Radio France a commandé à la compositrice Marie-Jeanne Serero et à l’auteur Pierre Senges une création musicale à partir du conte de Perrault, Le Petit chaperon rouge. Cult.news était à la création, vendredi 3 avril dans le mythique studio 104 d’une version du conte qui pourrait bien devenir un classique.
Une séance pour les scolaires a eu lieu le matin et à 20h30 la veille de ce week-end de Pâques, les enfants sont néanmoins bien présents pour cette création d’un conte qui continue de nous fasciner : Le Petit Chaperon rouge. L’orchestre Philharmonique de Radio France prend place, avec ce soir à la baguette, la cheffe d’orchestre Lucie Leguay élégante avec un zeste de rock’n’roll attitude : des talons violet métallisés.
Rock, jazz et un peu zazoue, cette revisite du Petit Chaperon rouge l’est. Fidèle au texte, Pierre Senges, joue avec les temps et les filiations : la grand-mère n’est plus cette vieille dame malade, mais cette cuisinière fantasque, complice et chipoteuse avec la maman rigide et coincée au travail. On comprend bien que la petite fille ait envie de traverser la forêt pour goûter ses crêpes. Le loup, lui, persévère dans son être : il a faim. Plusieurs personnages s’ajoutent, dont un pivert qui livre à propos les nouvelles dans cet auditorium de Radio France. Enfin, les archaïsmes et invraisemblances du conte sont soulignés et dépassés, avec beaucoup d’humour. Ainsi du nom même de l’héroïne qui fait un peu dinde, mais aussi de la tirade emblématique « Tire la chevillette, la bobinette cherra ». Quant à l’idée que le loup puisse dévorer la grand-mère toute crue : que nenni, il lui mange l’orteil ! On ne vous en dira pas plus : mais l’intérêt et la vénalité de notre phase du capitalisme font également irruption de manière très surprenante dans l’univers du conte.
La force de cette version du conte tient non seulement dans l’atmosphère que crée la musique de Marie-Jeanne Serero mais aussi de la manière dont se répondent les instruments et les voix qui content. Alors que le timbre et le phrasé uniques de Lyn Thibault donnent au Chaperon sa mollesse naïve, quand Maxence Tual en loup crie famine ou quand Yuming Hey dit le texte du Pivert, c’est tout un univers qui nous est ouvert et qui revient, comme une empreinte. Parfaitement spatialisées, renforcées par des bruitages qui nous entourent à 360 degrés et, sur place, un soigneux travail de lumière, ces voix gravent les paroles du conte en nous. Si bien que le résultat est un conte prenant qu’on a l’impression d’entendre pour la première fois. Alors qu’une version « augmentée » de Pierre et le loup est prévue pour ce jeudi 9 avril à l’auditorium de radio France, on pense à Gérard Philippe dans l’enregistrement de la version de Prokofiev. Le Petit Chaperon rouge, cuvée 2026, pourrait bien faire date et les voix de ses interprètes – et notamment de Yuming Hey en pivert – rester pour plusieurs générations dans nos enceintes.
Présenté en date unique le 3 avril au Studio 104
Visuel : ©YH