Mélodie Braka : Alors, je commence toujours par cette question : c’est quoi votre nom de scène ?
Mara de Nudée : Mon nom de scène, c’est Mara de Nudée.
Mélodie Braka : Il est né comment ?
Mara de Nudée : Il est né en 2008, quand j’ai commencé à découvrir l’effeuillage burlesque, parce que je travaillais déjà comme actrice, mais avec mon nom civil. Pour l’effeuillage, je cherchais un nom de scène, et les personnes avec qui j’évoluais ont brainstormé avec moi.
J’ai toujours aimé Mara, mais Mara avec un t, comme Marat, le révolutionnaire. Petite, j’étais fascinée par Marat mort dans sa baignoire, tué par Charlotte Corday.
Mélodie Braka : Enfin, à Grévin ou à Orsay, le tableau ?
Mara de Nudée : Non, moi je me rappelle des figurines de cire au musée Grévin, vraiment gamine. Je me souviens de cette image, de ce mec mort dans sa baignoire, et je me disais : mais qui est Charlotte Corday ? Pourquoi elle l’a tué ? Je trouvais cette histoire incroyable.
Du coup, Mara, ça me restait en tête.
Et comme on cherchait une espèce de particule, Gentry de Paris, qui m’avait fait découvrir l’effeuillage, m’a dit : « Mara dénudée – Mara de Nudée ».
Et je me suis dit : ah, dénudée… desnuda. La Maja desnuda de Francisco de Goya, avec cette idée d’une femme habillée puis nue. Je trouvais ça trop cool.

Mélodie Braka : Donc vous avez un vrai fil artistique, finalement.
Mara de Nudée : Complètement. Quand je suis arrivée dans ce milieu, dans le cabaret, j’avais déjà fait une première formation de comédienne et j’entamais ma deuxième école de théâtre.
Et avant ça, j’avais fait de la danse depuis mes 5 ans.
Mélodie Braka : C’est quoi votre parcours, si on repart en arrière ?
Mara de Nudée : Patinage artistique à 4 ou 5 ans, danse classique, chant, chorale, théâtre à partir de 13 ans jusqu’à mes 22 ans, sans m’arrêter.
Mélodie Braka : Mais vos parents étaient artistes ou pas du tout ?
Mara de Nudée : Non, pas du tout. Mais ça me plaisait beaucoup. En revanche, je n’avais jamais compris qu’on pouvait en faire un métier.
Si bien que quand mon prof de danse m’a proposé de m’entraîner pour le concours de l’Opéra, alors que c’était le rêve de toutes les petites filles de mon école, j’ai dit non. Je ne comprenais pas que ça puisse être pour moi.
Personne dans ma famille n’est dans le milieu artistique. Je viens d’une famille d’infirmières, d’agriculteurs, mon père est ingénieur. Donc pour moi, ce n’était pas un métier.
Mélodie Braka : Et ça a été quoi, la bascule ?
Mara de Nudée : J’ai eu mon bac, je me suis inscrite à la fac, je ne savais pas quoi faire de ma vie. J’avais des facilités en langues, donc je me suis dit : qu’est-ce que je vais faire ? Une fac de langues ?
Mais je sentais que ça ne me plaisait pas vraiment.
Et j’ai une copine qui s’inscrit dans une école de théâtre. Là, je me suis dit : ah ouais, peut-être que je vais m’y mettre.
J’ai commencé par la fac de théâtre, puis je me suis rendue compte que je voulais jouer, pas devenir prof.
Ensuite, une autre copine s’est inscrite dans une école privée de théâtre, et ça m’a parlé. C’est comme ça que je me suis lancée.

