Fidèle à elle même, la Shechter II, compagnie junior de Hofesh Shechter, livre une performance immersive au Théâtre de la Ville, transformant le plateau en espace de transe collective où la frontière entre spectacle et fête semble progressivement disparaître.
Installée au Centre chorégraphique national de Montpellier dans le cadre du nouveau projet porté par Dominique Hervieu, la Shechter II, sous l’impulsion de Hofesh Shechter, confirme avec cette création une maturité artistique remarquable, malgré la jeunesse de ses interprètes, formés en quelques mois avant d’être lancés dans une tournée d’envergure.
Inspirée de Cave, pièce créée en 2022 pour la Martha Graham Company, cette nouvelle œuvre s’inscrit dans la continuité d’une écriture chorégraphique immédiatement reconnaissable, où la densité du groupe et la circulation d’une énergie presque organique structurent l’ensemble.
Dès les premières séquences, la pièce impose une tension palpable, construite autour d’une pulsation continue qui organise les déplacements et les états de corps, dans une précision d’exécution qui n’exclut jamais une impression de débordement.
La force du travail de Hofesh Shechter tient précisément à cet équilibre : faire coexister une architecture chorégraphique rigoureuse avec une physicalité brute, nourrie d’influences urbaines, du hip-hop au krump, où le collectif devient moteur du mouvement et espace d’expression partagé.

Progressivement, la pièce opère un déplacement du regard vers la sensation, installant une expérience immersive où le spectateur est pris dans un flux continu, porté par la répétition des gestes, l’intensité des unissons et la montée en puissance du rythme.
Les jeux de lumière, alternant obscurité et éclats soudains, associés à une bande sonore dense et omniprésente, construisent un environnement sensoriel qui trouble les repères, jusqu’à produire une impression de perte de contrôle maîtrisée, proche de l’état de transe.
En brouillant les codes, la pièce s’inscrit dans un entre-deux particulièrement efficace, où la danse contemporaine dialogue avec l’imaginaire du clubbing, convoquant une énergie brute qui évoque l’imaginaire qu’on se fait des plus grosse boite de nuit, comme celle du Berghain, sans jamais renoncer à une exigence formelle.
Le plateau devient ainsi un espace de circulation des corps et des intensités, où la notion de représentation s’efface au profit d’une expérience collective, à la fois physique et émotionnelle.
Plus qu’une simple démonstration de virtuosité, la pièce affirme une vision : celle d’une danse qui se vit comme un état, où la précision technique sert une dynamique d’abandon contrôlé, et où l’énergie du groupe devient le véritable moteur de l’expérience.
Visuel : © Todd MacDonald