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Opéra de Lyon : « Billy Budd », œuvre magistrale de Benjamin Britten dans une très belle réalisation.

par Helene Adam
24.03.2026

Dans une brume légèrement colorée, digne des tableaux de Turner, l’étrange vaisseau de guerre, baptisé l’Indomptable, s’avance dans la mer infinie, véritable huis-clos à ciel ouvert, au milieu des flots. Là, va se jouer le drame qui met aux prise le Bien et le Mal entre un matelot et le capitaine d’armes. Thème universel de la pureté et de l’innocence, se heurtant aux codes de la toute-puissance des Grands et à l’arbitraire de cette société en miniature où au milieu de la violence des hommes, se glisse furtivement, une lueur d’espoir vite réprimée. Billy Budd, chef d’œuvre de Benjamin Britten, trouve à Lyon pour cette deuxième journée du Festival, une magistrale interprétation qui fera date.

La figure christique et lumineuse de Billy Budd

Billy Budd, sailor (an inside narrative) est d’abord un court roman d’Herman Melville, publié en 1924, après la mort de l’auteur de Moby Dick. Inspiré par sa propre expérience de marin, le récit met en scène un jeune matelot d’une beauté frappante, enrôlé de force sur un vaisseau de guerre après avoir été marin sur un navire marchand,  The Rights of Man (Les Droits de l’homme).

Billy Budd est le symbole du « bien » dans la problématique melvillienne, auquel est naturellement associée la perfection physique et morale, tandis que le capitaine d’armes, Claggart, profondément perturbé par l’ascendant du jeune Billy sur le reste de l’équipage, représente le « mal », celui qui, par une dénonciation calomnieuse, va le perdre. Et se perdre puisque Billy Budd sur le coup de l’émotion créée par les accusations mensongères, se met à bégayer ne parvenant pas à s’expliquer pour finir par tuer la figure du Mal d’un coup de poing.

Figure christique par excellence, Billy Budd accepte son sort de condamné à mort et bénit même le capitaine Vere, qui n’a fait que son devoir en prononçant la sentence. La bonté infinie du jeune marin évite une mutinerie en calmant l’équipage alors que la révolte de ceux « d’en bas » est sans cesse redoutée par ceux « d’en haut ».

Benjamin Britten s’inspire très directement de ce récit « intime » de Melville pour en faire un opéra sur un livret en anglais de d’E. M. Forster et d’Eric Crozier. Forster dispense justement un cours à Cambridge sur l’œuvre de Melville.

L’action se passe à bord de l’Indomptable pendant la guerre entre le Royaume-Uni et la France révolutionnaire de l’été 1797. Le navire de guerre s’achemine seul, au large des côtes françaises, pour rejoindre la flotte de la Méditerranée.

Il existe deux versions du Billy Budd de Britten : la première créée en 1951 comporte quatre actes tandis que celle de 1964, retravaillée par Britten, est plus réduite en deux actes, opérant un focus sur le personnage du Capitaine Vere, incarné alors par le ténor Peter Pears, compagnon et inspirateur du compositeur.

C’est cette dernière version que l’Opéra de Lyon a retenue. Elle comprend un prologue et un épilogue qui voient tous deux le capitaine Vere devenu « an old man » se remémorer cet épisode douloureux de sa propre histoire et s’interroger sur sa propre culpabilité quant à la décision prise d’envoyer Billy Budd à la mort.

Le roman de Melville ajoutait à cette prise de conscience commémorative, un aspect purement juridique où le capitaine Vere était saisi d’un doute quant au caractère juste de sa décision en droit strict. N’aurait-il pas dû attendre d’être à terre pour donner à Billy Budd la possibilité d’un procès « civil », loin des règles strictes de la Justice à bord d’un vaisseau (de guerre) ?

Britten n’a pas retenu cette dimension concentrant entièrement le questionnement métaphysique de l’œuvre dans la société totalitaire d’un bâtiment de guerre où les jugements expéditifs se résumaient le plus souvent à deux ou trois sortes de punitions, le fouet, les fers et la mort.

Pas de droits de la défense, pas de reconstitution, pas de versions contradictoires, un seul témoin – le capitaine Vere- qui se contentera d’énoncer les faits bruts sans chercher autrement que dans ses réflexions personnelles les raisons de l’acte de Billy Budd.

Les hypothèses de Richard Brunel

La production conçue par Richard Brunel part d’une hypothèse : et si le capitaine Vere, confronté à la justice dans ses vieux jours, imaginait une reconstitution des faits, les racontant à sa manière mais sans omettre le moindre détail.

