Pour sa troisième édition, le festival 100% magie s’étend de Tournai à Villeneuve d’Ascq !
À son arrivée à la tête de la Rose des vents, Audrey Ardiet a eu l’idée d’accueillir une discipline peu représentée dans les scènes nationales : la magie. Elle a pour cela fait appel au magicien Thierry Collet, désormais artiste associé du théâtre. Ensemble, iels ont eu l’idée de créer un festival spécifique, le festival 100% magie.
2026 voit ce festival souffler ses trois bougies, mais aussi inaugurer une première : le festival se déroule, pour partie, dans les murs mêmes du théâtre. En effet, les locaux de la Rose des vents ayant connu de longs travaux de plusieurs années, les deux éditions précédentes ont eu lieu dans des lieux partenaires. Pour partie seulement, car la scène nationale a noué depuis plusieurs années une complicité solide avec son homologue belge, la Maison de la culture de Tournai, complicité officialisée par la création d’une maison commune entre les deux structures. Quoi de plus naturel, dès lors, que de partager l’organisation de ce festival ? Ainsi la Soirée magique, point d’orgue du festival, a-t-elle eu lieu de l’autre côté de la frontière.
Il n’y eut pas une Soirée magique, mais deux, le 3 et le 4 avril. Un moment ouvert à toustes à partir de sept ans, qui voit se succéder des propositions courtes, créant un monde fantasque et absurde, aussi surprenant qu’attirant et où les objets semblent s’émanciper de la tutelle humaine.
Peut-être même certains s’émancipent-ils trop : c’est ce que paraît penser Arthur Chavaudret, qui tente de dicter à une plume douée d’autonomie son discours d’hôte de cérémonie. Celle-ci court sur la scène pour tracer ses lettres au son du piano de Peggy Buard. Mais la voici qui s’arrête, se fige et se rebiffe quand son maître lui demande de retourner à la ligne – et ne finit par s’exécuter que dans un geste et un son qui plongeront les plus ancien·nes d’entre nous dans le souvenir du cliquetis si particulier des machines à écrire lors des changements de paragraphe. Une plume rebelle, donc, qui subjugue et fait rire à la fois.
Rire aussi lors de l’inévitable tour de cartes du même magicien. Ayant, comme il se doit, fait monter sur scène des spectateur·rices, il voit régulièrement les cartes échapper à la sagacité que l’on peut attendre d’un prestidigitateur, avant que le pli tant attendu ne surgisse, comme par enchantement, lorsque l’on n’y croyait plus. Arthur Chavaudret fait montre dans ce tour d’un art consommé du tempo.
Après la révolte des plumes, voici la révolution des balles. Celles du jongleur Rémi Lavesnes sont elles aussi rétives à toute autorité. Il a beau tenter de les guider, elles ne se laissent pas faire, amenant le public à s’interroger sur la réalité de cette gravité théorisée par Newton. Quant à sa valisette, ses roues crissent de préférence quand elle est immobile ! En voilà des raisons de s’interroger sur ce qui relie véritablement une cause à son effet !
Du côté de la contorsionniste Florence Peyrard, la voici qui nargue elle aussi la pesanteur en planant au-dessus de la scène désormais plongée dans l’obscurité. Avec son costume, noir également, elle crée en un clin d’œil un univers fort différent de celui qui précédait, qui n’est pas sans rappeler celui des lutins et des fées.
Comment, enfin, ne pas évoquer Calista Sinclair ? La voilà qui prend le temps à rebours, en une étrange évolution. D’abord sous les traits et les frusques d’une vieille femme, elle devient jeune mère, jeune fille puis bébé, sans bouger d’un pouce de la scène. Ses costumes et son visage évoluent devant les yeux du public sans qu’il ne sache dire par quelle sorcellerie une telle modification est possible, alors même que la magicienne reste immobile et que nul·le ne s’approche d’elle pour la déguiser ou la maquiller. Un moment aussi poétique que magique, qui nous plonge aussitôt dans l’univers du conte pour enfants.
Festival 100% magie, créé par Audrey Ardiet et Thierry Collet. Jusqu’au 9 avril à la Rose des vents, scène nationale de Villeneuve d’Ascq.
Prochains rendez-vous du festival
Pauvres diables, de Félix Didou – cie L’Ombre, le 7 avril à 14h30, 19h et 20h30 au Prato (Lille).
FauxFaire FauxVoir, de Thierry Collet – cie Le Phalène, le 8 avril à 15h et 20h et le 9 avril à 19h à la Rose des vents.
Visuel : © Clement Debailleu