia et une tension dramatique flagrante par la suite. Et que de trouvailles visuelles à même d’enchanter le public, telle cette folle équation mathématique qui danse au rythme des vocalises d’Olympia, tel ce Nicklausse transformé en quasi Papageno, tel ce miroir dans lequel Hoffmann est enfermé alors que le diable se retrouve, lui, défait. Il est également intéressant de relever une approche originale et moins victimaire des héroïnes, puisque Antonia et Giulietta parviennent à s’émanciper et à mettre en difficultés le vilain qui cherche à les manipuler.

Enfin, avec un violoncelle qui arrive de manière récurrente sur scène, on note un joli clin d’œil aux débuts de musicien d’Offenbach.

Emmanuel Villaume et l’orchestre de l’Opéra de Lyon offenbachiens en diable !

La mise en scène peut de surcroit s’appuyer sur la remarquable direction d’Emmanuel Villaume à la tête de la formation lyonnaise. Jouant à loisir des reliefs portés par les cordes, les cuivres, les percussions, mais aussi de pauses bienvenues, le chef imprime une marque puissante qui permet de ne jamais relâcher la tension des aventures des protagonistes.

Cela se ressent particulièrement lors de la grande scène d’Antonia qui, grâce aussi aux deux admirables Marko Mimica et Amina Edris, nous entraine dans un tourbillon funeste et intense qui amène les applaudissements nourris du public. L’adéquation de la musique avec la mise en scène est également parfaitement rendue dans la scène teintée de perversité de Giulietta, là encore avec, notamment, l’éblouissante implication de Clémentine Margaine et d’Iván Ayón Rivas.

Une distribution d’élite

Il n’est pas toujours aisé de réunir une distribution idoine pour Les contes d’Hoffmann, compte tenu de l’importance des rôles de la plupart des solistes, tous en charge de parties étoffées, et parfois difficiles. C’est là aussi carton plein !

Notons tout d’abord que, malgré la rareté des artistes français dans cette distribution, le travail de répétition semble avoir payé tant chacun.e amène son tribut, entre perfection et honorabilité, à la prononciation.

 

Iván Ayón Rivas est un Hoffmann souvent rageur à la technique surprenante, voire tonitruante, et aux aigus fracassants, mais qui peut aussi, sans peine, s’autoriser de belles nuances. Si l’on a connu plus de noblesse dans le rôle, cette prestation sans filtre – et même parfois un tantinet débraillée – convient pourtant à la mise en scène et au parcours du héros

Dans cette production, la muse et Nicklausse se dédoublent (malgré les physiques bien différents des deux artistes) et l’on est aussi agréablement servi, tant par la justesse, la puissance et le jeu du « perroquet » Victoria Karkacheva que par le professionnalisme de l’excellente Jenny Anne Flory (qui chante également la voix de la mère), issue de la promotion 2024-2026 du Lyon Opéra Studio et offre sa voix pulpeuse à la toute fin de l’opéra.

 

Marko Mimica interprète diablement bien les quatre incarnations du malin. Il y est à tout moment crédible avec sa voix toujours parfaitement placée dans les registres médian et grave (mais manquant toutefois un peu d’aigus). Il confirme, de surcroît, son sens dramatique et se fond dans la direction d’acteur de Michieletto.

 

Vincent Ordonneau démontre qu’il est l’un des meilleurs combiné Andrès / Cochenille / Frantz / Pitichinaccio qui soit et, surtout, l’un des plus espiègles lorsqu’il endosse la dégaine d’un maître de danse pas très viril et malmené par ses jeunes ballerines.

 

En Spalanzani et Crespel, François Piolino et Vincent Le Texier sont également irréprochables, tout comme le sont les jeunes Filipp Varik, Alexander de Jong et Hugo Santos issus eux aussi de la promotion 2024-2026 du Lyon Opéra Studio, et absolument prometteurs.

Trois héroïnes : une matheuse, une ballerine brisée et une éblouissante courtisane, et trois si belles interprètes

Si Offenbach avait conçu l’idée de confier les rôles des trois amoureuses d’Hoffmann à une même soprano, Adèle Isaac, l’histoire ultérieure de l’œuvre en a souvent décidé autrement. Du reste, peu de chanteuses se sont autorisées à se lancer dans une telle aventure (ce fut tout de même le cas de Jessica Pratt à Liège). Dans la version présentée à Lyon, on retrouve donc classiquement une soprano colorature, une soprano lyrique et une mezzo-soprano. Toutes trois tiennent leur rôle à la perfection.

 

L’étonnante Eva Langeland Gjerde (elle aussi sortie de la promotion du Lyon Opéra Studio) ose le pari fou d’Olympia et le franchit haut la main avec son aplomb, ses vocalises parfaites qui font danser des chiffres et des lettres et ses suraigus percutants.

 

Amina Edris est, une fois encore, une fantastique Antonia, absolument émouvante, et qui brûle les planches. Elle devrait cependant, dans le choix de ses rôles, prendre garde à ne pas abimer un registre aigu qui semble se durcir.

 

Quant à Clémentine Margaine en Giulietta, on ne peut que constater qu’elle est au sommet de son art avec sa voix opulente qui le dispute à une puissance de feu à même de se mesurer aux excès vocaux de notre Hoffmann du jour.

Enfin dans un travail d’équipe global que l’on sent irréprochable, les membres du chœur pris dans le délire de Michieletto, notamment en écoliers turbulents, ont l’air de s’amuser autant que nous, sans sacrifier un chant bien réglé qui fait honneur à la partition.

 

On le voit (et on l’a entendu aux ovations finales) le plaisir a été total. Oublions alors un instant qu’Offenbach devrait être aujourd’hui mieux traité, et que le public aurait aussi sûrement apprécié une version plus complète. Asseyons-nous et savourons ! Ces Contes sont, malgré ces réserves, un très beau cadeau de Noël !

Visuels : © Paul Bourdrel