Mélodie Braka : Et là où vous avez grandi, il y avait des cabarets ?
Mara de Nudée : Non, pas du tout. À Villiers-sur-Marne, dans le 94, il n’y avait pas de cabaret. Je connaissais le Paradis Latin, le Moulin Rouge et le Crazy Horse, que je regardais à la télé en fin d’année. Et ça me fascinait
Mélodie Braka : Et c’est quoi votre première rencontre concrète avec le cabaret ?
Mara de Nudée : Mise à part à la télévision, c’était grâce à cette performeuse américaine que j’ai rencontrée, Gentry de Paris. J’avais déjà fait quatre ans d’école de théâtre, je passais des castings, je travaillais déjà, et je comprenais bien qu’en tant qu’interprète on était souvent dans l’attente du désir des autres, d’être choisie.
En la rencontrant, j’ai compris qu’il y avait moyen de créer des mini-spectacles de cinq minutes, d’avoir mes propres numéros, d’être soliste, puis d’être appelée pour ça, et ça me disait bien.
Mélodie Braka : Et c’est comme ça que vous rencontrez tout un milieu à Paris ?
Mara de Nudée : Oui. Gentry proposait des cours, et c’est là que j’ai fait la connaissance de beaucoup de figures du milieu vintage parisien. Avec des amis, on s’est retrouvés dans ces cours-là et on a commencé à monter les premiers shows burlesques rétro.
Il y avait déjà des performeuses comme Miss Glitter Painkiller, Valentina Del Pearls et, de notre côté, dans un versant très rétro, on s’est retrouvées avec Lady Flo et Lada Red Star.
Ça a formé un petit noyau de performers.
Mélodie Braka : C’est là que vous comprenez que cet art existe vraiment, et que vous vous l’appropriez ?
Mara de Nudée : Exactement ! Après ça, on a rencontré toutes les autres qui étaient dans le circuit.
Mélodie Braka : Donc ça a été très clé dans votre parcours !
Mara de Nudée : Oui, tout à fait. Très vite, au bout d’un an, Gentry a monté un spectacle au Casino de Paris avec Dita Von Teese.
J’ai alors été l’assistante de Dita sur scène, où je jouais son petit Pierrot dans ses numéros.
Je ramassais ses vêtements pendant le numéro, et ça m’a beaucoup appris à observer comment elle travaillait.

Mélodie Braka : C’était comment justement votre rencontre avec Dita Von Teese ?
Mara de Nudée : Je venais d’avoir 24 ans. Et Dita Von Teese c’était quand même l’icône, la référence dans notre métier ! À l’époque, il y avait moins de performeuses qui travaillaient. La rencontrer, j’étais assez impressionnée !
Ce n’était pas la peur de la scène que j’avais, c’était vraiment l’envie de bien faire, de bien ramasser ses vêtements, de ne pas casser ses costumes.
Et finalement, en la connaissant en off, en backstage, la glace s’est brisée très vite.
J’ai bien compris aussi que c’était une industrie, et petit à petit on a toutes et tous participé au fait que ça se professionnalise, que les artistes indépendantes puissent être déclarées et rémunérées comme il faut.
Mélodie Braka : Vous faites beaucoup de burlesque dans votre art. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c’est, et quelle est votre pratique à vous ?
Mara de Nudée : Moi, je dirais que c’est l’art de se dévêtir. C’est un voyage vers la nudité qui est progressif et souvent théâtralisé.
Dans cette discipline, on peut faire de l’effeuillage, jouer, chanter, utiliser des compétences qui nous sont propres. Il y a un terrain de jeu, une liberté immense.
Et le regard est complètement female gaze. Il y a beaucoup de performeuses, mais aussi des performeurs burlesques.
On ne s’effeuille pas sur scène pour le regard, le public masculin, ce n’est pas le but.
Ce qui m’amusait, et ce qui m’amuse toujours, c’est la dimension théâtrale.
Mélodie Braka : Et ce jeu, c’est un des fils rouges de votre pratique ?
Mara de Nudée : C’est inévitable. Ayant fait du théâtre et interprété des personnages quasiment toute ma vie, l’approche ne peut être que théâtrale.
Quand je monte un numéro, je vais me demander quel personnage j’ai envie de jouer, vraiment comme une actrice.
Qu’est-ce qu’elle pense à ce moment-là ? Est-ce que c’est le genre de personne qui va se dévêtir de cette façon ?
Je monte mes numéros comme on étudie une scène de théâtre ou au cinéma.
Le climax, l’élément déclencheur, c’est quoi ? C’est comme ça que j’ai appris.
Mélodie Braka : Et vous les concevez toujours de la même façon ?
Mara de Nudée : Plus ou moins. Je vais être inspirée soit par une musique, soit par un personnage, soit par un film, soit par un accessoire.
Et je vais composer le numéro un peu de la même façon. Il faut un élément déclencheur.
Je ne vais jamais faire faire un costume sur un coup de tête et ensuite voir.
Il faut qu’il y ait quelque chose qui nourrisse le numéro avant, parce que quand c’est notre métier, c’est tellement d’investissement qu’il faut bien réfléchir.

