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Karlsruhe : le vérisme à l’honneur avec un « Cav/Pag » fort bien tourné

par Helene Adam
04.04.2026

Le couple traditionnel Cavalleria Rusticana/Pagliacci, dont la fusion est particulièrement réussie, nous a fait passer une belle soirée dans la salle à l’acoustique idéale du Badisches Staatstheater de Karlsruhe. Mise en scène entremêlant habilement les deux œuvres, artistes de qualité et orchestre remarquable, rien ne manquait pour valoriser les emblèmes du courant lyrique vériste que sont ces deux opéras appelés familièrement Cav/Pag !

Une seule soirée, une seule histoire ?

Les deux courts opéras les plus représentatifs du vérisme, sont souvent donnés l’un après l’autre lors de la même soirée. De quoi fournir l’idée de départ d’une mise en scène filée par Dietrich W. Hilsdorf, où les histoires, pourtant bien distinctes, vont très partiellement se rencontrer dans le cadre du même décor.

Si l’idée est bien traitée et jouit d’une plaisante réalisation scénique, il est plus difficile qu’il n’y parait de passer de Pagliacci à Cavalleria rusticana puis de nouveau à Pagliacci, tout simplement parce que leurs compositeurs respectifs – Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo -, pour adeptes du style vériste qu’ils soient, n’ont pas réalisé des œuvres jumelles. Pour tout dire, elles ne se ressemblent pas tant que cela, en dehors du caractère ramassé sur une journée d’une action dramatique basée sur les préjugés, les envies, la jalousie morbide et le désir de domination.


Ayant lu le programme, on est donc surpris d’entendre, rideau fermé, juste après l’exécution magistrale du prélude orchestral de Cavalleria rusticana, le célèbre Prologue de Pagliacci, chanté, qui évoque comment la fiction et la réalité peuvent se mélanger et à quel point ce ne sont pas les costumes mais ceux qui les portent qu’il faut prendre en compte.

Puis le grand rideau rouge de la scène s’ouvre sur un décor qui sera commun aux deux œuvres, tandis que l’aurore se lève sur ce dimanche de Pâques fatal dans la petite ville sicilienne où Pietro Mascagni a situé sa tranche de vie aussi dramatique que réaliste.

 

Après l’entracte, le souci du metteur en scène de lier les deux œuvres est à nouveau illustré, musicalement et surtout scéniquement : les dernières mesures vivace et fortissimo qui concluent l’œuvre coup de poing de Mascagni sont à nouveau données par l’orchestre, tandis que la première scène voit les obsèques de Turridu mort assassiné, se transformer en danse macabre avec déguisements de protagonistes façon commedia del’arte. Turrido devient Canio, qui lui-même sera ce Pagliacci (le clown Paillasse) censé faire rire le public alors qu’il a le cœur à pleurer (et à se venger).

Parmi les spectateurs lors de la dernière scène, on reconnait alors Lola et Santuzza…

Belle mise en scène et décors évocateurs

L’ensemble se passe en Italie dans une bourgade assez typée du sud, et dans une transposition temporelle qui fonctionne bien tant elle accumule les clichés de l’époque : nous sommes le 21 avril 1945, la date de la libération de Bologne des nazis, avant la fin totale de l’occupation allemande. Rappelons que Mascagni avait situé sa tragédie campagnarde en Sicile et Leoncavallo son paradoxe du comédien mis en abyme, en Calabre, donc juste en face.

Une grosse horloge permet de passer d’une temporalité à l’autre dans la même journée théâtrale.

La grande Histoire n’est pas directement convoquée mais la petite histoire s’entremêle à une période marquée par la guerre (Turiddu était soldat), et par la violence.

L’histoire racontée, commence par la sérénade de Turiddu à l’aube et s’achève peu avant minuit par la représentation théâtrale où Canio assassine son rival et sa compagne.

Les décors de Dieter Richter et les costumes de Nicola Reichert illustrent parfaitement cette intention à la fois discrète et appuyée de passer de la réalité à la fiction pour revenir au drame. Disposer d’un décor fonctionnel et agréable à l’œil en même temps, est un atout précieux pour un spectacle. On en sous-estime parfois la portée, mais une scénographie réussie est partie prenante des souvenirs que laissera le spectacle réussi de deux œuvres que l’on a, par ailleurs, vues maintes fois.

Dans « Cav’ » les femmes sont en noir, fichu sur la tête pour la messe ou sur les épaules, tablier de travail, on voit passer des enfants espiègles, des villageois portant des valises en carton bouilli, des scooters rouges, des processions religieuses, dans la rue pentue qui apparait sous l’arcade de la piazza où Mamma Lucia tient son estaminet. Tables et chaises sont installées, puis empilées selon les moments de la journée fatale.

Dans « Pag’ » on garde le même décor, une partie des tables sert à construire une estrade de fortune avec un rideau blanc façon saltimbanques. Les chaises après avoir servi pour la messe d’où Santuzza est exclue dans « Cav’ », sont disposées devant l’estrade pour le spectacle fatal de Pag’. Les femmes sont en couleurs claires, celles du beau temps et de la joie. Lola, seule, portait un costume de couleur vive dans « Cav’ ». Comme en écho, Nedda/Colombine arbore une belle robe de la couleur rouge de son sang.

Bref, tout circule, se recycle, rien ne se perd, et l’on accepte assez volontiers ce parti prix joliment illustré, qui permet de passer d’une histoire à l’autre.

Vengeance et code de l’honneur sicilien versus drame de la jalousie dans le monde du théâtre et des faux-semblants, on passe de l’un à l’autre presque sans couture et cette mise en scène, créée à Karlsruhe en 2024, est de celle que l’on revoit avec plaisir.

