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Emma Dante, Molière, « Les femmes savantes » et La Comédie Française : le plaisir à l’état brut

par Thomas Cepitelli
16.01.2026

Au Théâtre du Rond-Point, la metteuse en scène italienne orchestre une partition littéralement  jubilatoire où le plaisir de dire Molière se conjugue à des corps bien vivants, un sens aigu du théâtre et une intelligence collective rare. Portée par une troupe en état de grâce, cette relecture fait du chef-d’œuvre de 1672 une fête populaire, politique et profondément contemporaine.

Emma Dante n’est jamais là où on l’attend. Venue de Palerme, magicienne de la rugosité des corps et de ses possibles, entre frontalité des émotions et vision du théâtre comme espace de lutte, elle a imposé depuis plus de vingt ans une signature immédiatement reconnaissable : des spectacles où le grotesque côtoie la tragédie, où le rire naît toujours d’une blessure ou d’une fragilité, où le plateau est un champ de forces plus qu’un simple lieu de représentation. Le théâtre comme un possible pour les déclassé.e.s, celles et ceux qui sont en marge, les délaissé.e.s.

S’attaquer aux Femmes Savantes pouvait sembler, de prime abord, un pas de côté dans son œuvre. D’autant plus que la Sicilienne ne s’attaque jamais aux textes du répertoire dramatique. Elle fait de sa lecture de cette comédie sur le langage, le pouvoir, la domination symbolique et la confiscation du savoir par quelques-uns une mise en scène qui restera dans les mémoires. Emma Dante lit Molière comme un auteur de la chair, du conflit, de la violence sociale dissimulée sous le vernis de l’esprit. Chez elle l’alexandrin est une arme, et le Français sait manier le fleuret.

Une rampe qui s’allume ou la naissance du théâtre

Dès le début, la mise en scène annonce la couleur. Avant même que les mots ne prennent toute la place, c’est le théâtre qui se montre. La salle est encore allumée, les chuchotements peinent à cesser. Martine, la servante, interprétée par Charlotte Van Bervesselès, entre en scène pour allumer – ou plutôt monter – une rampe de lumière. Geste simple, presque prosaïque, mais d’une puissance symbolique immédiate.

Cette rampe semble évoquer, la servante, à la fois lampe du théâtre – celle qui protège le lieu théâtral en restant allumée toute la nuit – et le métier invisible, manuel, modeste que fait le personnage.  Le jeu de mots est évident, presque enfantin, mais redoutablement efficace : Martine éclaire le monde qui va la mépriser. Elle met en lumière un espace où elle n’a, en théorie, pas droit de cité.

Cette méta-théâtralité inaugurale est une déclaration d’amour au théâtre tout comme ses gros sacs de tissus tombant des cintres comme par magie. Que contiennent-ils ? Des costumes et le texte de la pièce qui est lu comme s’il était découvert. Emma Dante rappelle que tout commence par un corps qui cherche, par une main qui allume, par une présence qui prépare le terrain par des regards au public, par la rencontre d’un être de papier et l’être de chair qui l’ interprètera. Et déjà, le rire affleure. L’émotion aussi.

Chez Dante les hommes surgissent de vieilles malles plus qu’ils n’entrent en scène, comme des pantins. Clitandre d’abord, incarné par l’exceptionnel Gaël Kamilindi. Il est une sorte de polichinelle (tout de jean vêtu, mais dans un costume très Renaissance). De la marionnette il a l’incapacité de tenir debout tout seul. Fragile, manipulable, du moins au début de la pièce. Car, si la pièce évoque une liberté de penser et de se marier ou non pour les femmes, la mise en scène de Dante montre aussi des hommes qui (s’)interrogent leur masculinité. Qui la performent, avec plus ou moins de réussite.  Tour à tour donc, les mâles sortent de malles, couverts de poussière, comme exhumés d’un autre temps, comme si le patriarcat lui-même avait été entreposé là, relégué dans des coffres longtemps fermés. Pas assez longtemps, sans doute.

Ce choix est d’une limpidité  dramaturgique remarquable. Les hommes sont littéralement poussiéreux, encombrés de leur propre héritage, tandis que les femmes occupent l’espace avec une autorité parfois délirante, parfois tyrannique, mais toujours active. La poussière devient matière dramaturgique : elle colle aux costumes, aux corps et rappelle que ces figures masculines, même dominantes, sont déjà en train de devenir des vestiges.

Un carnaval savant et coloré

Impossible de parler de ce spectacle sans évoquer les costumes, absolument géniaux de Vanessa Sannino, qui signe également la scénographie ne se contente pas d’habiller ses personnages : elle les expose. Les étoffes, les coupes, les couleurs racontent une histoire parallèle, une farce visuelle où l’excès devient langage. Tout est trop : les robes trop grandes, encombrantes, les perruques trop hautes. Les apparats ne peuvent qu’encombrer.

Philaminte, interprétée par Elsa Lepoivre, arbore des atours qui disent son autorité intellectuelle autant que sa déconnexion du réel. Sa silhouette impose une verticalité presque sacerdotale, tandis que Bélise, la sœur de Chrysale, jouée par Aymeline Alix, glisse vers un burlesque délicieusement inquiétant, une folie douce qu’elle soit en collant aux imprimés tigrés et en nuisette, ou dans une robe extravagante de plissés. Quant à Trissotin et Vadius, ils deviennent de véritables figures de carnaval érudit, savants grotesques engoncés dans leur propre verbiage.

