À l’initiative de Beate Vollack, directrice de la danse de l’Opéra national du Capitole, Le Lac des cygnes fait l’objet d’une relecture contemporaine confiée à plusieurs chorégraphes invités. Nicolas Blanc, Jann Gallois, Iratxe Ansa et Igor Bacovich ont ainsi été invités à imaginer trois créations inspirées de ce monument du ballet classique. Parmi elles, Incantation de Jann Gallois, co-directrice de l’Agora, le CCN de Montpellier, et issue du hip-hop — explore, avec quatre danseurs du Ballet de l’Opéra du Capitole et une musique originale de Yom, la puissance de la métamorphose. Elle nous en parle.
Je suis partie de la notion ésotérique et magique qui est présente dans le livret du Lac des cygnes. Une malédiction tombe, qui fait qu’on se transforme en cygne la nuit et qu’on redevient humaine le jour. J’ai donc revisité ce monument du ballet à partir de cette notion de transformation de l’humain plutôt que de reprendre l’histoire exacte. De l’humain à l’animal et inversement, c’est cela que je suis allée creuser.
Pour moi, c’est quelque chose de plutôt libérateur. J’ai voulu explorer la puissance qu’il peut y avoir dans l’être humain à se transformer intérieurement. Dans Le Lac des cygnes, c’est une malédiction et une souffrance, bien sûr. Mais il y a aussi l’idée qu’on n’est pas que ce corps humain : on peut être autre chose, on peut s’inspirer d’autre chose et aussi s’élever au-dessus de nos conditions. C’est un sillon qui, en tout cas gestuellement, m’intéresse beaucoup. Techniquement, cela m’a permis d’interroger le point d’intersection entre une gestuelle animale et humaine. Et il y a quelque chose de magique qui en ressort. Par ailleurs, j’ai fait le choix de ne pas mettre en avant une ou un soliste. Il n’y a pas de rôle principal : je voulais traiter cette notion dans un petit collectif, un quatuor – deux hommes et deux femmes –, non genré. Les costumes sont les mêmes pour les quatre. Ainsi les danseurs et danseuses oscillent entre un état animal et un état humain. À quatre, ils et elles vont d’un extrême à l’autre. La transcendance se fait dans la connexion à quatre, c’est la force du groupe qui chemine vers l’Incantation.
Ça donne quelque chose de très différent, parce que dans nos esprits le Lac des cygnes, c’est avant tout la musique de Tchaïkovski qui est un chef-d’œuvre de la musique romantique. Avec Yom, avec qui c’est notre première collaboration, même si nous nous connaissons depuis plusieurs années, l’idée était de repenser la musique vers la transcendance, mais il reste néanmoins des références à la musique originelle. Il y a pas mal de clins d’œil dans sa musique. De manière plus générale, la musique est un médium qui permet de lâcher l’intellect et de se fondre dans un langage universel qui élève et fait résonner des cordes sensibles, parfois de tristesse. Personnellement, j’ai un rapport très profond avec la musique, qui vient de ma famille. J’ai commencé dans le milieu artistique par la musique et ce n’est qu’à l’adolescence que je me suis consacrée à la danse. La musique fait partie du mouvement et de la force qu’on peut transmettre dans un corps. Peut-être qu’un jour je ferai une œuvre sans musique, mais j’en ai quand même besoin : elle crée ma scénographie et mon espace de danse.
La scénographie est très simple. L’esprit se passe dans la nature, au bord du lac, l’endroit où Odette se transforme en cygne et redevient humaine le jour. J’avais envie d’une ambiance végétale, avec quelques roseaux parsemés sur le plateau, quelque chose de très épuré.
C’est la directrice du Ballet, Beate Vollack qui est venue frapper à ma porte. Elle a une énergie très solaire et elle insuffle beaucoup cela dans la compagnie et dans le ballet. Et en effet, je ne suis pas une danseuse classique, je n’ai jamais fait de danse classique de ma vie. J’ai donc fait un travail de mise au diapason entre les danseurs et moi, pour que la grammaire leur convienne et que le rendu final me ressemble. Et c’est allé beaucoup plus vite que je ne le pensais. Même si leur esthétique et leur corporalité sont différentes de la mienne, ils et elles ont un souci du détail tellement fin sur chaque geste que nous nous sommes retrouvés dans cet esprit de rigueur et de vigilance sur chaque détail du corps. La pièce est axée autour de ce point de rencontre et c’est vraiment de la dentelle. Les quatre danseurs, comme dans ma pièce plus ancienne « Compact », ne se quittent jamais : ils doivent faire comme un seul corps, un seul animal à quatre têtes, huit bras, huit jambes. Je me suis beaucoup inspirée de leurs gestuelles et de leurs habitudes de mouvement et j’y insuffle mon énergie assez viscérale et parfois explosive. C’est un vrai mélange des deux et ça marche très bien. Les danseurs sont très heureux de faire autre chose que ce qu’ils ont l’habitude de faire, et ont été immédiatement prêts à se mettre dans une zone de fragilité, avec de très belles surprises.
Cantus Cygnus création Nicolas Blanc chorégraphie, Einojuhani Rautavaara / Anna Clyne musique, Silke Fischer décors et costumes, Johannes Schadl lumières, Ballet de l’Opéra national du Capitole.
Incantation création Jann Gallois chorégraphie, Yom musique, Silke Fischer décors et costumes, Johannes Schadl lumières, Ballet de l’Opéra national du Capitole.
Black Bird création Iratxe Ansa et Igor Bacovich chorégraphie, Owen Belton musique, Silke Fischer décors et costumes, Johannes Schadl lumières, Ballet de l’Opéra national du Capitole.
Durée : 1h40 avec entracte.
Avant chaque représentation : « Préludes », introduction à l’œuvre 45 minutes avant le début de chaque représentation par Beate Vollack.
Réservations
Article partenaire.
Visuel (c) Opéra national du Capitole