Mélodie Braka : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre rapport au costume, qui est central dans le burlesque ?
Mara de Nudée : Bien sûr qu’il est central, même si on peut faire un numéro avec trois fois rien.
Mélodie Braka : Même le trois fois rien a une importance clé.
Mara de Nudée : Exactement, parce que c’est ça qui est intéressant ! Quand on va voir un spectacle burlesque, on sait très bien qu’il va y avoir de la nudité à la fin.
Mais ce qui compte, c’est comment on va y arriver, comment cette artiste va montrer son rapport à la sensualité, presque son âme.
Cocteau dit que : “le strip-tease, c’est l’effeuillage de l’âme”, et c’est un peu ça. C’est très spécifique à chacun.
Si ce n’est pas un costume que je vais bricoler moi-même, je vais demander à un costumier ou à plusieurs personnes de travailler sur le même costume en leur donnant tout mon cahier des charges.
J’ai besoin de tant d’accessoires, ou il faudrait idéalement que ça s’enlève comme ça.
Et s’ils ont une meilleure idée, ils me la disent, parce que ça peut jouer sur le numéro.
J’aime travailler avec des artisans qui ont envie de développer des concepts.
Il y a un vrai travail de recherche, sur la matière, sur les tricks de costume, pour que ce soit étonnant à voir pour le public.
Mélodie Braka : Et ça me donne envie de vous poser la question : c’était quoi, votre premier costume ?
Mara de Nudée : Quand j’ai commencé à 23 ans, mon premier numéro, je l’ai fait sur Elisa de Serge Gainsbourg. J’étais en trench, un peu parisienne, avec des lunettes en cœur.
À l’époque, j’étais très jeune, assez filiforme, un peu ingénue.
Et face à Lada Red Star, qui incarnait dans notre groupe l’image de l’effeuillage burlesque, une femme voluptueuse et sensuelle, j’ai vite été associée à ce rôle d’ingénue au début.
J’en avais aussi un autre avec une mariée qui se déshabille avant d’arriver à l’hôtel.
Mais il m’a fallu un peu de temps pour sortir de cette image et comprendre comment construire un acte.
Ensuite, j’ai retiré ces numéros pour aller vers quelque chose qui me correspondait davantage : des personnages plus androgynes.
C’est comme ça qu’est né le numéro Marlène, que j’ai créé en 2011, avec cette envie de travailler des figures plus mystérieuses, entre féminin et masculin.
Ça prend du temps de trouver son personnage.

Mélodie Braka : Et parmi tous ces numéros, est-ce qu’il y en a certains qui sont plus chers à votre cœur ?
Mara de Nudée : Inévitablement, « Oh Marlène! » et « Le Coucher de Mara ». Ces deux-là sont mes numéros signature !
« Oh Marlène! », c’est un numéro qui s’est fait tout de suite. J’ai trouvé la chanson tout de suite, le costume, tout a été évident dans la création.
Alors qu’il y en a d’autres où on a l’impression d’avoir trouvé un concept génial, ça met plusieurs années à se développer, et sur scène, on ne sait pas pourquoi, ce n’est pas l’évidence.
J’en ai plusieurs que j’adore faire, évidemment.
« Mata Hari », j’aime beaucoup le jouer aussi. Le numéro avec l’autruche aussi, bien que celui-là soit encore assez récent, donc il est encore jeune.
J’ai un numéro inspiré de Loïe Fuller, une danse serpentine, ça aussi c’est très chouette à faire.
Mais c’est vrai que Marlène, c’est un numéro dont je ne me lasse pas.
Ça va bientôt faire quinze ans que je le joue. Je ne m’ennuie pas.
Quand on est connectée au présent, avec le public, même si les pas sont sensiblement les mêmes dans la chorégraphie, on connaît tellement son numéro qu’on a une grande liberté.
Moi, en tout cas, je fonctionne comme ça.
Je sais que ma collègue Mamzelle Viviane travaille comme moi. On adore répéter, répéter, répéter. C’est comme ça qu’on trouve la liberté.
Donc je n’ai aucun problème à refaire des numéros que je fais depuis dix ou quinze ans.

