Ce jeudi 9 avril, avec le Centre National de la Danse (CND) et son Festival Plan D, la rotonde du Palais de Tokyo était transformé en lieu d’accueil, d’information sur les violences et harcèlements sexuels et sexistes et de danse ! Julie Nioche y présentait sa pièce immersive pensée pour l’espace publique « Outsider ».
Depuis « Do Disturb », festival qui réunissait les fleurons de la performance du monde entier au Palais de Tokyo, rendez-vous est au mois d’avril pour s’y laisser surprendre et interpeller. Alors que la saison de printemps du musée porte très opportunément, à travers huit expositions, sur les Corps, comment les ressentir les manière de les sortir des normes et des carcans (lire notre article) le Festival Plan D du CND investit un espace où l’on entend la voix de la fondatrice du mouvement « Crip », Cheryl Marie Wade, et l’on aperçoit le colossal théâtre de Pauline Curnier Jardin…
Outsider est une pièce pour 9 performeur.euses, imaginée par Julie Nioche avec le formateur sur les violences sexistes et sexuelles Lex Frattini. Elle est accompagnée par l’association en 2007 par Julie Nioche, A.I.M.E (Association d’Individus en Mouvements Engagés). Présentée au CND et dans plusieurs festivals dont TRAJECTOIRES elle se décline même en version pour adolescent.es, Qui est Outsider? et est pensée pour investir l’espace public. Avant même que la partie chorégrahique ne commence, le public est invité à se situer dans un îlot joliment désigné où des tracts et des affiches, ainsi que des foyers avec des ressources pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles sont à disposition. Plusieurs associations sont présentes, dont le planning familial. Tandis qu’on croit reconnaître les 9 performeur.euses à leurs tenues bleu délavé, on les voit utiliser un grand stand de maquillage pour appliquer au pinceaux des traits bleus, turquoises et indigo sur leur visage. Le public est a priori invité à faire de même, mais à vrai dire on ne se le permet pas tout à fait et on ne sait pas très bien s’il faut se saisit d’un pinceau et quels signe imprimer sur son visage, à quelles conditions. La parole circule peu, ce qui est étrange si un tel dispositif est là pour permettre l’écoute sur le sujet traité par la pièce et l’association. La liberté est cependant très grand de se placer et en cercle, en hauteur dans les escaliers ou plus loin du coeur de la rotonde où va se passer la pièce, qui commence a peu près 20 minutes après l’heure du début de la performance.
C’est d’abord la voix des performeur.euses qu’on entend. Iels chantent ensemble un refrain entêtant, en faisant corps ensemble de l’extérieur vers l’intérieur de la rotonde puis iels ressortent et font le tour. Petit à petit la masse compacte qu’iels forment se dissout se disloque. La voix humaine laisse place à de l’électro et les mouvements expriment des douleurs et de ressentis anciens, les performeur.euses marchent à reculons et se glissent tête en arrière sur le sol. Alors que leurs vêtements bleutés continuent à créer un ensemble visuellement marquant, Iels convulsent et se séparent, iels entrent dans les bulles, se regroupent parfois par deux et créer des espaces beaucoup plus personnels, voire intime. Certains mouvements sont très intérieurs d’autres viennent du self-défense. Immobiles et assez passifs face à cette transe diffuse, nous nous demandons si finalement nous ne sommes pas l’Outsider du titre du spectacle. Les corps bougent et l’on passe la pièce à se demander si c’est de la danse ou une gymnastique qui soigne. « Que peut la danse ? », c’est une question que se pose et nous pose Julie Nioche depuis des années…
Le Festival Plan D se poursuit au palais de Tokyo, ce vendredi et samedi ne manquez pas La Grotte de Pol Pi et After Hannibal de Marie Goudot, Michaël Pomero, Christine De Smedt, Gilles Amalvi et Julien Monty. Et la semaine prochaine Trajal Harrel, No Anger et Bryana Fritz.