Performé pour la première fois aux Printemps de Sevelin, Cavalcade, s’inspire des western spaghetti et habite le plateau de mouvements et de sons hypnotisants. Entre concert et performance dansée, les corps s’engagent dans une traversée progressive, jusqu’à l’épuisement. Inspiré par ses origines italiennes, le chorégraphe David Zagari, danse et tournoie au plateau en duo avec Alice Gratet.
À l’arrivée, le plateau est nu, recouvert d’une bâche blanche. Sur la droite, les coulisses restent visibles. Au centre, un fil suspend une lampe jaunâtre, fragile point d’ancrage dans cet espace ouvert. Puis surgit un chariot composé d’enceintes et d’éléments générateurs de sons, chevauché par les deux danseurs. Avant même leur apparition complète, des bruits se font entendre : ceux d’un micro frottant les matériaux qui l’entourent.
En effet tandis que l’un des danseurs pousse la structure, l’autre récupère des sons créés par la rencontre du micro au sol, puis jeté, rattrapé et frotté. La bande-son se crée au rythme de leur promenade, de leur quête et enquête du territoire où ils trônent, sur leur destrier d’enceintes. L’espace et les corps des danseurs est ainsi mis au service d’un concert tonitruant, aux sonorités emplies d’échos et de rondeurs sourdes, des bruits évoquants les instruments du sud de l’Italie.
À mesure que le chariot se déplace, il évolue : tour à tour monture, char ou radeau, il devient un point de stabilité au cœur du tumulte. Autour de lui, les corps s’activent, sautent, trébuchent presque, et s’élancent dans une cavalcade qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Le mouvement génère le son autant qu’il le prolonge, amplifié par la composition de Stéphane Vecchione. L’ensemble produit une montée en puissance totalement immersive.
En effet, les cow-boys ne s’arrêtent plus. Les corps prennent alors entièrement part à la bande-son. La chorégraphie des pieds, empêchant la rencontre frontale tout en maintenant une proximité constante, fait émerger une tension singulière. Le duo glisse vers le duel, offrant son souffle, ses impacts et ses sauts au paysage sonore.
À bout de souffle, les bras s’allongent, prolongés par les fils des micros devenus des lassos, captant l’air autant que l’énergie. Ce duo, parfois devenu duel, s’unifie à nouveau pour ce dernier acte. La fatigue se devine sur les visages, mais le mouvement persiste. L’énergie ne faiblit plus, tournoyant encore et encore. Un dernier « yiiihah », puis il fait noir. Le son s’arrête, laissant résonner le tumulte de la cavale encore quelques secondes dans nos oreilles battantes.
Ainsi, Cavalcade offre un moment de grande intensité, qui emporte la salle par son énergie graduelle. L’efficacité de cette création repose notamment grâce à cette tension constante entre maitrise et débordement. Une véritable expérience physique et sensorielle qui laisse une empreinte durable !
Visuel : ©Anouk Maupu
Les Printemps de Sevelin : du 5 au 22 mars.