Mélodie Braka : Mara, est-ce qu’on peut revenir sur la genèse de votre numéro iconique, « Le Coucher de Mara » ?
Mara de Nudée : Oui avec plaisir ! C’est un numéro que j’ai eu envie de créer en 2015, en clin d’œil au Coucher d’Yvette.
On considère souvent ce numéro comme le premier effeuillage réalisé sur une scène de théâtre, en 1894, dans l’ancien Divan du Monde, qui s’appelait alors le Concert Lisbonne.
C’était une pantomime érotique interprétée par Blanche Cavelli.
Elle retirait ses jupons en attendant le retour de son mari, dans un jeu très marqué par le male gaze de l’époque : on se déshabille parce qu’on s’ennuie, parce qu’une puce nous gratte…
Là, elle s’ennuie devant le portrait de son mari et enlève peu à peu tous ses jupons.
D’après les archives que j’ai trouvées, ces numéros pouvaient durer jusqu’à trente minutes.
Le rapport au spectacle était différent : on pouvait rester concentré très longtemps pour voir apparaître un petit bout de peau. (elle rit)
Le principe était simple : elle retirait ses vêtements de jour pour passer en pyjama et se coucher.
Et ça a eu énormément de succès.
Le concept a ensuite été décliné partout : le coucher de la mariée, le coucher de la Parisienne…
L’effeuillage devenait une véritable mode sur scène.
À l’origine, ces performances existaient surtout dans des salons privés.
Mata Hari, par exemple, se produisait d’abord dans les salons parisiens avant de fouler les scènes les plus prestigieuses d’Europe.
Ce numéro est pour moi une manière de rendre hommage à cette tradition très parisienne de la pantomime érotique.
De façon générale, mes numéros sont toujours nourris par l’histoire des danseuses nues.
Mon numéro Mata Hari, par exemple, fait écho à la fois à Mata Hari et aux pantomimes érotiques de Colette dans Rêve d’Égypte.
Mes danses d’éventails s’inspirent aussi des performances burlesques américaines des années 20-30, notamment celles de Sally Rand.
J’aime beaucoup reprendre ces références et me les approprier.
Il y a aussi des clins d’œil à Loïe Fuller, cette danseuse de la Belle Époque qui a révolutionné la danse serpentine en travaillant autant la matière des costumes que la lumière.
Ce sont toutes ces figures qui m’inspirent : les grandes artistes de la danse, du music-hall ou du cinéma, de Loïe Fuller à Marlène Dietrich, Greta Garbo ou Mistinguett.
Ce sont des tempéraments fascinants, et c’est aussi de là que vient mon envie de transmission.

Mélodie Braka : C’est le numéro qui marque dans tous les sens du terme. Qu’est-ce qui vous relie aussi intimement à cet héritage-là ?
Mara de Nudée : Je suis venue à l’effeuillage burlesque par le milieu rétro. C’est ça qui me plaisait.
J’ai une passion pour la première partie du XXe siècle.
Que ce soit la mode, les destins de femmes, certaines icônes du cinéma, l’âge d’or d’Hollywood, ce sont des références qui me plaisent.
Mais c’est aussi ma nature.
J’ai fait tellement de danse classique que j’ai une démarche élégante, je ne peux pas l’enlever, c’est comme ça que je suis, et ça matche bien avec ce genre de performance, avec l’entertainment rétro.
J’ai regardé ce que j’avais comme atouts, et je me suis dit que c’était ce qui me correspondait le mieux.
Bien que j’aie de bonnes qualités en danse, j’adore, mais ce n’est pas là où j’excelle.
C’est comme quand on trouve son timbre et sa voix en chant.
Là où c’est lumineux, c’est cette tonalité-là.
Autant aller là où on va pouvoir exploiter ses capacités au mieux.
Et c’est vrai aussi quand on développe un numéro, il faut faire avec la personne qu’on est.
Mélodie Braka : Est-ce que vous diriez que votre pratique est solitaire ou collective ?
Mara de Nudée : Étant soliste, il y a un temps de recherche qui se fait seule. Après, c’est très collectif une fois qu’on est en spectacle et en tournée.
Il y a quelque chose d’assez solitaire aussi quand on part travailler, qu’on est loin de sa famille pour les fêtes, ou qu’on travaille toujours le soir alors que nos amis sont libres le week-end.
Donc, pour plein de raisons, c’est solitaire, et en même temps c’est merveilleusement collectif de rencontrer d’autres artistes et de faire famille avec eux.