La limpidité du livret facilite de toute évidence cette lecture qui peut correspondre à l’exercice douloureux de la mémoire que le capitaine Vere commence au prologue et conclut deux heures quarante plus tard, après un récit linéaire qui met aux prises les protagonistes d’un drame où le « bien » et le « mal » s’affrontent. Les deux personnages principaux en sont les symboles presque caricaturaux (volontairement très typés en tous cas) et le capitaine, une sorte d’arbitre qui ne parvient pas à prendre ses distances et à sauver le « bien ».

Claggart figure du mal est fasciné par la lumière insensée qui émane du « beau » et « bon » Billy Budd, fasciné au point de n’avoir plus d’autre objectif que de la détruire à tout prix comme le sacrifice nécessaire à la bonne marche du navire de guerre. « O beauté de l’âme, O charme, O bonté ! (…) après vous avoir vus quel choix me reste-t-il ? Aucun, je suis condamné à vous faire disparaître ».

Une esthétique picturale fonctionnelle

La vision de Richard Brunel est valorisée par la scénographie imaginée par Stephan Zimmerli. Les décors monumentaux sont particulièrement réussis, parvenant à nous emmener sur ce navire pourtant réduit à son squelette, sorte de grand meccano formé de modules qui se déplacent pour évoquer les différentes parties de l’Indomptable, y compris sa vigie à sept mètres de hauteur où Billy Budd grimpe dès qu’il est embauché par les officiers de bord. De cette vertigineuse hauteur, il apparait immédiatement comme charismatique et aérien à la fois, avec son « Billy Budd, King of the Birds » !

Les voiles carrées, les échelles pour monter à l’assaut des haubans, les drisses pour lever les voiles, et même la cabine du capitaine et ses quelques livres de navigation mais aussi de poésie et de philosophie, les hamacs où les marins s’endorment la nuit et tant d’autre détails importants, sont bien présents dans cette représentation esthétiquement belle où l’on voit, à l’horizon, la mer infinie quand la brume se dissipe.

Les éclairages de Laurent Castaingt rehaussent la beauté des images et accentuant le réalisme poétique des tableaux ainsi représentés sur scène. L’on voit le jour se lever, la nuit tomber, le mauvais temps s’abattre sur le navire, le soleil revenir comme on ressent le roulis, le ressac, la brise.

On peut juste regretter une transposition temporelle au milieu du vingtième siècle qui n’apporte rien et relativise le contexte historique largement présent dans l’œuvre de Britten, d’une histoire qui se passe en 1797 quand le Royaume Uni est en guerre contre la France révolutionnaire et que la hiérarchie du navire craint sans cesse que les idées des Droits de l’Homme de l’hexagone, ne donne des idées de révolte et donc de mutinerie aux marins exploités.

On aurait pu au travers des uniformes stylisés, rester dans le flou temporel mais cette histoire de haine du Français, symbolisé par une longue scène, est ancrée dans sa période, celle de la Révolution française (« ils ont tué leur roi et veulent tuer le nôtre »).

Et sans qu’on en comprenne la raison, Richard Brunel glisse à la toute fin de l’acte 2, un dénouement qui contredit le livret : c’est Squeak qui poignarde Billy avant que la sentence ne soit exécutée et les marins lèvent leurs armes vers le pont supérieur où se tiennent les officiers, en guise d’esquisse de rébellion.

Une direction musicale subtile

La direction musicale de la représentation est brillamment assurée par le jeune chef britannique Finnegan Downie Dear, habitué du répertoire lyrique du vingtième siècle et qui excelle à donner toute sa dimension à l’ensemble des belles pages orchestrales et vocales composées par Benjamin Britten pour ce que l’on peut considérer avec Peter Grimes, comme l’une de ses plus grandes œuvres.

Sa lecture orchestrale est contrastée donnant tous les aspects d’une partition variée qui valorise autant les différents pupitres et notamment les Interludes – sans rechercher d’effets trop spectaculaires- que les chœurs et les voix de solistes qu’il suit avec attention pour respecter sans cesse l’équilibre acoustique de la salle au milieu de ces décors volumineux.

Un plateau impressionnant de justesse

Le baryton américain Sean Michael Plumb, que l’on a souvent apprécié à l’Opéra de Munich dans divers rôles secondaires, est le jeune Billy Budd. Il donne à son personnage cette simplicité juvénile et lumineuse, qui ne disjoncte que lorsqu’il est confronté à une intense émotion. La voix sait se parer de mille couleurs reflétant cette insouciance et cette véritable joie de vivre et envie de servir son prochain qui caractérise le jeune marin.