La qualité des maisons d’opéra allemandes

On se répète sans doute mais on ne peut s’empêcher de souligner à nouveau la satisfaction que l’on a à venir voir une représentation d’opéra outre-Rhin.

Le public lui-même ne boude pas son plaisir et vient volontiers prendre des places à la dernière minute enchainant Eugène Onéguine la veille avec Cav/Pag le lendemain. Les programmes sont toujours intéressants de saison en saison et les calendriers aménagés – grâce à l’existence d’une solide « troupe » (Ensemble en allemand) -, de manière à pouvoir revoir une nouvelle production comme une reprise à différentes dates durant l’année lyrique. Cela permet de passionnantes combinaisons.

Et ainsi, les artistes solistes de l’Ensemble, peuvent-ils sans problème incarner un rôle principal un soir (le rôle-titre d’Eugène Onéguine par exemple) et un rôle plus secondaire le lendemain (le Silvio de Pagliacci). C’est l’une des raisons qui font que les comprimari sont généralement excellents dans ces distributions d’une grande richesse vocale.

L’orchestre maison et les chœurs sont, comme toujours à Karlsruhe, de très grande qualité, et l’esprit du vérisme, ce courant dont Mascagni fut le premier porte-parole, passe sans problème avec ses crescendos impressionnants, ses solos de cordes basses ou de cuivres, ses roulements de tambour et autres effets, volontairement un peu outrés, qui sonnent juste et bien sous la baguette vitaminée de Johannes Willig.

La distribution voit alterner plusieurs chanteurs de l’ensemble de l’Opéra de Karlsruhe dont nous avons déjà plusieurs fois vanté la qualité globale.

 

En lien avec la mise en scène filée, le même ténor (hier soir Jason Kim) incarne Turiddu et Canio, le même baryton (hier soir Kihun Yoon) chantant quant à lui le double rôle d’Alfio et de Tonio.

L’École allemande de chant dont sont issus ces artistes, manque peut-être parfois un peu d’italianité (et de legato dans les passages les plus lyriques de Cavalleria notamment), mais a l’avantage, dans ce répertoire du début du vingtième siècle où l’orchestre est rutilant et envahissant, de disposer globalement d’une très belle projection, de voix puissantes, jamais submergées par les instruments, même dans les moments les plus climax et d’une solide technique.

 

Le ténor Jason Kim trouve davantage ses marques en Canio qu’en Turiddu. Dans le rôle du sicilien, il manque un peu trop de la douceur nécessaire à l’interprétation de la romantique sérénade à Lola et son « Mamma, quel vino è generoso », chantée en force, et un peu monolithique. En Canio par contre, il a le squillo requis, assène ses vérités avec force et hargne. Son « Vesti la giubba » est tout à fait émouvant.

 

D’un cran au-dessus, Kihun Yoon, beau timbre, belle prestance, démontre avec éclat ses talents de comédiens en passant allègrement du rôle du chef de la mafia prêt à se venger de l’insulte, brutal et sans scrupule, qu’est Alfio, au Tonio, le clown Taddeo, maladroit et moqué, encombré par sa grande silhouette un peu gauche. Dans les deux cas, l’interprétation vocale est de très grande qualité, timbre chaud et ductile, très belle ligne de chant, un rien de vérisme non outré (il importe d’éviter à tout prix les sanglots dans la voix).

 

La Santuzza de Barbara Dobrzanska (Madame Larina la veille dans Eugène Onéguine), KS de l’opéra de Karlsruhe (c’est à dire Kammersängerin, titre honorifique), dispose, elle aussi, des moyens vocaux adéquats, voix large et sonore, beauté du timbre, aigus assurés et graves présents. On regrettera parfois une petite faiblesse dans le médium mais sa tristesse, son refus de l’injustice qui la frappe, sont particulièrement bien incarnés par la belle mezzo-soprano.

 

De la Mamma Lucia de Mélanie Lang, on retiendra d’abord une très belle composition scénique de petite vieille courbée sur son balai et son seau mais capable de rendre les coups si nécessaire et une interprétation vocale qui suit scrupuleusement ce parti pris contrasté.

L’on remarque également pour son élégance naturelle et la beauté de son timbre, la Lola un peu bimbo de la mezzo-soprano franco-allemande Florence Losseau. Le Beppe (Arlequin) de Beomjin Angelo Kim est également très typé, idéal pour le rôle.

 

Mais ce sont Nedda (Martha Eason) et Silvio (Ks. Tomohiro Takada) qui nous auront procuré la plus grande satisfaction nous offrant en particulier un superbe duo d’amour dans Pagliacci.

Martha Eason possède tout à la fois la voix large et puissante requise pour le rôle contrasté de la jeune Colombine, et une souplesse de bel cantiste qui donne à sa prestation un relief particulièrement rare et agréable dans ce répertoire. Elle est profondément convaincante dans ce chassé-croisé amoureux dont elle sera victime en pleine représentation.

Silvio n’est pas un comédien dans Pagliacci, il n’est qu’un villageois follement épris de Nedda et l’aisance de notre Eugène Onéguine de la veille, lui donne une noblesse et un attrait évident. Sa magnifique voix bien timbrée enveloppe littéralement Nedda de sa passion et l’on comprend qu’elle en perd tout sens de la prudence.

Et comme l’orchestre, les chœurs, Canio et Nedda nous offrent un final d’un dynamisme dramatique époustouflant, les ovations fusent à l’issue de cette représentation très réussie.

Réservations.

 

Visuels : © Felix Grünschloß.