Le festival Everybody du Carreau du Temple assume de montrer toutes les formes de danse possibles. Après le sensible Sottobosco et, sans transition, nous sommes catapultés dans la danse pop de Maud Le Pladec et Marco da Silva Ferreira ; ce double programme cohérent est composé de deux pièces à la forte énergie écrites en 2024, Synchronicité pour la directrice du ballet et a Folia pour le chorégraphe portugais. Une danse qui se veut explosive mais qui reste trop illustrative pour nous séduire.
Synchronicité est la partition écrite pour la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024 sous la direction artistique de Thomas Jolly. Ici, elle est interprétée par les brillant·e·s 24 danseur·ses du CCN – Ballet de Lorraine. Synchronicité est un geste de promotion de la culture française, c’est à cela que sert une cérémonie olympique. Surtout, c’est un spectacle très court, fait pour être vu de loin ou sur écran. Cela impose des mouvements très amples, faciles à attraper. À regarder, c’est très plaisant, évidemment, ce ballet est l’un des meilleurs d’Europe, chaque geste offert est absolument parfait, c’est bien le minimum pour cette troupe.
Tout commence par un solo qui jaillit dans une vrille, avant que la foule n’arrive et se mette à citer des pas typiques de toute l’histoire de la danse, à commencer par des pieds pointés jusqu’à la danse techno. De Maud Le Pladec, on adore la capacité à écrire des unissons très puissants qui charrient un vrai plaisir de danser comme on peut le faire sur une vidéo TikTok. Il y a énormément de bras qui roulent et s’élèvent dans un ancrage au sol qui bloque souvent les pieds pour donner aux bustes le plus d’ampleur possible dans un désir de danser qui se veut contagieux.
Le temps de se changer et on retrouve le ballet vêtu sexy et coloré. Nous avons basculé en une seconde dans l’univers de Marco da Silva Ferreira. Tout commence par une arrivée glissée au sol à laquelle succèdent des marches assurées, signature de ce chorégraphe, qui permettent aux interprètes de se rassembler progressivement. L’image est celle d’un club, la nuit, ça danse techno, les jambes en grandes secondes, il y a des battles, sur la piste, ces rois et reines donnent tout.
L’écriture demande au dos d’onduler en lenteur, profondément, les hanches roulent aussi comme les nuques. Étonnamment, ce n’est pas aussi rapide qu’on pourrait le penser et Marco da Silva Ferreira se perd un peu dans une hésitation entre danse répétitive et grosse explosion de rythme. Il va résoudre ce dilemme l’année suivante, en 2025, avec « F*cking Future ». Même si les motifs un peu faciles et les problèmes de structure de la pièce nous empêchent de nous y plonger, on est rattrapé par quelques éclats de génie. Les portés comme au concert, sur les épaules d’un autre et les mains en soufflet pour pumper l’air, oui, cela ça marche fort.
Il y a un certain regret à voir le ballet être cantonné à une écriture un peu trop basique pour eux et elles. La danse pop peut aller plus loin dans le fond et la forme.
Le festival Everybody se tient au Carreau du Temple jusqu’au 21 février.
Visuel : ©Laurent Philippe