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« Témoin », emporté.e.s par la foule de Saïdo Lehlouh

par Amélie Blaustein-Niddam
29.01.2026

Il est l’un des membres du collectif FAIR-E, à la tête du CCN de Rennes et de Bretagne, et il est un excellent chorégraphe. La preuve en acte. Le Festival Faits d’Hiver et l’Espace 1789 accueillaient sa pièce pour vingt interprètes éblouissants. Un tourbillon de talents au service d’une écriture ciselée.

« Plus profond que ce qu’on peut voir »

Au commencement, il y a un rideau bien fermé et des notes de hip-hop qui affleurent. Il s’ouvre et on découvre une masse de gens habillés comme tous les jours. Ils et elles sont la rue, le peuple, dans une totale diversité de genre, de corpulence, de couleur de peau, de chevelure… Un seul est en mouvement, et il calme toutes les tentations de perturbation de la salle pleine à ras bord hier soir. Toute envie de tousser, de se moucher ou même de se replacer est abolie au fur et à mesure qu’il évolue, le dos en diagonale et les doigts charleston. Il nous fascine dans une lumière parfaite sous l’œil des autres artistes, pour l’instant figés. Et puis ça bouge, doucement, et puis bien plus vite. La structure de la pièce est une course. Ou plutôt une marche très rapide qui prend souvent une allure de ronde. Comme par accident, la danse surgit. Nous avons face à nous la crème de la crème des danses urbaines, du popping au break en passant par le krump et même le funk. Devant nous évoluent Kaê Brown Carvalho, Hugo Burtel, Hugo De Vathaire, Jerson Diasonama, Amaï Diedhou aka Zepek, Sofiane « Double So » El Boukhari, Dylan Eusebe aka Buzz From Pluto, Chris Fargeot, Marvin Kemat aka Zulu, Kïne aka Young Wrestler, Oscar Lassus dit Layus, Timothée Lejolivet aka Timo, Amiel Mampouya aka El Mielo, Léonie Mbaki Mabolia aka Lady Deep, Jade « Jaddow » Mienandi, Sarah Nait Hamoud aka Sarah NH, Mounia Nassangar, Mathieu Rassin aka Thieu, Kristina Kunn aka Krissy Sow, Aisi Zhou aka Joyce et, en special guest, Garance Monpeurt Leroux.

« J’ai de la force pour les frères »

Presque tous et toutes vont se présenter à nous en faisant surgir moins d’une minute de danse. La sensation est double, celle d’une volonté de puissance d’abord et celle d’une disparition de l’autre. Ces âmes peuvent errer, témoins d’un temps ancien, des racines de ces danses, ou alors, au contraire, elles se revendiquent et assument de pouvoir entrer dans l’histoire de la danse. La pièce nous laisse bouche bée dans sa maîtrise et son écriture. La multiplication des soli subjugue par leur dimension magique. Chacun.e est très différent.e de l’autre. Chacun.e, écrivons-le comme ça, est une grande gueule de la danse. Des stars de ce milieu-là, donc. Et pourtant, personne n’écrase personne, Saïdo Lehlouh arrive à les mettre en avant dans une force collective sans jamais céder à aucune facilité.

« Shook Ones »

La mâchoire décrochée, on bave d’incompréhension face à la vitesse des bras d’une danseuse, aux genoux d’un autre qui, là, remplacent ses pieds, d’un autre encore qui pivote sur ses poings, les bras tendus, le corps en inversion. Et pourtant, nous ne sommes jamais face à un show de démonstration. Témoin vient chercher une forme d’écoute, car si ceux-là et celles-là ne comptent pas, ne se regardent pas, tout plante. Le flow s’empare de nous dans un flux qui pourrait être inépuisable, tant cette idée de marche en cercle se disloque, jouant à cache-cache avec les danseur·euses. La pièce reprend les codes du hip-hop, on frise la battle, les cyphers autour d’un beau geste. Les vrilles au sol s’inscrivent dans le rythme de la marche, elles sont effectuées et reprennent immédiatement leur place dans la foule. La précision dans la vitesse d’exécution est le signe d’une maîtrise de l’espace à se damner.

La 28e édition du festival Faits d’hiver se déroule jusqu’au 20 février 2026

Informations et réservations

Visuel © Simon Leborgne