Boost fait résonner la culture hip-hop en Seine-Saint-Denis jusqu’au 11 avril et, sous l’impulsion de sa directrice, Frédérique Latu, le festival s’associe à Est Ensemble, un réseau regroupant les cinémas des villes partenaires, pour proposer une programmation hybride où la danse se regarde aussi bien sur scène que sur grand écran.
Hier soir, le festival nous a plongés dans l’univers de Pascal Tessaud avec la projection de son film Dans la peau. Le réalisateur nous entraîne dans les quartiers nord de Marseille, là où les baronnies de la drogue et les jeux politiques s’entremêlent dans un climat glaçant. Au cœur de ce récit, on découvre le personnage de Kaleem, interprété par le talentueux danseur de krump Wolf (Wilfried Blé). Sortant de prison, il tente de changer de vie pour se consacrer à cette danse de rue, née à Los Angeles à la fin des années 90. Elle se caractérise par une allure violente, symbolique et saccadée qui sert d’exutoire pour transcender la brutalité du quotidien. Le film sublime cette esthétique à travers des lieux marqués par une gestion politique délétère de la ville depuis des décennies : la piscine de Luminy, immense complexe en plein air avec vue sur mer, fermée depuis des années, devient un terrain de répétition autant que de règlements de comptes, tandis que les immeubles en ruine et les jardins d’enfants désaffectés racontent une misère sociale où les projets sont enterrés vivants, rythmés par les règlements de comptes.
Porté par une très belle histoire d’amour avec la comédienne Almaz Papatakis, le film offre (et c’est là son véritable apport) une plongée dans l’esthétique du krump, au plus près des corps et des épaules.
La soirée s’est prolongée avec la compagnie fondée par Wolf, Struckture, qui a présenté des extraits de spectacles portés par un quatuor de danseurs et une danseuse. Elle et eux se lancent dans des gestes organiques, viscéraux. Ils et elle s’amusent des codes de l’agressivité. Les mimiques faciales accompagnent chaque geste, créant des moments de poésie pure, comme lorsque les interprètes miment l’acte d’arracher leur propre cœur pour le transmettre à l’autre. Le « bord de scène » qui a suivi a permis un échange passionnant, prouvant l’immense curiosité du public pour cette discipline qui, comme l’a rappelé Wolf, est « la dernière née dans le paysage chorégraphique ». Elle est en effet en cours d’institutionnalisation, et des pionnières comme Nach ont ouvert la voie vers une acceptation académique de cette danse.
Le festival se poursuit jusqu’au 11 avril avec une programmation riche et accessible à tous les publics. Côté cinéma, vous pourrez découvrir le film Lil’ Buck: Real Swan, consacré à la street dance de Memphis, le 8 avril à 18 h au ciné Malraux de Bondy. Le 10 avril, le cinéma Le Hoche à Bagnolet projettera Krump, Get Off de Romain Cieutat. Pour la clôture au Méliès de Montreuil, le festival mettra à l’honneur les films The Message de Inès Saki et Sékan Shemy, suivi de StreetDance 3D de Max Giwa et Dania Pasquini. Mais le Festival Boost, ce sont aussi et surtout des spectacles vivants qui mettent en lumière la diversité des danses urbaines, du popping au voguing en passant par le hip-hop. Pour les derniers jours, vous pourrez voir : le 8 avril à Bagnolet, Sonance de Germain Zambi et Anaïs Mauri dialogue avec JARDIIN de Théophile Bensusan, dans une rencontre entre krump et création contemporaine. Le 9 avril, deux propositions se déploient en parallèle : Totêm(s) de Carmel Loanga à Montreuil et Du sol au ciel de Sonia Chetioui au Pré-Saint-Gervais, explorant des écritures chorégraphiques sensibles et engagées. Le 10 avril à Noisy-le-Sec, Witch Hunting d’Anne Nguyen propose une pièce puissante autour des dynamiques de groupe et de résistance. Enfin, le 11 avril à Romainville, Haute-Couture de Josépha Madoki vient clore le festival avec une performance marquée par l’esthétique waacking.