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11.03.2026 → 17.03.2026

Opéra-Comique : la création française de « Nuit sans aube » acclamée

par Helene Adam
12.03.2026

Sonorités mystérieuses et envoûtantes, forêts ensorcelées et êtres surnaturels se croisent dans le nouvel opéra de Matthias Pintscher, qui offre une très belle œuvre sur le plan musical avec sa « Nuit sans aube », créée hier dans sa version française à l’Opéra-Comique. L’orchestre de Radio France et les interprètes nous livrent une magnifique représentation très applaudie.

Splendide composition musicale

L’opéra a été créé dans sa version allemande, « Das kalte Herz »,  le 11 janvier 2026 au Staatsoper unter den Linden de Berlin. Elle a été commandée au compositeur par Daniel Barenboim en 2020, lequel assistait à la Première, non sans émotion comme on peut l’imaginer, d’autant plus que l’œuvre a été accueillie triomphalement par le public de Berlin.

D’entrée de jeu, une co-production était prévue par Louis Langrée, également commanditaire de l’œuvre, pour une création française de la « Nuit sans aube » le 11 mars à l’Opéra-Comique. La traduction française du texte allemand de Daniel Arkadij Gerzenberg,  a été assurée par Catherine Fourcassié. Le titre – différent pour les deux versions- s’inspire, là, des derniers mots de l’opéra.

Au départ, nous avons un conte de la Forêt Noire, intitulé « Das kalte Herz » (le cœur froid) de Wilhelm Hauff (1802–1827) qui écrivait ces histoires pour les enfants de d’un ministre du Wurtemberg, dont il est le précepteur.

Histoire manichéenne où le héros, charbonnier, va suivre un chemin initiatique pour retrouver le goût de vivre dans la forêt. Il rencontrera un géant maléfique et un bonhomme de verre bienveillant, deux créatures sylvestres qui lui proposeront de réaliser ses vœux, le rendant riche avant de le mener à la ruine, ou la possession d’un cœur de glace, pétrifié, sans amour et sans la moindre empathie pour le genre humain.

Comme Pintscher l’explique dans l’entretien accordé à Cult, une histoire originale a été inventée, partant de l’image de l’échange des cœurs et s’inspirant du conte de Hauff.

L’opéra de Matthias Pintscher s’éloigne en effet du conte pour transposer le récit onirique en réflexion sur les tourmentes intérieures du héros, poursuivis par les fantômes de sa fiancée, Clara, du personnage diabolique d’Azael et de sa mère. Le thème central sera celui de la manipulation d’un être humain que l’on peut amener à faire le contraire de ce qu’il désire. Peter se libère de son cœur, non par cupidité, mais pour se libérer de ses peurs intérieures, et cette transformation qui le rendra indifférent au monde extérieur n’intervient que lors des vingt dernières minutes. Ce destin semble inéluctable car il est né un dimanche, porte la marque de Caïn, et son cœur est réclamé par le dieu des rites funéraires.

L’opéra garde par la présence de Peter enfant lors du premier tableau, un clin d’œil à l’univers de l’enfance et de ses peurs.

Les références légendaires et mythologiques sont nombreuses et variées et dans cette forêt magique, on croise un dieu égyptien comme un signe du biblique Caïn tout en baignant dans l’atmosphère romantique allemande.

Les conséquences de ces diverses manipulations et croyances en des ordres surnaturels conduisent au désastre, qui se produit au dernier tableau d’un opéra composé de 12 scènes successives, souvent assez statiques mais saisissantes, entrecoupées d’interludes musicaux, intitulés « musique de la forêt » (Waldmusik) et particulièrement réussis sur le plan de la richesse instrumentale et des contrastes sonores créées par Pintscher. La musique est à la fois délicate et opulente.

C’est le pianiste et poète Daniel Arkadij Gerzenberg a écrit le livret. Dans ce texte poétique inédit, la forêt sert également de toile de fond sombre et envoûtante aux paysages émotionnels variés et aux processus singuliers de l’existence humaine. On regrettera cependant une impression persistante d’étirement en longueur d’une histoire un peu courte en thèmes et dialogues, souvent contrecarrée par la beauté et l’originalité de l’orchestration.