Mélodie Braka : Justement, comment avez-vous imaginé ce spectacle, et de quoi s’agit-il ?
Mara de Nudée : Ce spectacle, La Scandaleuse, est né d’un désir de rendre hommage aux femmes qu’on dit scandaleuses, à celles qui sortent de la norme, dans un spectacle divertissant de cabaret qui mélange chansons, scènes de jeu et effeuillage burlesque.
Je voulais mettre en valeur des collègues, des amies avec qui j’avais envie de travailler.
Leurs numéros étaient un prétexte pour parler de ces femmes que j’admire et raconter d’autres trajectoires de vies de femmes.
J’avais déjà fait un premier essai en 2016, avec une soirée que j’avais appelée La Scandaleuse.
Et c’est en travaillant aux Belles Poules depuis 2017-2018 que l’idée a vraiment mûri.
À un moment, je me suis dit : j’ai quand même envie de monter mon propre spectacle, de montrer mon regard.
C’était le bon moment, je cherchais à me challenger à ça, et je ne le regrette pas.
Aux Belles Poules, il faut savoir que c’est le dernier décor de maison close de Paris qui existe encore dans son décor original des années 20 et 30.
C’est hyper précieux.
Mélodie Braka : C’est quand même incroyable, connaissant votre histoire et votre amour pour cette période, que vous soyez tombée sur cette salle !
Mara de Nudée : Ça, c’était vraiment le destin ! En 2017-2018, quand on s’est rencontrées avec Caroline Senot, la propriétaire des Belles Poules, et mon duo Les Sœurs Papilles, c’était fait pour se passer.
Je trouvais assez incroyable de faire un spectacle ici qui parle des femmes, dans un lieu qui, par le passé, les exploitait, même si elles y travaillaient de leur propre chef.
Encore une fois, leur corps, leur choix. Même si ce n’était pas si simple d’en sortir.
Je trouvais ça génial de faire un spectacle sur les femmes qu’on dit scandaleuses, les effrontées, les femmes qui ont envie de se révolter, de sortir des cases dans lesquelles on veut les mettre, dans ce lieu-là.
Ça faisait écho, et c’était pertinent pour moi.
Et puis je connaissais extrêmement bien le lieu, je savais que ça allait faire un bon mélange.

Mélodie Braka : Quel est votre rapport à la scène ? Comment vous appréhendez ?
Mara de Nudée : J’essaie de voir ça comme une opportunité de dire ce que j’ai envie de dire dans les spectacles que je monte. En tout cas, c’est le cas pour La Scandaleuse.
Pour ce qui est des performances solo ou en duo en effeuillage burlesque, il y a plus une envie de faire rêver, de faire un petit voyage hors du temps.
Dans les spectacles plus écrits que je monte, dans le choix des chansons aussi, rien n’est laissé au hasard.
Tout est là pour une bonne raison.
Même si on improvise autour, il y a quand même des phrases clés.
Mélodie Braka : Et il y a aussi chez vous un rapport très direct au public.
Mara de Nudée : Oui, ça, je l’avais remarqué dans toutes les années d’expérience que j’ai eues auparavant. En tant que comédienne, j’aimais beaucoup briser le quatrième mur, aller chercher le public, revenir ensuite, être toujours sur le fil, avec un pied dans la partition et un pied dans l’impro.
C’est vraiment de la dentelle, c’est très précis, c’est faussement simple.
Ce n’est pas que des paillettes et du glamour.
C’est plus recherché que ça, et c’est ça qui me plaît.
C’est ce que j’ai eu envie de faire dans La Scandaleuse.
Mélodie Braka : Est-ce que vous avez la sensation de revendiquer quelque chose à travers vos numéros ?
Mara de Nudée : Déjà, le fait d’être sur scène, de se dévêtir, et que nos corps soient sujets d’une pratique artistique et fiers, c’est politique, sans avoir besoin de débattre. On vient nous voir, ça plaît ou ça ne plaît pas, mais déjà être là, c’est exister.
C’est en soi un acte féministe.
Se montrer telle qu’on est sur scène, c’est mon choix.
Mélodie Braka : Il y a quand même, dans ce que vous faites, une forme de réappropriation du corps de la femme.
Mara de Nudée : Exactement. Et ce qui est chouette aussi dans les shows burlesques, c’est qu’il y a un éventail d’artistes avec des corps différents, des sensualités différentes, des âges différents.
C’est bien de les montrer aussi pour que ça puisse résonner chez le public.
Peut-être aussi parce qu’ils ne répondent pas à une seule norme.
Bien que les revues traditionnelles du Moulin ou du Crazy soient très chouettes et me plaisent beaucoup, nous, on fait les choses différemment.
On montre un éventail plus large, et c’est précieux.
Retrouvez Mara de Nudée sur scène
Prochaines représentations de La Scandaleuse
27 mars 2026
11 avril 2026
29 mai 2026
19 juin 2026
Lieu
Aux Belles Poules
32 rue Blondel, 75002 Paris
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Mara de Nudée
La Scandaleuse
Propos recueillis : Mélodie Braka
Photographies : Marina Viguier