Pour sa 52ème édition, le Festival du Cinéma Américain de Deauville a décerné le Grand Prix à Club Kid de Jordan Firstman. La cérémonie du palmarès s’est tenue ce samedi 12 septembre au Centre International de Deauville, avec un Jury présidé par Roschdy Zem.
Nuits new-yorkaises, producteur de Sean Baker, références à Massive Attack, clin d’œil à Adam Sandler… Jordan Firstman a réuni tous les ingrédients pour concocter le film de l’année. Le jeune réalisateur n’en est qu’à son premier long-métrage, mais il maitrise déjà les codes du cinéma comme un chef. En passant par Cannes, Londres (BFI) ou encore Toronto (TIFF), Club Kid enchaîne les festivals du septième art sans jamais passer inaperçu.
Quoi de mieux que découvrir son enfant caché pour se remettre d’une cuite ? C’est par cette super nouvelle que Peter Green (Jordan Firstman) a commencé son lendemain de soirée. Comme si digérer les litres de vodka ingurgités la veille n’était pas déjà assez éprouvant. Trentenaire new-yorkais, Peter est promoteur de soirées underground. Depuis 10 ans, il arpente les clubs de la ville qui ne dort jamais, lui faisant justice par son mode de vie rythmé d’insouciance.
Après une énième nuit bravant tous les interdits, Peter accueille, par surprise, Arlo (Reggie Absolom), son fils d’une dizaine d’années. À lui maintenant de s’occuper de cet enfant dont il n’avait pas connaissance. Si la personne lambda en serait abasourdie, imaginez la réaction de cet homme gay. À la Adam Sandler dans Big Daddy (1999), le jeune père s’efforce de remettre sa vie en ordre tout en naviguant dans l’inconnu, rude et attendrissant, de la parentalité.
Difficile de ne pas tomber dans le pathos très cliché de la monoparentalité. Et pourtant, Jordan Firstman a relevé le défi à merveille. Le jeune cinéaste a construit sa notoriété sur petit et grand écran, avec des vidéos humoristiques sur les réseaux et des rôles jamais trop éloignés de lui-même. L’année dernière, l’humoriste s’est fait remarquer dans I Love L.A., mini-série signée Rachel Sennott, où il interprète Charlie Cohen, styliste de stars haut en couleurs.
Jusque-là, Jordan Firstman rimait avec humour. Et bien qu’il reste fidèle à sa personnalité dans Club Kid, l’acteur a aussi levé le voile sur sa vulnérabilité. Touchant dans son rôle de père, hilarant dans sa maladresse d’adulte débutant, parlant dans ses dérives destructives… Jordan Firstman brille d’une authenticité brute.
Deux heures durant, Club Kid sert un cocktail chargé d’émotions, avec des personnages plus piquants les uns que les autres. Eldar Isgandarov (Nicky) pouvait se contenter d’une simple mimique pour décrocher un rire unanime du public, de même pour Kirby Howell-Baptiste (Edison) dont l’accent britannique pimentait chaque réplique.
Avec Club Kid, A24 enrichit une fois de plus son catalogue de chefs-d’œuvre (Uncut Gems, The Florida Project, Pi…). Leur bande-annonce ne capture pas l’essence du film, mais il faudra s’en contenter jusqu’à sa sortie en salles le 4 novembre.
Jordan Firstman porte bien son nom : il a suffi d’un seul film pour qu’on se morde déjà les lèvres en attendant son prochain projet.
Visuel : © AlloCiné