Sa gestuelle est impressionnante, ses mouvements souvent acrobatiques et l’on admire son aisance sur scène malgré les difficiles manœuvres que lui demande le metteur en scène et qui ne lui posent manifestement aucun problème. Notons que son premier air chanté en hauteur permet une sorte de spatialisation acoustique donnant cette impression de « grand large » où l’air, le vent, la brume, l’eau sont autant d’éléments que les marins font affronter au cours de leur voyage. Et l’on ne tarira pas d’éloge concernant la douceur et la beauté de son air final « Farewell to this grand rough word (…) I’m strong, and I know it and I’ll stay strong and that’s all and that’s enough » (adieu à ce grand monde rude, je suis fort, je le sais et je resterai fort, et puis c’est tout et c’est assez).

En face le Claggart du puissant baryton wagnérien Derek Welton sonne comme un avertissement permanent du drame qui va (forcément) se nouer. Son timbre splendide couleur de bronze, capable de traduire de nombreux sentiments, se fait sombre, torturé, habité par la passion du mal absolu, celle de Satan. Le maître d’armes du vaisseau incarné par Welton, est irascible à souhait, cruel, intransigeant et … impressionné par Billy Budd qu’il doit détruire avec toute la passion qui l’habite.

Sa brillante prestation, comme récemment celle du Wanderer dans Siegfried à l’Opéra de Paris, est de celles qui marquent l’ensemble de la représentation.

Entre les deux le Capitaine Vere de Paul Appelby qui ouvre le bal par ses mélancoliques réfexions intérieures, témoigne de la grande maitrise vocale et scénique du ténor dont la belle voix se joue des inflexions complexes de la partition avec une aisance absolue, offrant lui aussi un très beau portrait des hésitations et des décisions fatales d’un homme prisonnier du respect de la règle et incapable d’aller à l’encontre pour suivre sa propre conviction. « For I could save him, O what I’ve done ? » (pourtant j’aurais pu le sauver, O qu’ai-je fait ?) dit-il en guise de conclusion.

 

Les ensembles de marins occupent une place centrale dans l’œuvre de Britten et les Chœurs de l’Opéra de Lyon – voix masculines uniquement- sont particulièrement sollicités. Leur prestation collective est admirable et donne une dimension sonore et artistique impressionnante de qualité à la représentation de ce Billy Budd.

Dès la première scène de l’acte 1, leur « O Heave, Heave away, O Heave » (Oh Hisse) scandé avec fièvre et détermination, évoque aussitôt le dur labeur des matelots.

Les rôles secondaire -tous masculins dans cette œuvre sans femme- sont tous bien distribués et se montrent efficaces tant vocalement que scéniquement, offrant une soirée exceptionnelle.

On retiendra tout d’abord les trois officiers, bien campés, par le baryton néerlandais dont l’autorité transparait au travers d’un timbre plutôt sombre, Alexander De Jong (Redburn), par la basse polonaise Rafał Pawnuk qui chante un Flint imposant et dont la voix se projette très bien, et par son compatriote Daniel Miroslaw, Iago remarqué à Strasbourg récemment,  que l’on retrouve avec plaisir en Lieutenant Ratcliff, l’un des juges de Billy Budd.

 

Red Whiskers, compagnon de Budd lui aussi enrôlé de force, est incarné par le ténor britannique Oliver Johnston qui compose un véritable personnage de cet artisan victime d’un cruel destin, tandis que Michael Marhold fait très bien ressortir la verve du personnage du matelot Donald.

On aime énormément le travail fait par Scott Wilde pour endosser le rôle du vieux loup de mer, Dansker, au grand cœur et à la solide morale, en lui donnant une voix volontairement vieillie et éraillée par les nombreuses chiques qui sont l’essentiel de son rêve de vieux marin.

Au ténor William Morgan, mozartien accompli, échoit le rôle important du novice qu’il réussit brillamment lui donnant tout à la fois cette grande présence scénique et cette agilité vocale d’un rôle assez compliqué. Quant au personnage peu sympathique de Squeak, le caporal d’armes, il est très bien incarné par la voix modulée et obsédante de Filipp Varik, soliste remarqué du Lyon Opera Studio.

Saluons également les prestations convaincantes de deux artistes issus des chœurs de l’Opéra de Lyon, Paolo Stupenengo et Antoine Saint-Espes sont respectivement le Maître d’équipage et le second Maître.

Billy Budd est une oeuvre exclusivement masculine qui parle de la violence des univers concentrationnaires, de l’arbitraire des jugements au sein des Armées, mais qui dégage aussi une poésie intense au travers du visage rédempteur de son jeune héros. Remercions l’ensemble des artistes d’avoir aussi bien rendu justice à ce trop rare opéra !

Opéra de Lyon, réservations ici

Visuels : ©Jean-Louis Fernandez