17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal    17.02.2026 : « Anne-Claire Legendre nommée Présidente de l’institut du monde arabe »    12.02.2026 : Décès du musicien Michel Portal
Agenda
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

Du vol au sol du breakdance, redécouvrir le Boléro ravélien avec Enso – Boléro de Mickaël Le Mer

par Beatrice Lapadat
18.02.2026

Présentée au Théâtre de Suresnes Jean Vilar les 7 et 8 février dans le cadre du Festival Suresnes Cités Danse, la nouvelle création du chorégraphe Mickaël Le Mer tisse des liens, sous l’égide de sa compagnie S’poart, entre le breakdance et la danse contemporaine. Faisant véhiculer des références aussi diverses que la philosophie bouddhiste et la musique classique contemporaine, la performance ENSO, Boléro, portée par neuf interprètes, met au centre la figure du cercle, se déplaçant cohéremment de l’ivresse du mouvement à la contemplation lyrique. 

Ensō – Unité et individualité 

Dans le bouddhisme zen, ensō fait référence à un cercle tracé à l’encre, symbolisant à la fois l’éveil, la vacuité et l’énergie. En accord avec cette pensée, le cercle qui en résulte doit être exécuté d’un seul coup de pinceau, sans pause, laissant l’inconscient agir. Dans ENSO, Boléro, les danseureuses Evan Diguet, Fanny Mansot, Vanessa Petit, Ojan Sadat Kyaee, Bastien Roux, Tengis Jambaatsadmid, Chloé Wanner, Emma Rouaix et Guillaume Joly, guidé.e.s par Mickaël Le Mer, matérialisent ce concept à travers leurs corps qui cherchent l’union tout en soulevant l’individualité de chacun.e. Même lorsqu’on voit un seul corps sur scène, la puissance de l’ensemble n’est à aucun moment brisée : chaque danseureuse se laisse imprégner et se nourrit de la présence de celleux qui ont précédemment habité la scène. Le spectacle s’appuie dès les premières minutes sur une remarquable énergie collective, avec des mouvements de breakdance et de freestyle qui entraînent vite les specteurices dans le récit proposé. Les mouvements fluides des bras créent un flow qui oscille entre apaisement et vigueur, entre invitation à faire corps et quête d’introspection en solitaire. Les déplacements entre verticalité et horizontalité soulignent quant à eux l’intersection de l’ancrage dans la dimension terrestre avec l’aspiration vers l’invisible. On est admiratif.ve.s face à des transferts de poids sans rupture et des figures de standhead et des portées sans faille, ce qui pousse le public à applaudir à maintes reprises pendant la performance. 

La terre, la mer et l’harmonie des mouvements circulaires 

Incités par les sons électro de David Charrier, les danseureuses, qu’iels évoluent en formule entière, en soli ou en groupes resserés, semblent jouer avec la gravité. Arborant une grâce qui transpose les spectateurices dans une ambiance onirique, les neuf performeureuses déclenchent une vaste fête au milieu d’une mer imaginaire, où les vagues et le ciel ne font qu’une. Cette sensation est amplifiée par la scénographie de Guillaume Cousin : le mur au fond de la scène donne l’illusion d’y saisir des reflets d’eau et des éclats de lumière. Les moments d’une ampleur saisissante, marqués par des déplacements circulaires désinvoltes, se construisent en alternance avec des instances de nature plutôt mystique, où l’émergence du cercle rappelle subtilement les rituels soufis. Lors de ces passages, les bras s’émeuvent en toute élégance sous la lumière violacée et les figures chorégraphiques se déploient dans une harmonie où l’espace-temps du quotidien est suspendu. Lorsque le groupe se réunit, l’on entend le son presque grotesque, dans ce contexte précis, des chaussures dont les semelles se frottent au sol. Ces sonorités inattendues créent ainsi une étrange musique qui évoque à la fois l’unité du groupe et l’impossibilité d’atteindre une vacuité complète de l’esprit, tel que l’ensō l’exige, lors d’un acte chorégraphique soumis, malgré tout, aux conventions occidentales. 

Le Boléro – détourner les clichés 

Le dernier tableau illustre quant à lui la deuxième référence inscrite dans le titre du spectacle. Sur la scène épurée où les premières mesures du fameux Boléro de Maurice Ravel commencent à résonner, les performeureuses se révèlent un par un sous un puits de lumière qui singularise chaque silhouette. Mathématiquement dispersé.e.s, iels communiquent maintenant uniquement à travers les mains et les bras, les gestes montant en intensité en même temps que la musique de plus en plus explosive, suivant la logique de la partition répétitive et cumulative. Clin d’œil subtil mais puissant à l’œuvre cinématographique qui a inspiré le chorégraphe Mickaël Le Mer, à savoir Les Uns et Les Autres de Claude Lelouche (1981), la scène finale mêle ludique, légèreté et grandeur pour livrer une chorégraphie poétique et spectaculaire. De nouveau en interaction, les performeureuses reviennent au motif du cercle pour clore ce cycle de mouvements où le vocabulaire urbain s’entrelace avec l’univers sonore classique dans un esprit qui cherche la proximité avec la philosophie zen. 

Faire vibrer une création de danse contemporaine au rythme du Boléro, le tube cité ad nauseam du compositeur français, est sans un doute un choix qui peut questionner quant à sa pertinence. Bien que l’hommage à la danse de Jorge Donn sur la même partition dans le film de Lelouche explique en partie l’attachement à cette partition, le risque de virer au cliché n’est pas négligeable. Et c’est ici que la chorégraphie de Mickaël Le Mer, soutenue par neuf artistes vertueux à qualités corporelles différentes et complémentaires, réussit le pari. Si l’insertion musicale du Boléro pose certains risques variant d’une saturation susceptible d’effacer le plaisir jusqu’à l’irruption d’un kitsch sentimental, il importe de souligner à quel point la perspective du chorégraphe, profondément marqué à l’enfance par la séquence finale de Les uns et les autres, déplace le point focal dans un sens qui sait détourner les attentes. Sans tomber ni dans un lyrisme tiède ni dans une surenchère de fioritures chorégraphiques, la séquence finale privilégie une manifestation « pauvre », dans le sens artaudien du terme, des décors et des corps qui se redécouvrent. Le dispositif scénique qui descend lentement du plafond pour marquer la clôture de la performance coupe le souffle, tout en évitant les pièges d’une esthétique infantilisante et prévisible. 

L’on traverse ce terrain dense qu’est ENSO – Boléro, avec ses surprenantes couches occidentales et orientales, contemporaines et classiques superposées, sans savoir si l’on parvient à atteindre l’état « zen ». On en ressort en revanche avec la joie non-dissimulée de redécouvrir Boléro dans toute sa somptuosité et capacité à faire gracieusement rêver.

©Thomas Badreau