Dans Le Plaisir, la Peur et le Triomphe, Joaquim Fossi imagine ce que des individus du futur découvriraient en fouillant Internet dans 5 000 ans. À voir au Théâtre de la Bastille jusqu’au 30 janvier.
Porter un autre regard sur notre ère, Joaquim Fossi nous y incite avec sa première création solo : Le Plaisir, la Peur et le Triomphe. En ce lundi de janvier, il est 20h quand nous prenons place dans la salle du Théâtre de la Bastille. Sur scène, un ordinateur et une toile blanche. Puis, le comédien et metteur en scène prend place, et endosse un rôle de conférencier. Mais le public lui aussi a son rôle, celui d’une assemblée, à qui Fossi raconte notre monde vu d’un futur (très) lointain : « On est en 7506 » aime-t-il préciser avec humour aux retardataires qui s’installent en silence. Membre d’un labo du futur, il a exploré avec son équipe d’archéologues les vestiges d’internet. Et à partir d’eux, il tente de disséquer le fonctionnement des humains : leurs plaisirs, leurs craintes, leurs bizarreries aussi.
Au départ, on s’amuse de la suranalyse du smiley sourire « : ) ». Puis on se prête au jeu, et l’on voit défiler des profils Facebook, un film porno, des photos de coucher de soleil… et même les Sim’s. S’enchaînent comme cela des reliques du passé sur Terre, puis, petit à petit émerge un sujet central : celui de l’Image. Fossi invite en réalité le spectateur à s’interroger sur la manière dont cet amas d’images envahit notre vie, agit sur notre raisonnement et ce qu’il raconte de notre société. Aujourd’hui, les images se multiplient de manière exponentielle à chaque seconde, dans un entretien, il explique : « On connaît désormais le monde par les images plus que par nos yeux ». Alors à sa sauce, il interprète tout ce qui fait notre société, analysant aussi des œuvres d’art dont L’Arche de Noé de Jacopo Bassano. Il pousse l’interprétation à l’extrême, employant des mots sophistiqués pour des situations qui paraissent simples à nos yeux. Cela laisse place à l’interrogation : peut-être, nous les humains, en faisons-nous parfois autant ?
En tout cas le résultat est sans appel, le public est conquis : des rires éclatent dans la salle entière. Et c’est logique tant l’ensemble est agréable et délicieusement absurde. Fossi maîtrise son jeu à la perfection : humour, ton, tempo. Tout est exquis, jusque dans sa communication avec le public, dans ses invectives comme dans ses regards. Il invite à l’autodérision, et on s’y abandonne volontiers, tant il est comique de se moquer de nos propres travers. Certes on rit, mais la force du spectacle tient à son message de fond, rappelé à la fin avec impact et justesse.
Visuel : © Simon Gosselin
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