Le festival Faits d’Hiver continue cette année de jouer la carte du répertoire, après avoir redonné à voir le sublime Envahissement de l’être (danser avec Duras), c’est au tour de Dos de remonter sur scène (ou sur le ring).
Ce travail génial et incroyablement drôle sur les portés a été créé en 2021. La particularité de cette pièce musclée est qu’elle marque une forme de séparation pour le duo suisse composé de Nadine Fuchs et Marco Delgado. Ces deux-là nous ont habitués à des corps à corps très chauds, et ils se séparent pour ce spectacle. Notons que Nadine est tout de même à l’écriture.
Dos nous installe dans l’esthétique des dessins d’haltérophilie vintage. Pour commencer, Valentin Pythoud, porteur-acrobate, et Marco Delgado se trouvent sur scène. Marco est de dos, les bras dans une cinquième crispée. Valentin tient bien solidement son avant-bras. Ça va bouger doucement, progressivement, et chaque geste va être accompagné de crissements à mourir de rire. Une main qui se place en flamenco, des pieds au sol qui s’ouvrent en troisième… le tout est à hurler ! Les regards se croisent pour obtenir un consentement et accepter de se faire soulever très haut.
La phase préparatoire aux portés est délirante d’humour. Ils se toisent avec bienveillance. Ils prennent leurs marques, la mesure du corps de l’autre. Et puis le contact arrive entre ces deux corps représentant une version bien foutue de Laurel et Hardy. Les muscles bandés, ils cherchent la bonne posture, la belle image.
Leur danse mixe des tonnes de références, à commencer par les lutteurs de la fin du XIXᵉ siècle. Mais rapidement, la musique nous aide. Erkin Koray balance une boucle entêtante en turc. Le duo danse, plus fluide, encore plus connecté. Dos est comme un jeu de dés où les positions sont à faire le soir dans une soirée bien débridée : « la boule », « le dirty », « la piéta »… Les deux garçons se complètent, et l’écoute est parfaite jusqu’à un saut de l’ange qui restera iconique dans ce festival.
Dos est une blague à la finesse d’écriture totale, qui s’amuse des codes de la masculinité héritée des deux derniers siècles pour les exploser à bout de bras. C’est délicieux et hilarant.
Les 2 et 3 février à Micadanses. Soirée suisse, précédée de Nicolas Cantillon, Dead Horse in a Bathtub à 19h. Billet valable pour les 2 spectacles.
Visuel : ©Jérôme Bourquin