Dire l’alexandrin, jouer le présent

L’un des tours de force de cette mise en scène réside dans la capacité exceptionnelle des interprètes à dire l’alexandrin tout en restant dans un jeu d’une sincérité absolue. Jamais le vers ne devient récitation, jamais la langue ne se fige dans une démonstration académique ou un savoir-faire éculé.

Éric Génovèse campe un Ariste d’une douceur ferme, frère de Chrysale, figure de raison. Laurent Stocker, en Chrysale, bon bourgeois dépassé par les événements, compose un personnage à la fois pathétique, irritant dans son discours sur les femmes, mais, au fond, aimant pour sa famille. Terriblement humain, en somme. Son corps parle autant que ses mots, et chaque hésitation devient un aveu (de faiblesse). On le redécouvre dans une verve comique où il est tout à fait irrésistible.

 

Stéphane Varupenne, en Trissotin, est tout simplement étourdissant. Bel esprit, manipulateur, imposteur sublime, il manie la langue comme une arme de séduction massive. Sa virtuosité verbale est contrebalancée par un jeu physique précis, presque animal. Sefa Yeboah, dans les rôles de Vadius et du Notaire, donnant à voir la bêtise savante sous ses formes les plus arrogantes est formidable. Jennifer Decker (Armande) impose une tension permanente, figure de radicalité intellectuelle qui dit la force de son émancipation, mais aussi ses contradictions. Elle est absolument parfaite dans les scènes où la mauvaise foi de son personnage se dévoile. Elle semble être née pour parler en alexandrins tant son jeu est naturel.

 

Édith Proust, en Henriette, est le cœur battant du spectacle. Sa simplicité, sa clarté, son refus de l’esbroufe donnent au personnage une force politique bouleversante. Elle ne refuse pas le savoir ; elle refuse qu’on l’utilise contre la vie. Elle émeut aux larmes quand elle se débat dans le public, face à l’agression de Trissotin. Car Dante, ne brosse pas les personnages pour les faire aimables, non. Elle en montre la violence. Et quand Henriette crie à la rescousse dans le public, on se sent bien penaud de ne pas aller lui prêter main-forte.

Le plaisir du jeu comme manifeste et comme acte politique

Ce qui frappe, du début à la fin, c’est le plaisir de jeu évident. Un plaisir communicatif, et, naturellement, contagieux. Les acteurs et actrices semblent prendre un bonheur réel à être ensemble, à se lancer les alexandrins comme des balles (de tennis ou de pistolet, on ne saurait dire parfois), à explorer les situations jusqu’à leurs limites. On ne peut que se réjouir de re-voir des interprètes que l’on aime tant et qui jouent beaucoup pour le Français. Mais surtout quel plaisir de voir sur scène pour la première fois Aymeline Alix. Elle est une Bélise tout simplement exceptionnelle. Et l’on se disait, en la voyant, qu’elle succède dans ce rôle à l’inoubliable et regrettée Catherine Samie. C’est dire notre enthousiasme.

 

Emma Dante orchestre ce plaisir sans jamais le brider. Le plateau est un espace de liberté contrôlée, où le désordre apparent masque une précision redoutable. Chaque déplacement, chaque silence, chaque éclat de rire est pensé, mais jamais figé. Ce plaisir n’est pas gratuit. Il devient un manifeste : le théâtre comme lieu de pensée joyeuse, comme espace où la critique passe par le corps, où la langue classique retrouve sa puissance subversive.

En refusant toute reconstitution sage, Emma Dante rappelle que Les Femmes Savantes n’est pas une comédie aimable sur des ridicules d’époque, mais une pièce profondément politique. Elle parle du pouvoir du langage, de la confiscation du savoir, de la violence symbolique exercée au nom de l’intelligence. La mise en scène ne juge pas ses personnages comme le montre la sublime image où tou.te.s les interprètes sont côte à côté comme dans un tableau. Elle les expose donc, et ce faisant, nous tend un miroir. Que fait-on de la culture ? Un outil d’émancipation ? De classisme ?

« Il faut cultiver son jardin » dira plus tard Voltaire. C’est ce que fait Philaminte dans une scène sublime. Pendant que son mari prétend qu’une femme ne doit savoir que coudre et cuisiner, elle fait remplir la scène de piles de livres. Quand ceux-ci s’ouvrent, des fleurs de cartons apparaissent, tout comme elles sortent des murs. Et elle les arrose. Il faut prendre soin du savoir, de la culture, des vers, semble nous dire la scène. C’est à la fois essentiel et fragile.

Une fête théâtrale nécessaire

Au Théâtre du Rond-Point, Les Femmes savantes selon Emma Dante est plus qu’un spectacle : c’est une fête théâtrale, une célébration du jeu, de la langue et du collectif. Une leçon de théâtre populaire au sens le plus noble, où l’exigence n’exclut jamais le plaisir. On en sort réjoui, secoué, ragaillardi. Et convaincu, une fois de plus, que Molière n’a jamais cessé de nous parler.

Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 1er mars.

 

Visuel © Christophe Raynaud de Lage