Dans le cadre du festival Immersion Danse, présenté à L’Étoile du Nord, la danseuse et chorégraphe Amélie Poulain et la beatboxeuse Julieta Leca proposent une performance hybride où la danse et le beatbox se répondent en temps réel. Le duo explore la frontière poreuse entre le corps organique et les rythmes artificiels, entre univers clubbing et références au numérique.
Depuis plusieurs années, le festival Immersion Danse est le terrain artistique où les compagnies disposent du temps et de l’espace nécessaires pour expérimenter, affiner leurs recherches et confronter leurs créations au public. Pensé comme un lieu de découverte, l’événement invite les spectateurs à se laisser traverser par des propositions chorégraphiques qui peuvent séduire autant que déstabiliser.
C’est dans cet esprit que s’inscrit la performance imaginée par Amélie Poulain et Julieta Leca, une pièce qui s’articule autour d’un dialogue constant entre deux disciplines rarement réunies sur scène : la danse et le beatbox.
La scène est très sombre et seules les deux interprètes nous apparaissent illuminées, elles se développent indépendamment mais petit à petit une relation entre elles se crée, presque comme un fil composé de son qui les rattache : les gestes d’Amélie Poulain semblent appeler les sons produits par Julieta Leca, tandis que les pulsations vocales de la beatboxeuse influencent à leur tour la dynamique du mouvement. Dans cette interaction chorégraphique, chaque pas, chaque rotation, chaque suspension paraît accompagné d’une vibration sonore précise, comme si le corps déclenchait la musique et que la musique, à son tour, faisait naître le mouvement.
Cette mécanique sensible repose sur une attention permanente entre les deux artistes : la danseuse module son énergie au rythme des percussions vocales, tandis que la beatboxeuse adapte son souffle, ses textures et ses accélérations aux impulsions corporelles qui se déploient devant elle. Le résultat donne l’impression d’assister à une partition improvisée, construite dans l’instant, où les deux langages artistiques se confondent progressivement.
Les rythmes électroniques produits par la voix de Julieta Leca sont à la fois troublants et impressionnants, ils évoquent par moments les ambiances du clubbing, les paysages sonores du gaming ou même des textures de bruits animaux Cette impression d’univers numérique artificiel est renforcée par les couleurs des lumières et des costumes qui sont très vives et ressortent particulièrement dans l’obscurité.
Pourtant, malgré ces références au virtuel, tout ramène constamment au corps avec la respiration des interprètes, la précision des gestes, les micro-réactions qui se jouent entre elles, qui rappellent que la pièce se construit dans une relation vivante en duo. La complicité entre les deux artistes se fabrique en temps réel, brouillant les repères traditionnels entre danse et musique pour proposer une expérience sensorielle complète.
Amélie Poulain est à l’origine de la chorégraphie qui structure l’ensemble de la pièce. Ses mouvements, à la fois amples et minutieusement dessinés, alternent entre des gestes expansifs qui traversent l’espace avec assurance et des détails plus précis, presque ciselés, où chaque rotation du poignet, chaque arrêt du regard semble répondre à une impulsion sonore.
La danseuse évolue sur scène vêtue d’un costume aux couleurs fluorescentes qui capte immédiatement l’attention et accentue la dimension visuelle de la performance. Cette esthétique n’est pas seulement décorative : elle accompagne la sensation que la danseuse navigue dans un espace qu’elle a elle-même conçu, comme si elle avançait dans les niveaux d’un jeu dont elle serait à la fois la créatrice et la joueuse. Ainsi les deux artistes, en seulement 25 minutes, nous plongent dans leur univers sonore et visuel sans aucun décor ajouté, mais avec des gestes qui résonnent.
Jusqu’au 16 avril, à l’Étoile du Nord
Vous pouvez retrouver l’ensemble de la programmation du festival ici.
Visuel :©himtivi