Mise en scène esthétisante réussie

Le metteur en scène américain James Darrah Black, qui œuvre dans l’opéra, le théâtre et le cinéma, et son équipe conçoivent des espaces scéniques mystérieux pour les ambiances sonores singulières de ce nouvel opéra. La forêt forme une toile de fond très romantique, enveloppée de brouillard, parfois violemment éclairée où se teintant de rouge sous l’impact des actions maléfiques d’Azael. La forêt elle-même semble s’animer à plusieurs reprises, scintillant et lâchant des sonorités sous forme de bruitages particulièrement percutants dans l’acoustique idéale de la salle Favart, enveloppant le spectateur dans cette atmosphère mystérieuse.

Au-dessus de cet espace en évolution permanente où se produisent les chanteurs, un long rideau formé d’une vingtaine de loups morts pendus par une patte, offre un sinistre contrepoint au romantisme de la forêt.

Les costumes de Molly Irelan, reflètent particulièrement bien la fonction de chacun des personnages et renvoient notre imaginaire à l’aspect « conte » de l’histoire avec bonheur.

Un orchestre en phase avec l’oeuvre

Pintscher dirige sa propre œuvre, et les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, notamment les percussionnistes, érigent des Himalaya sonores, sommets escarpés et brutaux, sans cesse tourmentés par des vents contraires, des tempêtes et bourrasques, parfois éclairées par un pâle soleil. C’est tout à fait saisissant et évoque tout à la fois le post-romantisme allemand et l’accompagnement musical d’un film d’épouvante dans un véritable ouragan de musique.

Et hier soir, tout s’harmonisait parfaitement, démontrant sous la direction du compositeur, une grande maitrise de l’orchestre, dans les ensembles comme dans les morceaux instrumentaux solos particulièrement émouvants.

L’orchestre accompagne les chanteurs voire dialogue avec eux, ce qui donne une impression très agréable d’unité musicale que souligne Pintscher en ces termes : « Il y a des moments dans la musique où les lignes vocales visent à devenir en partie orchestrales (instrumentales) et où l’orchestre semble « chanter » vocalement. ». Il a aimé, dit-il, devoir s’adapter successivement aux deux orchestres de Berlin puis de Paris, « c’est un tel plaisir d’explorer ensemble le texte musical et de s’adapter aux « besoins » de chaque identité. »

 

Très belles interprétations vocales

Les distributions, elles aussi, ne sont pas identiques, si on excepte le rôle magnifiquement tenu de la mère, dont l’interprète, la mezzo-soprano Katarina Bradić, ne fait qu’une bouchée savoureuse. Sa présence scénique et son timbre de contralto incarne avec justesse cette femme illuminée et dominée par ses croyances qui portera toute la culpabilité d’avoir créé un monstre en favorisant la métamorphose de son fils Peter et qui prononce d’ailleurs les derniers mots d’une fin ouverte « Une nuit sans aube ».

Les parties vocales ne sont pourtant pas aisées pour les interprètes, exigeant un ambitus considérable sur quelques mesures dans un cadre atonal et bousculé sans cesse par l’orchestre. On admire d’autant plus la qualité globale du chant et l’exceptionnelle prosodie française, si bien prononcée qu’elle rend presque superflus les surtitres.

Peter, dans la version allemande, était interprété par Samuel Hasselhorn, exceptionnellement doué pour le Lied allemand. C’est le baryton-basse américain Evan Hugues, timbre magnifique et belle prestance scénique, qui tient le rôle en français. Nous l’avions remarqué dans le très beau « Kaiser Requiem » à la Philharmonie de Paris. Il ne manque pas d’aisance dans le rôle principal et d’agilité vocale même si parfois, le chant apparait un peu monolithique et manquant de contrastes.

La soprano Marie-Adeline Henry campe un (une ?) Anubis impressionnante, solennelle et cruelle, dans ce rôle ambigu de celui, celle qui par son appel attire Peter dans la forêt où se refermera le piège, dieu des morts qui convoite le cœur du malheureux.

On aime énormément la Clara virevoltante à la partition de style belcantiste (rapportée à la musique contemporaine) de la magnifique Catherine Trottmann et l’Azaël d’Hélène Alexandridis, est maléfique à souhait.

L’enfant est interprété pour cette Première par le jeune Pablo Coupry Kamara, parfaitement à son aise dans ce rôle.

La salle Favart affichait presque complet, ce qui représente une belle réussite pour la Première d’un opéra jusque là inconnu. L’accueil a été chaleureux pour les artistes, le metteur en scène et surtout le compositeur, chef d’orchestre pour une soirée dérangeante et enivrante. Bravo à tous !

Opéra-Comique, du 11 mars au 17 mars, réservations ici

Visuels : ©S. Brion